Le décès de Georges Floyd
et ses conséquences

Juillet 2020

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

Le 25 mai 2020, George Floyd est interpellé par quatre policiers alors qu’il se trouve dans sa voiture. Ils lui demandent d’en sortir et est menotté et plaqué au sol sur le ventre. Un policier appuie son genou sur son cou pendant près de neuf minutes pour l’immobiliser dans cette position. Selon les images filmées par des passant·e·s, George Floyd dit à plusieurs reprises qu’il ne peut plus respirer « I can’t breathe ». Les passant·e·s interviennent, attirent l’attention des policiers sur ce qui se passe, mais les policiers les tiennent à distance. Certain·e·s filment la scène. George Floyd décède, sans que les services de réanimation puissent le sauver. Les autopsies confirment la thèse du décès par étouffement.

 

Les images sont postées sur les réseaux sociaux et s’y propagent comme une traînée de poudre, provoquant effroi, émotion et indignation. Des manifestations et des émeutes contre le racisme et les violences policières se développent à Minneapolis, dans le reste du pays, puis dans le reste du monde.

 

Elles s’inscrivent dans la longue histoire des mouvements d’abolition de l’esclavage aux États-Unis, puis des mouvements anti-ségrégationnistes (Rosa Parks, Martin Luther King, Malcolm X) et, enfin, des mouvements qui, se basant sur l’héritage de personnes telles qu’Angela Davies et James Baldwin, réclament l’effectivité de l’égalité entre tou·te·s les citoyen·ne·s étasuniens. Le mouvement Black Lives Matter (Les vies noires comptent), né en 2013 aux États-Unis pour lutter contre le racisme systémique et les violences policières, est l’un d’eux. Il s’est considérablement étendu en 2020.

 

Les statistiques relatives aux conditions de vie (santé, alphabétisation, revenus), aux condamnations par la Justice montrent un différentiel de traitement entre les populations noires et blanches aux États-Unis. Voir à ce sujet l’article du Figaro “Ce que disent les statistiques ethniques des inégalités aux États-Unis”

 

Le décès de George Floyd dans les circonstances que l’on sait a remis sur le devant de la scène combien la société occidentale, dominante, reste marquée par une hiérarchisation de personnes dont on proclame par ailleurs qu’elles « naissent égales, en dignité et en droits ». En Belgique, ces discriminations restent très actuelles. Au delà des pratiques de profilage ethnique de la police, il reste plus difficile à une personne dont le nom et l’apparence évoquent des origines étrangères de trouver un emploi, d’obtenir un crédit ou d’accéder à un logement. Un débat — parfois virulent – a porté sur l’héritage colonial de la Belgique. Il a été question de déboulonner des statues, de changer des noms de rues.

 

PENSER LES FAITS : QUELQUES PISTES

 

Pourquoi certain·e·s interagissent différemment avec les autres en fonction de la couleur de leur peau ?

 

Le cas de George Floyd est une illustration d’un phénomène plus large qui montre que, dans de nombreuses situations, la police américaine traite différemment une personne à laquelle elle a affaire selon que sa peau soit blanche ou noire. On peut lancer la discussion en posant cette question : pourquoi certaines personnes (dans ce cas-ci, des policiers, mais on peut élargir) font-elles une différence entre les gens en fonction de la couleur de leur peau ? Il ne s’agit pas, pour chaque élève, de communiquer sa posture personnelle, de dire s’il fait, lui ou elle, une différence, mais de dresser une liste de raisons pour lesquelles les gens – en général – en feraient une. Une fois la liste dressée, on peut en discuter les éléments.

 

GROUPE SANGUIN ET SIGNE DU ZODIAQUE

 

La couleur de la peau semble être un élément objectif intrinsèque à la personne, une partie de son identité. Pour discuter les spécificités de cet attribut, on peut utiliser le groupe sanguin et le signe du zodiaque. Pourquoi faire un tel cas de la couleur de la peau et pas du signe du zodiaque ou du groupe sanguin ? Que dirions-nous si des policiers nous demandaient notre groupe sanguin et, en fonction de la réponse, décidaient de nous traiter avec amabilité ou agressivité ? Cette situation « absurde » permet, d’adresser la question de la spécificité de la couleur de la peau. Pourquoi cet élément distinctif-là ? Pourquoi pas la couleur des yeux, des cheveux, la taille, la morphologie ? Dans la même veine, on peut se référer à l’expérience de Jane Elliott qui, pour faire comprendre le caractère arbitraire et injuste de la discrimination raciale, a traité différemment ses élèves porteurs·ses d’yeux bleus et ses élèves porteurs·ses d’yeux marron.

 

Naît-on raciste ou le devient-on ?

 

Si on naissait raciste, si c’était inné, qu’en serait-il de notre liberté ? Ne serions-nous pas, dans ce cas, les esclaves d’opinions qui s’imposent à nous ? En serait- on, du coup, responsable ? Tout est-il déterminé d’avance ?
Si on devient raciste, comment le devient-on ?

 

LE RENFORCEMENT DES PRÉJUGÉS

 

Le phénomène est bien documenté en psychologie. Les êtres humains ont une tendance naturelle et inconsciente à valoriser les observations qui confortent leurs croyances et à négliger celles qui les remettent en cause. Par exemple, certain·e·s pensent que les conductrices sont moins habiles, au volant, que leurs homologues masculins. S’ils ou elles observent un homme peinant à faire son créneau, ils ne le prendront pas en compte (parfois, ils ou elles ne le verront tout simplement pas !) tandis que s’ils ou elles sont confronté·e·s à une femme qui éprouve des difficultés dans sa manœuvre, ils ou elles le noteront et renforceront leur conviction initiale.

 

Le renforcement des préjugés est fréquent, s’agissant de la couleur de peau. Une personne raciste attribuera un acte négatif commis par une personne noire à la couleur de sa peau, mais l’attribuera à autre chose s’il est commis par une personne blanche. Ce faisant, elle se conforte dans l’idée que les personnes noires diffèrent des personnes blanches.

 

Les manifestant·e·s

 

Le décès de George Floyd a révélé que la société américaine reste marquée par la discrimination liée à la couleur de la peau. Des personnes sont descendues dans les rues pour manifester, pour réclamer que les autorités prennent des mesures concrètes pour lutter contre cette injustice.

 

[Le risque existe que la discussion s’enlise sur l’efficacité de ces manifestations (là-bas et ici), sur la pertinence du recours à ce moyen pour changer les choses. Une telle discussion relève du champ « technique », s’éloigne de celui des valeurs et des principes sur lesquels repose et/ou devrait reposer notre société.]

 

Parmi ces manifestant·e·s, on compte beaucoup de personnes noires. On compte aussi des personnes blanches qui n’ont, a priori, pas d’intérêt personnel à une amélioration des conditions de vie des personnes noires. Que pensez-vous de ces manifestant·e·s qui n’ont rien à gagner pour eux-mêmes et elles-mêmes ? Comment peut-on expliquer que quelqu’un·e prenne la peine de demander quelque chose qui ne le ou la concerne pas directement ? Pourriez-vous, vous, vous mobiliser pour une telle cause ?

 

Imaginons que la direction de l’école organise, pendant une récréation, un rassemblement de tous les élèves pour faire huit minutes de silence à la mémoire de George Floyd. La participation des élèves à l’événement est laissée à l’appréciation de chacun d’eux, de chacune d’elles. Pourriez-vous envisager d’y prendre part alors que vous vivez en Belgique ? Dans quelle mesure vous sentez-vous concerné·e·s par le sort d’autres personnes que vous ne rencontrerez probablement jamais ?

 

[On pourrait proposer un débat mouvant, les élèves se situant d’un côté de la classe si ils ou elles adhèrent à l’idée de participer à une telle manifestation et se situant à l’autre extrémité si ils et elles y sont farouchement opposé·e·s. On peut aussi se positionner de façon intermédiaire, plus ou moins proche des extrémités. Le risque est alors de créer, au sein de la classe, des effets d’adhésion à la norme et que l’on choisisse sa position en fonction de celle des autres élèves.]

 

Racisme et sexisme

 

Les femmes sont victimes de discriminations ; les personnes racisées aussi. Peut-on dresser des parallèles entre ces deux phénomènes ?

 

Les Blancs dans un cas, les hommes dans l’autre : les « dominant·e·s » sont-ils·elles vraiment les plus fort·e·s ? N’est-ce pas un signe de faiblesse que de vouloir dominer l’autre ? Quand les discriminations se cumulent, on parle d’intersectionnalité. Par exemple le fait d’être femme et noire multiplie les risques de problèmes.La discrimination est pourtant prohibée, notamment par la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950 (article 14). Pourquoi existe-t-elle encore ? Comment se fait-il que de tels comportements soient à ce point ancrés qu’il n’est pas possible de les éradiquer aisément ?

 

Le rôle de la police et l’usage de la violence

 

La police est parfois surnommée « gardiens de la paix » et parfois, aussi « forces de l’ordre ». Ces deux expressions ne sont pas équivalentes.

 

La police est détentrice de la violence légitime. Elle a le droit d’utiliser la contrainte et la force dans le cadre de ses missions. Certain·e·s disent qu’un tel pouvoir s’accompagne d’une responsabilité équivalente. Cela signifie notamment que la police devrait, selon ces avis, faire d’autant plus attention à ce qu’elle fait, à ne pas dépasser les limites. Qu’en pensez-vous ? Quelles sont les limites qu’il est juste de fixer aux forces de police, au delà desquelles elles n’ont pas le droit d’opérer ?

 

Quelle devrait être la première mission de la police ?

 

Si vous étiez chef·fe·s de la police, quelles seraient les missions que vous donneriez en priorité aux policiers ? [L’échelle de ces priorités fait apparaître celle des valeurs des élèves.]

 

Questions de limites…

 

George Floyd a commis des délits dans sa vie. Son dossier judiciaire atteste qu’il a eu plusieurs démêlés avec la justice, qu’il a été accusé de trafic de drogue en 1997. Il aurait aussi commis, en 2007, un vol à main armée qui a abouti à une lourde condamnation et à une peine de cinq ans de prison.

 

Cette information rend-elle son décès moins grave ? Cette information offre-t-elle une excuse aux policiers ?
Avons-nous tou·te·s la même valeur ou la vie de personnes qui ont été condamnées par la justice a-t-elle moins de valeur que celles des personnes qui ont toujours respecté la loi ?

 

À partir de quelle niveau de condamnation commencerait-on à « perdre de la valeur » ?

 

En outre, il n’existe pas seulement les « Blancs » et les « Noirs ». Il existe entre ces extrêmes tout un nuancier de couleurs de peau. Où met-on la barrière entre les personnes pour lesquelles la violence policière serait légitime et celles pour lesquelles elle ne le serait pas. Peut-on mettre son doigt sur la frontière ? Où, précisément, met-on la limite entre les gens d’une sorte, qui auraient certains droits, et les gens d’une autre sorte, qui ne les auraient pas ?

Pourquoi le décès de George Floyd a-t-il si fortement ébranlé le monde ?

 

L’affaire George Floyd n’est malheureusement pas le premier cas de violence policière entraînant un décès. Pourtant l’ampleur de l’indignation est énorme ailleurs dans le monde. Pourquoi ? Cette colère s’exprime-t-elle surtout là où des situations similaires de discrimination sont vécues et mettent en lumière les divisions de la société ? La situation est-elle la même en Belgique ? Pourquoi la question du déboulonnage de statues est-elle posée à Bristol, Paris ou Bruxelles ? Qu’a à voir Léopold II avec George Floyd ? Pourquoi la question du nom donné à certaines rues, des traces de la colonisation dans l’espace public se pose-t-elle à Bruxelles, Namur ou Liège alors que les faits se sont déroulés à Minneapolis ? Quels seront les effets à plus long terme ? Qu’espérer comme avancées, comme progrès dans la société ? À quelles conditions un changement durable s’inscrit-il dans la société ?

 

En Belgique aussi…

 

Des exactions épouvantables ont été commises alors que le Congo était gouverné par les Belges. La Belgique devrait-elle présenter ses excuses ? Pourquoi ? Sommes-nous, aujourd’hui, responsables de ce qu’on fait les Belges de l’époque ? Pourquoi les descendant·e·s des victimes estiment-elles qu’il est important que de telles excuses leur soient présentées ?

 

L’image d’un homme qui meurt

 

Des centaines de millions de personnes ont vu l’image de George Floyd agonisant.
Certain·e·s pensent que l’agonie d’une personne est l’un des événements les plus personnels, les plus intimes de sa vie. Selon elles et eux, il ne viendrait à personne l’idée de filmer, avec son smartphone, les dernières minutes de la vie de leur grand oncle.

 

Ici, dans le cas de George Floyd, les personnes qui filmaient n’avaient pas conscience que la vie d’un homme s’évaporait. Mais, ensuite, les images ont été diffusées en connaissance de cause. Il est des personnes pour défendre le point de vue selon lequel c’est au prix de la diffusion de telles images, choquantes, que l’on pourra obtenir des résultats, faire changer les choses.
Qu’en pensez-vous ?

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