Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock
Les faits
Après des mois de tensions, Israël et les États-Unis ont frappé l’Iran le 28 février, en dépit du droit international. Les deux alliés ont visé des sites militaires et de hauts responsables du régime. Lors des bombardements, le Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, a été tué, déclenchant une escalade majeure du conflit.
Le Moyen-Orient sous haute tension
Pour justifier l’intervention, Israël a invoqué « la menace existentielle posée par le régime iranien ». De son côté, le président américain, Donald Trump, a affirmé que l’Iran pouvait produire une bombe nucléaire « en quelques jours » et développait des missiles longue portée « bientôt capables d’atteindre le territoire américain ». Des affirmations mises en doute par certains médias, dont le New York Times.
En juin dernier, Israël et les États-Unis avaient déjà frappé plusieurs installations nucléaires iraniennes lors de la guerre dite « des douze jours ». Depuis, des pourparlers avaient repris entre les États-Unis et l’Iran pour encadrer le programme nucléaire iranien.
Malgré les avancées, l’offensive israélo-américaine a rapidement embrasé la région. L’Iran a répliqué, ciblant Israël et des sites américains aux Émirats arabes unis, au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Allié de Téhéran, le Hezbollah libanais a tiré des roquettes sur Israël, qui a riposté par des frappes meurtrières au sud du Liban et à Beyrouth. Un drone iranien s’est écrasé sur une base britannique à Chypre.
Entre deuil et célébrations
En Iran, la mort d’Ali Khamenei – au pouvoir depuis plus de 30 ans – a provoqué des réactions contrastées. La télévision d’État a montré des milliers d’Iranien·nes en pleurs à Téhéran, tandis que des vidéos relayées par le média en exil Iran International montraient des scènes de liesse dans plusieurs villes.
De plus en plus contesté dans son pays, Khamenei a toujours durement réprimé l’opposition. Ces dernières années, il a soutenu la répression brutale des mobilisations pour les droits des femmes et plus récemment des manifestations contre l’inflation, qui ont fait des dizaines de milliers de morts.
Appuis divisés
Sur la durée de l’opération, la Maison-Blanche a multiplié les déclarations contradictoires, évoquant « quelques jours » à « plusieurs semaines ». Un flou qui passe mal aux yeux de nombreux Américain·es, alors que Donald Trump avait promis d’éviter de nouveaux conflits à l’étranger. En Israël, l’opération bénéficie en revanche d’un large soutien populaire.
En Europe, seule l’Espagne s’est fermement opposée au conflit, refusant l’accès des Etats-Unis à ses bases militaires pour attaquer l’Iran. A l’inverse, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à engager des mesures défensives si nécessaire. De son côté, la Belgique doit encore se positionner.
Florence Marot
Penser les faits
Droit international
De manière générale, le droit dit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, il fixe des règles pour que la force, la peur ou l’injustice ne décident pas à la place des personnes ce qu’elles font de leur existence. Ce faisant, il élargit la liberté des gens.
Comment imagineriez-vous un monde sans règles ? Comment y vivrions-nous ? Par quoi pourrait-on remplacer le droit ? Pourrait-on s’en passer ?
Le droit international fixe entre autres, les règles de vie commune des États sur Terre et, ce faisant, favorise la paix en définissant les moyens de régler des conflits.
Contrairement au droit national, une faiblesse du droit international est qu’il n’existe pas une instance supranationale — une sorte de super-police mondiale — respectée par tous les États qui impose le respect de la loi et sanctionne les violations de celle-ci. Seriez-vous favorables à l’instauration d’une telle institution ? Qui la contrôlerait ?
La fin justifie-t-elle les moyens ?
On l’a vu au Venezuela ; on le revoit en Iran : une intervention militaire s’efforce, entre autres, de faire vaciller un régime autoritaire aux pratiques délétères. Stricto sensu, il s’agit d’une agression militaire incompatible avec la Charte de l’Organisation des Nations Unies, une infraction au droit international. Peut-on enfreindre une règle pour atteindre un but que l’on estime juste ?
La désobéissance civile désigne précisément la même démarche : il s’agit, pour une personne, de désobéir volontairement à une loi considérée comme injuste, tout en acceptant les conséquences de son acte. Celle-ci doit être non-violente, sans recherche d’avantage personnel, et assumée publiquement comme une manière de contester une injustice.
Cette analogie — un État qui viole une règle internationale pour poursuivre un objectif stratégique, et un individu qui enfreint une loi pour défendre une valeur — est-elle pertinente ?
Jusqu'où la légitime défense va-t-elle ?
Plutôt que de la considérer comme une agression militaire représentant une infraction du droit international, les États-Unis d’Amérique et Israël conçoivent leur intervention comme de la légitime défense car l’Iran aurait un arsenal capable de les attaquer.
La légitime défense est un concept juridique selon lequel on peut faire soi-même usage de la violence, voire tuer, une personne qui nous attaque effectivement, personnellement. Qu’en est-il d’une personne qui ne nous aime pas (comme l’Iran n’aime ni les États-Unis ni Israël et n’a pas caché son espoir qu’Israël disparaisse), qui est armée, mais qui ne commet, à ce stade, aucune agression ? L’attaquer est-il toujours de la légitime défense ? Puis-je tuer quelqu’un dans la rue sous prétexte qu’il a une arme et qu’il ne m’aime pas ? Quelles sont les éventuelles limites de cette comparaison ?
Valeur d'une vie humaine
Ces affrontements ont des conséquences directes sur les populations civiles : victimes de bombardements, déplacements forcés… Peut-on prendre des décisions en oubliant leurs conséquences ? Cela est-il moral ? Est-il justifié dans certains cas de se servir de la force ? Si oui, dans quels cas, d’après vous ? Si pas, pourquoi ? Sur quelle base décide-t-on de ce qui est juste ou pas ? De ce qui est bon et de ce qui est mauvais ? Y a-t-il quelque chose de plus précieux qu’une vie humaine ? Qu’est ce qui selon vous en justifierait le sacrifice ?
« Pas en mon nom »
La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple. Estimez-vous qu’une fois mise au pouvoir par le peuple, une personne peut faire tout ce qu’elle veut ou doit-elle se soucier de la volonté populaire ? Il arrive que des personnes soient élues et adoptent des pratiques autoritaires qui restreignent les droits des gens. Vladimir Poutine est un exemple. Dans ces cas, peut-on toujours parler de démocratie ?
Parfois, on a l’impression que certaines personnes élues ont un tel égo qu’elles n’écoutent plus personne, se croient tout permis et prennent des décisions davantage motivées par leur propre image/leurs propres intérêts que par l’intérêt général. Il arrive que des citoyen·nes expriment leur désaccord en proclamant « Not in my name » (« Pas en mon nom »). Pensez-vous qu’on puisse se désolidariser des déclarations faites et actes posés par nos autorités démocratiquement élues en notre nom collectif ? Comment ?
Droit des femmes
Le régime taliban est généralement perçu comme le plus extrême. Les autorités saoudiennes et iraniennes restreignent aussi les droits et libertés individuelles des femmes. Le fait de les pointer du doigt nous exonère-t-il de regarder la façon dont nos sociétés traitent les femmes ? Oui, leur sort est plus enviable que celui des femmes afghanes, iraniennes et saoudiennes, mais est-ce pour autant qu’il ne reste plus rien à faire ici ? Pensez-vous que le fait que les femmes et les hommes aient les mêmes droits dans la loi soit suffisant pour que dans les faits/dans la réalité quotidienne ce soit aussi le cas ? Que pourrait-on/devrait-on encore faire, chez nous, pour améliorer les droits des femmes ?
Le président Trump a, dans sa vie, multiplié les comportements, attitudes et paroles sexistes. Il a pris des dispositions pour freiner les revendications des femmes qui réclament l’égalité et les recherches scientifiques qui étudient cette question. Un·e président·e élu·e ne doit-il ou elle pas défendre l’ensemble de sa population ?
Realpolitik - la réaction des pays européens
Après l’attaque, les représentant·es des pays européens, à l’exception de l’Espagne, ont fait des déclarations en demi-teinte, appelant à la désescalade, au respect du droit international. Comment peut s’expliquer cette retenue ?
La realpolitik désigne une approche des relations internationales fondée avant tout sur les intérêts stratégiques des États, la sécurité, les alliances militaires ou les équilibres de puissance. À l’inverse, la moralpolitik désigne une approche fondée sur des valeurs et sur les droits humains. Ces deux approches sont-elles compatibles ? Les pays qui privilégient la moralpolitik sont-ils encore écoutés ? Quelles priorités attendez-vous de vos autorités ? La défense des principes du droit international, la protection des intérêts économiques, sécuritaires ? Une savante combinaison des deux ?
Rôle des réseaux sociaux
Depuis le début des affrontements, des milliers de vidéos et photos circulent en masse sur les réseaux sociaux, souvent produites par des témoins directs ou des observateur·rices anonymes. Néanmoins, ces images ne sont pas toujours fiables. Elles peuvent être plus anciennes, sorties de leur contexte, générées par une IA… Que penser de ces images partagées avec très peu de contextualisation ? Comment les exploiter ? Quel crédit leur accorder ? Ce phénomène de diffusion et de partage des réseaux sociaux en fait-il une source d’information fiable ? Comment vérifier l’origine et la véracité d’une image ou d’une vidéo avant de la considérer comme une information « crédible » ?
La diffusion et le partage de ces images sur les réseaux sociaux illustre, à nouveau, l’omniprésence des conflits dans notre quotidien. Via quels médias/profils/personnes avez-vous eu accès à ces images ? Quel(s) effet(s) ont-elles sur vous ?
Réactions médiatiques
Comme dans d’autres conflits récents, nous avons pu suivre ce conflit en direct sur les sites d’information. Dans ce contexte, les médias se retrouvent tiraillés entre le fait de transmettre l’information le plus vite possible (en partageant surtout des contenus diffusés sur les réseaux sociaux) et d’attendre des confirmations pour garantir la fiabilité des faits. Quels réflexes doivent avoir les médias pour transmettre une information rapide sans renoncer à la vérification ? Le rôle des médias est-il de nous présenter les faits ou de nous dire ce qu’il faut penser de ces faits ?
En réaction à la mort du Guide Suprême Ali Khamenei, nous avons eu accès à plus d’images d’une foule qui pleure son dirigeant qu’à celles de gens heureux et soulagés de la mort d’un chef autoritaire. Comment cela s’explique-t-il selon vous ? Les images que nous voyons influencent-elles ce que nous pensons du conflit ? Pourquoi certaines images circulent-elles plus que d’autres ?
Et après ?
Après ces attaques, le monde a les yeux tournés vers l’Iran et se demande ce qu’il va se passer dans les jours, les semaines, les mois et les années à venir. Va-t-il y avoir un changement de régime, le retour du Shah, un remplacement du Guide suprême par un autre plus autoritaire ou par quelqu’un qui engagera des réformes ? Personne ne peut le prédire.
Quelles qualités sont-elles selon vous, les plus importantes pour un·e chef·fe d’État ? Quels avantages et inconvénients voyez-vous aux régimes présidentiels, aux régimes monarchiques et aux régimes autoritaires ? Avez-vous d’autres exemples de modèles pour s’organiser en société ?
En quoi le fait d’ignorer de quoi demain sera fait est-il un problème pour les citoyen·nes iranien·nes ? En quoi le doute pose-t-il problème ?
Impact sur les émotions
Ce conflit n’est pas seulement un événement géopolitique. C’est aussi un événement émotionnel mondial, vécu à distance mais en temps réel, via les médias et les réseaux sociaux. Les vies humaines détruites, les menaces de riposte, l’évocation d’un risque nucléaire, l’élargissement du conflit, l’impact sur le prix de l’énergie : tout cela agit sur nos émotions : la peur de la violence, la colère, la lassitude face à ces guerres à répétitions, une saturation de l’information à ce sujet, l’inquiétude, l’incompréhension, l’indifférence… Quelles émotions ces informations et ces images génèrent-elles ? En comprenez-vous les raisons ? Pensez-vous que les émotions aident à comprendre le conflit ou qu’elles nous empêchent de réfléchir ?
Pour aller plus loin :
Les Clés – Iran : vers la mort du droit international ? – Auvio
Sources :
- https://www.rtbf.be/article/frappes-contre-l-iran-pourquoi-les-etats-unis-et-israel-ont-ils-decide-d-attaquer-ce-week-end-11687621
- https://www.nytimes.com/2026/02/26/us/politics/trump-iran-claims-nuclear-weapons.html
- https://www.rtbf.be/article/ali-khamenei-portrait-d-un-intransigeant-dernier-guide-supreme-de-la-republique-islamique-d-iran-11687374
- https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/comment-donald-trump-entretient-le-flou-sur-ses-objectifs-de-guerre-en-iran_7840727.html
- https://www.rtbf.be/article/conflit-au-moyen-orient-et-l-europe-dans-tout-ca-11688858
- ‘Non à la guerre’ : le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez tient tête à Donald Trump et reçoit le soutien des Européens – RTBF Actus
- Le gouvernement belge fracturé par la guerre au Moyen-Orient – RTBF Actus
