Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock
Les faits
Piquets de grève, actions dans les écoles, cours suspendus, manifestations… De Liège à Bruxelles, en passant par Verviers, Charleroi ou Namur, des milliers d’enseignant·es se mobilisent contre les mesures d’économie prévues par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B).
Portée par les syndicats et le collectif indépendant « Mars Attacks », la contestation s’est intensifiée ces dernières semaines pour peser sur le vote final du « décret-programme » au Parlement de la FW-B. Ce texte législatif vise notamment à mettre en œuvre des réformes budgétaires et réaliser des économies dans divers secteurs. Initialement prévu le 27 mai, le vote a toutefois été reporté après le dépôt par l’opposition de nouveaux amendements avec demande d’avis au Conseil d’État. La mobilisation des enseignant·es devrait donc se poursuivre, laissant craindre de nouvelles perturbations dans les écoles à quelques semaines des examens.
Les raisons de la colère
À l’origine de la grogne : l’annonce, à l’automne dernier, d’un vaste plan d’économies destiné à réduire le déficit budgétaire de la FW-B. La majorité MR-Les Engagés prévoit un effort d’environ 500 millions d’euros d’ici 2029, touchant plusieurs secteurs.
Dans l’enseignement – compétence phare de la FW-B – cela se traduit entre autres par une augmentation de 10 % de la charge horaire « face aux élèves » de certains enseignant·es sans compensation salariale. Une mesure vivement contestée sur le terrain et par les syndicats, qui redoutent des pertes d’emploi ainsi qu’une détérioration des conditions de travail et d’apprentissage.
Parmi les autres mesures au coeur de la contestation figurent un régime de congés maladie moins avantageux, un durcissement des conditions de fin de carrière, un rabais des moyens alloués à la distribution des fournitures scolaires et repas gratuits ou encore une hausse du minerval pour une partie des étudiante·s du supérieur.
Des finances publiques dans le rouge
Selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la Belgique compte parmi les États qui investissent le plus dans l’éducation au regard de leur PIB.
La FW-B – qui dépend de dotations fédérales – fait cependant face à une crise budgétaire structurelle, avec un déficit de 1,6 milliard d’euros et une dette en constante augmentation. Si les syndicats jugent les réformes indignes, le gouvernement les défend comme indispensables pour assainir les finances publiques.
En Flandre aussi, le gouvernement a prévu de sabrer dans les dépenses destinées principalement aux universités et hautes écoles. L’annonce des mesures, a provoqué une vague d’indignation de la part des recteur·ices et déclenché de multiples actions de protestation.
Au nord comme au sud du pays, ces mobilisations dénoncent des restrictions qui mettent en péril les missions-mêmes de l’école et l’égalité des chances.
Penser les faits
LE DROIT DE GRÈVE ET SES LIMITES
Il y a d’un côté le droit au travail, et le droit à l’enseignement. Il y a d’un autre côté le droit de grève et de manifester, c’est-à-dire de défendre ses conditions de travail et un modèle de société. Comment équilibre-t-on les deux ? Peut-on défendre l’école en suspendant temporairement son fonctionnement ? Une grève qui pénalise des élèves peut-elle malgré tout être légitime ?
Une grève dans l’enseignement diffère-t-elle d’une grève dans un autre secteur ? Le droit de grève est-il différent lorsqu’il concerne un service public ? L’école est-elle un service public essentiel ? Existe-t-il des métiers pour lesquels le droit de grève devrait être limité ? Pourquoi ? N’est-ce pas discriminatoire ?
Que révèle cette mobilisation sur l’état actuel de l’école ?
ENGAGEMENT CITOYEN ET MOBILISATION COLLECTIVE
Certain·es enseignant·es soutiennent le mouvement, s’engagent, s’organisent en collectifs, d’autres hésitent ou refusent de participer pour différentes raisons : perte de salaire, fatigue, désaccord politique, sentiment d’inefficacité, etc.
Pourquoi certaines personnes s’engagent-elles dans des mouvements sociaux et d’autres non ? Quels sont les différents moyens de mobilisation que vous connaissez ? Pensez-vous qu’il est important de se mobiliser ? Qu’est-ce qui pourrait vous mobiliser ? Qu’est-ce qui pourrait vous freiner ? Avez-vous déjà défendu collectivement une cause ? Quel a été votre ressenti ? Cela vous a-t-il motivé ou au contraire découragé ?
La grève est un engagement collectif qui dépasse la somme des actions individuelles. En quoi cela renforce-t-il l’efficacité de l’action ? Qu’est-ce que cela apporte aux participant·es ?
LA DÉMOCRATIE SOCIALE
Dans un conflit social comme la grève des enseignant·es, différentes voix se font entendre. Qui parle au nom des enseignant·es ? Les syndicats représentent-ils encore l’ensemble du monde enseignant ? Certaines personnes choisissent parfois d’autres formes d’action, comme le groupe « Mars Attacks », non lié aux syndicats, dans lequel certain·es professeurs s’organisent pour développer une posture alternative afin de tenter de se faire entendre. Qu’en pensez-vous ?
Une réforme peut-elle être légitime si elle est légalement adoptée mais massivement contestée car considérée comme injuste ? Quelle différence faites-vous entre légitime et légal ? Le conflit social est-il un échec du dialogue démocratique ou une composante normale de celui-ci ? Une démocratie peut-elle fonctionner sans opposition ni contestation ? Le dialogue social doit-il être l’un des fondements du fonctionnement de nos institutions ? Quel poids ce dialogue social doit-il avoir dans les décisions qui sont prises ?
LA PLACE DES ÉLÈVES
Les élèves, elles et eux aussi, sont directement concerné·es par les décisions prises sur l’école. Pourtant, leur parole occupe souvent une place limitée dans les débats éducatifs. Les élèves devraient-ils et elles avoir davantage voix au chapitre dans les conflits scolaires ? Pourquoi ? Peut-on parler de l’école sans écouter ceux qui la fréquentent ? À partir de quel âge peut-on être acteur·ice des débats éducatifs ? L’école apprend-elle réellement la démocratie si les élèves participent peu aux décisions ? Comment pourrait-on organiser la représentation des élèves ?
Les profs et les directions font état d’un manque de considération et d’écoute du terrain, dans ce contexte, quelle place est accordée à la parole des élèves ?
À QUOI L’ÉCOLE SERT-ELLE ?
Le débat actuel sur les restrictions budgétaires pose la question de l’utilité de l’école au sein de la société. À quoi sert l’école aujourd’hui ? Sert-elle, selon vous, avant tout à transmettre des savoirs, à former des citoyen·nes, à préparer les élèves au marché du travail, à réduire les inégalités, à émanciper chacun·e individuellement, à assurer et maintenir une cohésion sociale,… ? Que cela soulève-t-il en termes de vision de société ?
L’école doit-elle s’adapter à la société ou chercher à la transformer ? L’école prépare-t-elle suffisamment les jeunes au monde actuel ? Peut-on encore demander aujourd’hui à l’école de remplir toutes les missions qu’on lui attribue ? Quelles sont les places respectives des parents, de l’école et d’autres acteurs (associations, organisations de jeunesse, club de sport, etc.) dans l’éducation des jeunes ?
Quelles seraient vos priorités si vous étiez ministre de l’Éducation ?
UN INVESTISSEMENT POUR L’AVENIR ?
Les profs, en faisant grève, pénalisent les élèves d’aujourd’hui dans l’espoir de préserver des conditions de travail favorables aux élèves des générations futures. En économie, on appelle un investissement ce qui constitue un coût aujourd’hui consenti dans l’espoir d’un avantage plus important plus tard. La lutte contre le dérèglement climatique s’exprime souvent dans ces termes : limiter notre liberté aujourd’hui pour préserver les conditions de vie des générations suivantes. Peut-on comparer ces deux thématiques (grève des enseignant·es et mesures contre le dérèglement climatique) ?
Le gouvernement estime que les mesures restrictives qu’il prend aujourd’hui visent précisément à préserver les finances publiques et, en conséquence, la possibilité, pour les pouvoirs publics, de continuer à financer l’enseignement. Les deux parties parlent d’investissement dans l’avenir. Qu’est-ce qui les différencie ? Comment trouver un compromis entre des intérêts différents ?
LA VOCATION ET LE TRAVAIL DE L’ENSEIGNANT·E
Le métier d’enseignant·e a très longtemps été un métier reconnu socialement. Néanmoins, cette image s’est peu à peu dégradée et les enseignant·es disent aujourd’hui se sentir très peu valorisé·es.
Quelle représentation avez-vous du métier d’enseignant·e ? Est-ce un métier comme un autre ? On associe à ce métier une mission sociale. De quoi s’agit-il selon vous ? Pourquoi tant de monde pense-t-il que c’est un métier facile alors qu’il faut se former longuement pour l’exercer ? Le fait d’avoir fréquenté l’école permet-il de juger ce qu’est un·e « bon·ne enseignant·e » ?
Comment mesurer la « charge » d’un métier ? Beaucoup de profs consacrent du temps à des choses qui sortent de leur job au sens strict, pour lesquelles ils et elles ne sont pas rémunéré·es ou ne récupèrent pas toutes leurs heures : organiser une sortie, un voyage scolaire, ou la fête de l’école, animer un groupe école Amnesty International ou Oxfam Magasin du Monde, discuter avec un·e élève en difficulté, etc. Trouvez-vous cela normal ? Le feriez-vous à leur place ?
Lorsqu’on parle du métier d’enseignant·e, on parle aussi souvent de « vocation ». Qu’est-ce que cela signifie ? Cela change-t-il quelque chose sur le regard qu’on porte sur ce métier ? Pourquoi certaines professions sont-elles davantage associées au dévouement ? La notion de vocation protège-t-elle une profession ou empêche-t-elle parfois de reconnaître ses difficultés ? Peut-on concilier idéal éducatif et revendications matérielles ? Le bien-être au travail est-il un droit, un luxe ou une condition d’efficacité ?
Une société révèle-t-elle ses priorités par la manière dont elle traite ses enseignant·es ?
LES INÉGALITÉS SOCIALES
Les conséquences d’un conflit scolaire ne touchent pas non plus tout le monde de la même manière. Certaines familles disposent de davantage de ressources pour faire face à une interruption temporaire des cours : aide à la maison, cours particuliers, accès à des ressources culturelles… D’autres non. Les élèves sont-ils et elles réellement égaux et égales face aux conséquences des conflits sociaux ?
Les inégalités scolaires existent-elles principalement dans l’école ou en dehors d’elle ? L’école peut-elle réellement corriger les inégalités sociales ?
LES MÉDIAS
L’école et l’éducation sont des sujets privilégiés dans les médias. Ces derniers peuvent jouer un rôle important dans la manière dont le public voit l’école et comprend le conflit social actuel.
Comment les médias influencent-ils la perception des mouvements sociaux ? Vous semblent-ils défendre les profs ou les critiquer ? Les médias influencent-ils l’opinion publique et/ou le monde politique ?
Ce que vous voyez et ce que vous vivez à l’école est-il semblable à ce que les médias transmettent ? Les journalistes semblent-ils et elles neutres dans leur traitement médiatique de ce mouvement social ? Les médias parlent-ils de l’école de manière suffisamment proche de la réalité ? Pourquoi est-il utile de comparer plusieurs médias ?
Les réseaux sociaux donnent-ils une vision différente de la grève ? Les enseignant·es sont-ils et elles perçu·es comme des travailleur·ses, des fonctionnaires, des éducateur·rices ou des paresseux.ses ?
PERSPECTIVE MONDIALE
L’accès à l’enseignement n’est pas le même partout dans le monde ce qui limite pour beaucoup l’exercice du droit à l’éducation.
Peut-on apprendre sans aller à l’école ? L’apprentissage scolaire est-il le seul pertinent ? Quels sont ses avantages et inconvénients au regard d’autres modes d’apprentissage, transmis par la famille, par la communauté à laquelle on appartient, par l’expérience ?
Tous les enfants du monde devraient-ils recevoir exactement la même éducation ? Est-il juste que certain·es jeunes aient accès à de meilleures écoles simplement parce qu’ils et elles sont né·es dans un pays plus riche ? L’égalité des chances est-elle souhaitable ? Est-elle, simplement, possible ?
L’école devrait-elle enseigner les mêmes valeurs partout dans le monde ou les différences culturelles doivent-elles être respectées ? Comment empêcher que l’enseignement ne devienne, ici et ailleurs, un outil au service du pouvoir ?
