Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock
Les faits
Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé la capture du président du Venezuela, Nicolás Maduro, et de son épouse, Cilia Flores, après une offensive militaire à Caracas. Transféré·es à New York, tous deux ont comparu le 5 janvier devant la justice américaine, où il et elle sont notamment poursuivi·es pour trafic de drogue. Le couple a plaidé non coupable.
Les réserves de pétrole en ligne de mire
Donald Trump a justifié l’opération américaine par la lutte antidrogue. Mais il n’a pas caché son second objectif : l’exploitation des réserves pétrolières. Le Venezuela dispose des plus vastes réserves d’or noir au monde. Une richesse dont les États-Unis s’estiment lésés depuis que le pays a commencé à nationaliser son industrie à partir des années 1970. Cette politique s’est intensifiée sous Hugo Chávez dans les années 2000, poussant plusieurs entreprises américaines à se retirer. Aujourd’hui, l’industrie est en lambeaux. Miné par la corruption et frappé par des sanctions américaines imposées en réponse aux atteintes démocratiques du régime, le Venezuela ne produit plus qu’1 % de l’offre mondiale de pétrole.
Un régime autoritaire et répressif
Reconduit en 2024 au terme d’élections critiquées, Nicolás Maduro régnait d’une main de fer sur le Venezuela depuis 2013. Réduction des libertés politiques, répression de l’opposition, arrestations arbitraires, violations des droits humains… Il a poussé environ un quart de la population à l’exil.
Dans le pays, sa destitution a suscité des réactions contrastées : espoir de justice pour les un·es, protestations contre une violation de la souveraineté nationale pour les autres.
La légalité de l’opération en question
L’intervention américaine soulève d’importantes questions juridiques. Aux États-Unis, le Congrès – censé autoriser tout conflit à l’étranger – n’a pas été consulté. L’administration Trump soutient que l’opération visait à arrêter un « trafiquant de drogue », et non à déclencher un conflit.
Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est aussi penché sur la question. La Russie et la Chine ont accusé les États-Unis de violer le droit international, tandis que les alliés de Washington sont restés plus discrets. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a averti que l’opération créait « un dangereux précédent ».
Alors que Donald Trump menace également Cuba et la Colombie, l’Union européenne s’inquiète quant à elle des revendications américaines sur le Groenland. Ce territoire danois, riche en minerais, occupe une position stratégique pour les États‑Unis. Une annexion américaine risquerait de déstabiliser l’OTAN et de bouleverser l’ordre mondial.
Florence Marot
Penser les faits
De l’importance du droit international
« L’intervention étasunienne au Venezuela était peut-être souhaitable, entend-on, mais elle était illégale. »
De manière générale, le droit dit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, il fixe des règles pour que la force, la peur ou l’injustice ne décident pas à la place des personnes ce qu’elles font de leur existence. Ce faisant, il élargit la liberté des gens.
Comment imagineriez-vous un monde sans règles ? Comment y vivrions-nous ? Par quoi pourrait-on remplacer le droit ? Pourrait-on s’en passer ?
Le droit national permet le vivre ensemble des individus d’un même pays, le droit international, lui, fixe les règles du vivre ensemble des États.
Que pensez-vous des différentes affirmations ci-dessous, justifiant de l’existence du droit international ? D’accord ? Pas d’accord ? Entre les deux ?
- Le droit international fixe les règles de vie commune des États sur Terre.
- Le droit international favorise la paix en définissant les moyens de régler des conflits.
- Le droit international favorise les échanges culturels et commerciaux.
- Le droit international favorise la protection des personnes et de l’environnement, au moyen de traités internationaux protégeant le climat et l’environnement, luttant contre le terrorisme, régulant les migrations, etc.
- Le droit international favorise les relations quotidiennes en fixant des normes techniques (par exemple : les règles de l’aviation aérienne, des standards pour les communications téléphoniques) qui s’appliquent partout.
Une faiblesse du droit international est qu’il n’existe pas — comme pour le droit national — une instance supranationale — une sorte de super-police mondiale — respectée par tous les États qui impose le respect de la loi et sanctionne les violations de celle-ci. Seriez-vous favorables à l’instauration d’une telle institution ? Qui la contrôlerait ?
Les gouvernements européens aiment rappeler l’importance du droit international. Pourquoi se taisent-ils ou réagissent-ils faiblement lorsque Donald Trump l’enfreint ? Martin Luther King a dit « En fin de compte, nous nous souviendrons non pas des paroles de nos ennemis, mais du silence de nos amis. » Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ? Pensez-vous que cette citation puisse s’appliquer dans ce cas-ci ?
Procès équitable
Nicolás Maduro et son épouse seront jugé·es aux États-Unis. Pour qu’un procès soit équitable, il doit respecter un certain nombre de règles/conditions internationalement reconnues.
Il faut :
- que le tribunal soit indépendant et impartial ;
- que l’audience soit publique (pour garantir la transparence de la justice) ;
- que le procès se déroule dans un délai raisonnable ;
- que toutes les parties au procès aient la possibilité de présenter leurs arguments et leurs preuves ;
- que toute personne accusée soit présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie ;
- que l’accusé·e dispose du temps et des facilités nécessaires pour préparer sa défense, y compris l’accès à la totalité du dossier et à un·e avocat·e dès le premier interrogatoire de police.
Pensez-vous que, dans ce cas-ci, les conditions seront rencontrées ? Sur quoi basez-vous cette conviction personnelle ?
Systèmes de domination et loi du plus fort
La loi du plus fort est un concept selon lequel, dans le cadre d’une confrontation entre des individus ou des peuples, c’est celui qui a le plus de force qui domine, qui impose sa volonté aux plus faibles.
Il existe différentes façons d’imposer ses intérêts par la force. On peut envoyer des personnes sur une terre étrangère pour y exploiter ce qui nous y intéresse mais aussi ceux qui y vivent : c’est la colonisation. On peut aussi ne pas déplacer ses nationaux, mais utiliser le chantage, la corruption ou la contrainte économique pour obtenir des avantages exagérés, démesurés : c’est l’impérialisme. On peut aussi profiter de la faiblesse d’un interlocuteur étranger pour exiger de lui des concessions excessives : c’est l’exploitation. Différents pays dans le Monde, tels les États-Unis, la Chine, la Russie, mais aussi les pays européens ont utilisé par le passé et, pour certains, continuent d’utiliser ces systèmes de domination.
Que pensez-vous de ces systèmes de domination ? Certains sont-ils plus acceptables que d’autres ? Ils ont quasi-toujours été accompagnées d’oppressions, de violences considérables à l’encontre des personnes dominées. Pensez-vous que ce soit inéluctable ? Pensez-vous que l’intervention des États-Unis au Venezuela représente l’un de ces systèmes de domination ?
Peut-on imposer nos désirs par la force ? Cela est-il moral ? Est-il justifié dans certains cas de se servir de la force ? Si oui, dans quels cas, d’après vous ? Si pas, pourquoi ? Sur quelle base décide-t-on ce qui est juste ou pas ? De ce qui est bon et de ce qui est mauvais ?
« Nous avons besoin du pétrole vénézuélien pour la sécurité nationale des États-Unis » dit Donald Trump. La fin (atteindre un but, assouvir un désir) justifie-t-elle les moyens ? Peut-on utiliser tous les moyens possibles pour atteindre des objectifs personnels ou collectifs ?
Propriété des ressources naturelles
Les États-Unis affirment : « les ressources pétrolières du Venezuela nous appartiennent car les autorités de ce pays les ont vendues à ces compagnies pétrolières américaines ». Le Venezuela, lui, dit : « ce qui se trouve sur notre territoire est à nous, cette vente ne vaut pas car on nous a forcé la main ». D’autres pensent que les ressources naturelles appartiennent à la nature et sont dès lors des biens communs. C’est de la responsabilité de tous·tes de les préserver.
À qui appartiennent les ressources naturelles présentes dans un pays ? Un pays peut-il s’emparer des ressources naturelles d’un autre ? Comment faire pour gérer les ressources naturelles dans un intérêt collectif, le nôtre, celui des autres et celui de la préservation de la Planète (pour les générations futures) ? Comment se positionner lorsque la ressource naturelle en question (ici le pétrole) détruit le bien commun ?
Mise en scène d’un récit médiatique
Différentes photos/vidéos nous sont parvenues au fur et à mesure de l’opération lancée par les États-Unis réelles (Nicolás Maduro les yeux bandés), détournées de leur contexte initial (images datant de 2024 montrant la destruction d’affiches de Nicolás Maduro) ou générées par l’IA (Nicolás Maduro entre deux militaires américains).
Par qui nous sont transmises ces images ? Pourquoi nous parviennent-elles ? Avec quelle intention ? Que racontent-elles ? Quelles émotions suscitent-elles ? Leur diffusion est-elle nécessaire ? Avec le développement des IA, vérifies-tu les images qui te sont transmises ? De quelle manière ? Quels critères te guident pour évaluer la fiabilité de ces images ?
Confronter ses idées sur les réseaux sociaux : le campisme
Sur les réseaux sociaux, deux récits se sont très rapidement opposés : d’une part, les partisans de l’intervention, saluant la chute d’un dictateur et la libération du peuple vénézuélien et, d’autre part, la dénonciation de l’impérialisme des États-Unis et du non-respect du droit international. Dans ce contexte, critiquer l’opération militaire étasunienne est perçu comme un soutien apporté à Nicolás Maduro, responsable de nombreuses violations des droits humains. Rappeler les crimes de celui-ci revient à l’inverse à soutenir l’opération de Donald Trump.
Que pensez-vous du rôle des réseaux sociaux dans de telles situations ? Les réseaux sociaux contiennent-ils encore des opinions nuancées ? Permettent-ils encore le développement de pensées complexes ? Est-on obligé de choisir un camp ? Ne peut-on pas, à la fois, critiquer Nicolás Maduro ET l’opération de Donald Trump ?
Des raisons d’espérer ?
Le droit international est aujourd’hui sévèrement attaqué. Dans quelle mesure êtes-vous personnellement d’accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
- Les attaques portées contre le droit international et les institutions qui le portent prouvent justement la valeur et la pertinence de ces institutions.
- L’histoire regorge de nombre de citoyens et citoyennes qui se sont battu·es pour des acquis sociaux et empêcher un retour en arrière sur certains droits fondamentaux (sexisme, racisme, homophobie, esclavage, peine de mort, torture…) et qui ont obtenu gain de cause.
- La mobilisation citoyenne est un pouvoir plus important que jamais ; il faut continuer à s’indigner et s’emparer de nos moyens de contestation.
- L’espoir, ce n’est pas l’idée que ça ira mieux, mais l’idée que l’on peut agir.
- Le droit international traverse une crise grave. Il y aura des reculs, des injustices, des impunités, mais abandonner le droit, c’est laisser le champ libre à la violence pure.
Pour aller plus loin :
Sources :
- https://www.rtbf.be/article/comment-l-or-noir-le-petrole-venezuelien-est-devenu-l-objet-de-convoitise-des-etats-unis-et-le-nerf-de-la-guerre-entre-washington-et-caracas-11656123
- ‘Nous allons diriger le Venezuela jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse’, dit Trump (relire notre direct) – RTBF Actus
- Conflit USA-Venezuela : une bataille des récits jusqu’en Belgique – RTBF Actus
- La revue de presse : face aux menaces des États-Unis, l’Union européenne semble paralysée – RTBF Actus
- La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis est-elle justifiable en droit international ? – RTBF Actus
- L’Europe ‘prend certaines mauvaises directions’, affirme Trump – RTBF Actus
- https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/04/enlevement-de-nicolas-maduro-le-congres-americain-victime-collaterale-de-l-intervention-au-venezuela_6660496_3211.html
- https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20260105-l%C3%A9galit%C3%A9-capture-nicolas-maduro-%C3%A9tats-unis-d%C3%A9battu-onu-venezuela-intervention-am%C3%A9ricaine-trafic-drogue
- Convention européenne des droits de l’homme : https://www.echr.coe.int/documents/d/echr/Convention_FRA
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966. : https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/international-covenant-civil-and-political-rights
- Charte des Nations Unies : https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/full-text
- Jean-Jacques ROUSSEAU, Le contrat social, https://www.rousseauonline.ch/pdf/rousseauonline-0004.pdf
- Charles de Secondat de Montesquieu, De l’esprit des lois, https://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2013/09/Montesquieu_esprit.pdf
