Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock
Les faits
La 30ᵉ conférence des Nations unies sur le climat (COP30), qui a rassemblé plus de 190 Etats au Brésil, s’est conclue sur un accord peu ambitieux, qui n’appelle pas explicitement à la sortie des énergies fossiles.
Seule véritable avancée : le triplement d’ici 2035 des fonds pour l’adaptation des pays du Sud globalt, les plus touchés par les impacts climatiques tout en étant historiquement les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre.
Parmi les enjeux majeurs de cette COP, la présidence brésilienne n’a pas réussi à établir une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles, largement responsables du réchauffement. Si l’Union européenne en faisait une priorité, la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite s’y sont opposées, entraînant le report des discussions dans un processus parallèle su base volontaire.
De plus, peu de progrès ont été engrangés sur le renforcement des ambitions climatiques ett l’accord reste faible sur la lutte contre la déforestation. Seul un fonds destiné à la protection des forêts tropicales a été lancé.
Une planète à +2,8°C
Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), avec les engagements actuels, le monde se dirige vers un réchauffement d’environ +2,8°C d’ici la fin du siècle.
Alors que le seuil de +1,5°C établi par l’Accord de Paris – et franchi pour la première fois en 2024 – menace déjà de nombreux écosystèmes comme les océans et les forêts tropicales, cette COP a été marquée par une présence record des peuples autochtones, venus protester contre les menaces qui pèsent sur leurs lieux de vie.
Lutter contre la désinformation
À l’ouverture du sommet, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a déclaré vouloir « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes ». A l’heure où Donald Trump – climatosceptique avéré – a désengagé les États-Unis de l’Accord de Paris, la désinformation sur le climat gagne du terrain malgré les connaissances scientifiques actuelles.
Dans ce contexte, plusieurs pays, dont la Belgique, ont signé à la COP la première « Déclaration sur l’intégrité de l’information sur les changements climatiques », s’engageant non seulement à combattre les intox, mais aussi à garantir des fonds pour la recherche à ce sujet.
Recul des ambitions en Europe
En Europe, les politiques climatiques ont également glissé au second plan. Le « Pacte vert » de la Commission européenne a progressivement été dilué par les partis de droite et d’extrême droite au Parlement européen.
La Belgique n’échappe pas non plus aux critiques : elle perd deux places dans le Climate Change Performance Index 2026 et se classe 37e sur 63. Ses performances sont jugées non alignées avec l’Accord de Paris et sa stratégie climatique à long terme est qualifiée de « peu ambitieuse ».
Penser les faits
COP et gouvernance
La COP est une réunion de très nombreux États qui doivent se mettre tous d’accord. Pensez-vous que ce système soit le plus efficace pour relever les défis auxquels toute l’humanité est confrontée ? Pensez-vous qu’abandonner une organisation du monde avec des États différents au profit d’un seul État mondial serait une solution ? Pourquoi ? La protection de certains éléments naturels bénéfiques à tou·tes, comme la forêt amazonienne doit-il peser sur la responsabilité des états où il se trouve ou est-ce l’affaire de tous les autres pays également ?
Selon la coalition Kick The Big Polluters Out 1600 lobbyistes du pétrole et du gaz étaient présent·es à la COP30 pour peser sur les négociations. Certain·es s’en offusquent estimant que cela revient à « inviter des marchands d’armes à la négociation d’un accord de paix ». Ces lobbyistes estiment pour leur part qu’ils et elles sont les mieux placé·es pour contribuer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Qu’en pensez-vous ?
Le climat dans les médias
En 2019, des manifestations d’ampleur auxquelles participaient les jeunes – organisées par eux·elles-mêmes dans certains cas – ont mis à l’agenda médiatique (et politique) les questions environnementales. Six ans après, la question climatique est beaucoup moins traitée. Elle a laissé la place, notamment, aux questions de pouvoir d’achat et de défense.
Pourquoi l’environnement est-il aujourd’hui un enjeu peu/moins visible dans l’espace médiatique ? Qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore le discours écologiste audible dans les médias ? Pourquoi ? Selon vous, les médias traditionnels développent-ils suffisamment les questions climatiques ? Avez-vous le sentiment que ces médias s’emparent de sujets qui sont au centre de vos préoccupations ?
Toujours plus ?
Autrefois, on vivait différemment (vêtements plus solides, moins de vacances à l’étranger, etc.). Il en résultait beaucoup moins d’émission de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, ne pas posséder un téléphone est inimaginable. Pourtant, cela a un impact sur l’environnement. Ainsi, le numérique devrait être responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde en 2025, dépassant ainsi les émissions automobiles. On le voit : ce qui était exceptionnel (ou superflu) devient normal et ce qui était normal devient une sorte de minimum vital, au sens propre d’un minimum en dessous duquel il n’est pas imaginable de descendre de crainte de risquer sa vie.
Avez-vous conscience que vos comportements, vos usages ont un impact plus global sur l’environnement ? Cette conscience vous guide-t-elle au quotidien ? Pourriez-vous vivre d’une façon plus frugale ? Serait-ce difficile ? Vraiment impossible ? Ou seulement pénible ? Quelle différence faites-vous entre un besoin et un désir ? Dans quelle mesure peut-on parler d’addiction à la consommation ? Posséder plus (que les autres) rend-il plus heureux ?
Responsabilité
La responsabilité est une obligation faite à une personne de répondre de ses actes et d’en supporter toutes les conséquences. En droit, on distingue la responsabilité civile (la personne responsable doit dédommager les victimes pour les dommages causés) et la responsabilité pénale (la personne qui a enfreint la loi doit être punie).
Les générations qui précèdent (du moins les plus anciennes) ignoraient ou n’ont pas cru que leur mode de vie avait un effet destructeur sur la planète. Peut-on parler de faute et de responsabilité quand ce n’était pas volontaire ?
Et vous, personnellement, Comment considérez-vous votre responsabilité ? Que pensez-vous de l’affirmation suivante : « Nous ne sommes pas responsables de cette situation, mais nous le devenons si, la connaissant, nous ne faisons rien pour la corriger » ?
Le 19/11/2025 s’est ouvert le procès entre Hugues Falys et TotalEnergies. Un agriculteur attaque le géant du pétrole afin de dénoncer sa responsabilité dans le dérèglement climatique. Il estime que l’activité de la multinationale est ainsi responsable de la diminution de ses rendements agricoles et qu’il doit, en conséquence, recevoir un dédommagement. Que pensez-vous de cette initiative ?
Qui est le plus responsable entre les entreprises qui polluent, les consommateur·rices qui les font vivre et les autorités qui laissent faire ? Cette apparente dilution des responsabilités n’a-t-elle pas pour effet de soulager notre conscience et de ne rien faire ?
Gouvernement et état de droit
Plusieurs ministres fédéraux ont suggéré qu’on devrait marquer une pause dans les décisions visant à limiter le dérèglement climatique afin de se concentrer sur notre situation économique et les économies budgétaires. Des experts répondent que le climat, lui, n’attendra pas pour se dérégler et que les mesures à prendre seront d’autant plus coûteuses qu’on attend longtemps avant de les prendre. D’autres ajoutent que lutte contre le dérèglement climatique et prospérité économique ne sont pas forcément incompatibles.
Préférez-vous qu’on agisse maintenant de façon déterminée ou laisser aux générations suivantes le soin de régler un problème qui aura considérablement gagné en ampleur ?
Des États ont été condamnés en justice parce qu’ils ne prenaient pas suffisamment de mesures contre le dérèglement climatique. La Cour internationale de Justice s’est aussi prononcée en ce sens. Que pensez-vous d’un gouvernement qui ne respecte pas la loi et les décisions de justice ?
Climatoscepticisme
La communauté scientifique mondiale indépendante est unanime pour établir un lien direct entre l’activité humaine et le dérèglement climatique. Des personnalités politiques le minimisent ou le nient. Les réseaux sociaux donnent la parole à de très nombreuses personnes qui formulent des commentaires climatosceptiques, voire complotistes.
Vous êtes-vous déjà retrouvé·es face à des contenus relayant des opinions climatosceptiques ? Que pensez-vous de cette posture/attitude ? Selon vous, la parole de quelqu’un qui relaie son avis sur les réseaux sociaux a-t-elle autant de poids que celle d’un·e scientifique ? Quelle différence fait-on entre une opinion et un fait ? Que penser d’une opinion qui nie l’existence d’un fait ? Comment se protéger contre les sources d’information falsifiées ? Vérifiez-vous les informations que vous relayez sur les réseaux ? Si oui, selon quels critères ?
Conception de la nature
La liste de ressources naturelles dont nous avons besoin est longue – eau, bois, pierre, sable, pétrole, métaux, etc. -, mais ces ressources ne sont pas inépuisables. Que ferons-nous lorsqu’elles viendront à manquer ? Tou·tes les habitant·es de la planète seront-ils et elles affecté·es de manière identique par ces pénuries ?
Certain·es – pour des raisons tantôt culturelles, tantôt scientifiques – considèrent que la nature est un être vivant en soi dont l’être humain n’est qu’un élément parmi d’autres. L’Équateur et la Bolivie ont inscrit dans leurs constitutions respectives que la nature a des droits inaliénables. En Espagne, une loi de 2022 accorde la personnalité juridique à la Mar Menor. Pensez-vous que les animaux, les arbres, les rivières, les océans et/ou la nature dans son ensemble devraient avoir des droits ? Comment organiser la défense de ces droits en justice ? Qui serait légitime pour représenter la nature ?
La Cour pénale internationale a pour vocation de juger les personnes qui ont commis les crimes les plus abjects. Aujourd’hui, elle est compétente pour juger les crimes commis envers les personnes (génocide, guerre, etc.). Estimez-vous que l’écocide, la destruction irrémédiable d’un écosystème par des causes humaines, devrait être intégrée au Statut de Rome ou les crimes contre les humains restent-ils plus graves que ceux dont la nature est victime ?
Action
En Belgique, les grandes manifestations pour le climat ont mobilisé 30 000 personnes le 05 octobre 2025, alors qu’elles mobilisaient 100 000 personnes en 2019. Comment peut-on expliquer cette évolution ? Avez-vous déjà participé à des manifestations ? Pourquoi (pas) ? Pensez-vous que cela est utile et puisse influencer nos dirigeant·es ? Quelles pourraient-être les différentes raisons qui font que des personnes manifestent ?
Voir que des sujets importants sont peu pris en compte et que les décisions ne suivent pas peut susciter différentes réactions : fatalisme, découragement, anxiété, désintérêt, surinformation, passage à l’action… Vous reconnaissez-vous dans une de ces attitudes ? Comment vous situez-vous par rapport aux dérèglements climatiques ? Quand vous vote(re)z, prêt(er)ez-vous attention au programme des partis en matière d’environnement ? Pensez-vous que tous les partis doivent s’emparer de cette question ?
Jusqu’où pourriez-vous aller pour défendre le bien commun ? Pourriez-vous envisager de faire des actions de désobéissance civile (comme bloquer l’accès à une industrie polluante, éteindre des enseignes publicitaires lumineuse, …) pour défendre la nature ?
Pour aller plus loin :
- https://auvio.rtbf.be/media/le-grand-dossier-le-debat-le-grand-dossier-le-debat-3404772
- Les jeunes et les enjeux climatiques – une étude de l’UCL | News.belgium
- CSEM, L’impact environnemental de nos usages numériques, CSEM, 2024. Sélection de profil | CSEM
- Baromètre de la solidarité internationale, L’opinion des Belges sur les différents enjeux de solidarité internationale, Le Vif et le CNCD-11.11.11, 2025.
Sources :
- https://www.rtbf.be/article/energies-fossiles-forets-qu-est-ce-qui-a-ete-decide-pour-le-climat-lors-de-la-cop30-a-belem-au-bresil-11636132#forets
- https://climat.be/actualites/2025/la-cop30-s-ouvre-a-belem
- https://www.rtbf.be/article/cop-30-la-belgique-signe-la-premiere-declaration-internationale-contre-la-desinformation-climatique-11634743
- https://www.rtbf.be/article/cop30-la-belgique-rangee-parmi-les-pays-a-faible-performance-climatique-11633620
- https://www.lesoir.be/710796/article/2025-11-13/pourquoi-lextreme-droite-sen-prend-au-climat
- https://www.rtbf.be/article/la-pacte-vert-europeen-est-passe-au-bleu-pendant-la-campagne-electorale-11385111
- https://www.rtbf.be/article/rechauffement-climatique-la-belgique-pourrait-perdre-jusqu-a-5-de-son-pib-d-ici-2050-11634187
- Un agriculteur belge défie TotalEnergies : ‘La justice pourrait obliger l’entreprise à réduire sa production de gaz et de pétrole’ – RTBF Actus
- https://www.rtbf.be/article/proces-climat-en-appel-l-etat-belge-la-flandre-et-bruxelles-sommes-de-reduire-leurs-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-la-flandre-veut-aller-en-cassation-11294339
- https://www.rtbf.be/article/la-cour-internationale-de-justice-prend-une-decision-historique-les-etats-pollueurs-deviendront-ils-les-etat-payeurs-face-au-changement-climatique-11579511
- Articles 6, 7 et 8 du Statut de Rome. https://www.icc-cpi.int/sites/default/files/Statut-de-Rome.pdf
- Decreto-Ley 2/2019 (26 décembre 2019), de Protección Integral del Mar Menor (décret-loi sur la protection intégrale de Mar Menor).
