Iran : conflit entre plusieurs visions du monde ?

5 maart 2026

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock

Les faits

Après des mois de tensions, Israël et les États-Unis ont frappé l’Iran le 28 février, en dépit du droit international. Les deux alliés ont visé des sites militaires et de hauts responsables du régime. Lors des bombardements, le Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, a été tué, déclenchant une escalade majeure du conflit.

Le Moyen-Orient sous haute tension

Pour justifier l’intervention, Israël a invoqué « la menace existentielle posée par le régime iranien ». De son côté, le président américain, Donald Trump, a affirmé que l’Iran pouvait produire une bombe nucléaire « en quelques jours » et développait des missiles longue portée « bientôt capables d’atteindre le territoire américain ». Des affirmations mises en doute par certains médias, dont le New York Times.

En juin dernier, Israël et les États-Unis avaient déjà frappé plusieurs installations nucléaires iraniennes lors de la guerre dite « des douze jours ». Depuis, des pourparlers avaient repris entre les États-Unis et l’Iran pour encadrer le programme nucléaire iranien.

Malgré les avancées, l’offensive israélo-américaine a rapidement embrasé la région. L’Iran a répliqué, ciblant Israël et des sites américains aux Émirats arabes unis, au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Allié de Téhéran, le Hezbollah libanais a tiré des roquettes sur Israël, qui a riposté par des frappes meurtrières au sud du Liban et à Beyrouth. Un drone iranien s’est écrasé sur une base britannique à Chypre.

Entre deuil et célébrations

En Iran, la mort d’Ali Khamenei – au pouvoir depuis plus de 30 ans – a provoqué des réactions contrastées. La télévision d’État a montré des milliers d’Iranien·nes en pleurs à Téhéran, tandis que des vidéos relayées par le média en exil Iran International montraient des scènes de liesse dans plusieurs villes.

De plus en plus contesté dans son pays, Khamenei a toujours durement réprimé l’opposition. Ces dernières années, il a soutenu la répression brutale des mobilisations pour les droits des femmes et plus récemment des manifestations contre l’inflation, qui ont fait des dizaines de milliers de morts.

Appuis divisés

Sur la durée de l’opération, la Maison-Blanche a multiplié les déclarations contradictoires, évoquant « quelques jours » à « plusieurs semaines ». Un flou qui passe mal aux yeux de nombreux Américain·es, alors que Donald Trump avait promis d’éviter de nouveaux conflits à l’étranger. En Israël, l’opération bénéficie en revanche d’un large soutien populaire.

En Europe, seule l’Espagne s’est fermement opposée au conflit, refusant l’accès des Etats-Unis à ses bases militaires pour attaquer l’Iran. A l’inverse, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à engager des mesures défensives si nécessaire. De son côté, la Belgique doit encore se positionner.

Florence Marot

Penser les faits

Droit international

De manière générale, le droit dit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, il fixe des règles pour que la force, la peur ou l’injustice ne décident pas à la place des personnes ce qu’elles font de leur existence. Ce faisant, il élargit la liberté des gens.

Comment imagineriez-vous un monde sans règles ? Comment y vivrions-nous ? Par quoi pourrait-on remplacer le droit ? Pourrait-on s’en passer ?

Le droit international fixe entre autres, les règles de vie commune des États sur Terre et, ce faisant, favorise la paix en définissant les moyens de régler des conflits.

Contrairement au droit national, une faiblesse du droit international est qu’il n’existe pas une instance supranationale — une sorte de super-police mondiale — respectée par tous les États qui impose le respect de la loi et sanctionne les violations de celle-ci. Seriez-vous favorables à l’instauration d’une telle institution ? Qui la contrôlerait ?

La fin justifie-t-elle les moyens ?

On l’a vu au Venezuela ; on le revoit en Iran : une intervention militaire s’efforce, entre autres, de faire vaciller un régime autoritaire aux pratiques délétères. Stricto sensu, il s’agit d’une agression militaire incompatible avec la Charte de l’Organisation des Nations Unies, une infraction au droit international. Peut-on enfreindre une règle pour atteindre un but que l’on estime juste ?

La désobéissance civile désigne précisément la même démarche : il s’agit, pour une personne, de désobéir volontairement à une loi considérée comme injuste, tout en acceptant les conséquences de son acte. Celle-ci doit être non-violente, sans recherche d’avantage personnel, et assumée publiquement comme une manière de contester une injustice.

Cette analogie — un État qui viole une règle internationale pour poursuivre un objectif stratégique, et un individu qui enfreint une loi pour défendre une valeur — est-elle pertinente ?

Jusqu'où la légitime défense va-t-elle ?

Plutôt que de la considérer comme une agression militaire représentant une infraction du droit international, les États-Unis d’Amérique et Israël conçoivent leur intervention comme de la légitime défense car l’Iran aurait un arsenal capable de les attaquer.

La légitime défense est un concept juridique selon lequel on peut faire soi-même usage de la violence, voire tuer, une personne qui nous attaque effectivement, personnellement. Qu’en est-il d’une personne qui ne nous aime pas (comme l’Iran n’aime ni les États-Unis ni Israël et n’a pas caché son espoir qu’Israël disparaisse), qui est armée, mais qui ne commet, à ce stade, aucune agression ? L’attaquer est-il toujours de la légitime défense ? Puis-je tuer quelqu’un dans la rue sous prétexte qu’il a une arme et qu’il ne m’aime pas ? Quelles sont les éventuelles limites de cette comparaison ?

Valeur d'une vie humaine

Ces affrontements ont des conséquences directes sur les populations civiles : victimes de bombardements, déplacements forcés… Peut-on prendre des décisions en oubliant leurs conséquences ? Cela est-il moral ? Est-il justifié dans certains cas de se servir de la force ? Si oui, dans quels cas, d’après vous ? Si pas, pourquoi ? Sur quelle base décide-t-on de ce qui est juste ou pas ? De ce qui est bon et de ce qui est mauvais ? Y a-t-il quelque chose de plus précieux qu’une vie humaine ? Qu’est ce qui selon vous en justifierait le sacrifice ?

« Pas en mon nom »

La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple. Estimez-vous qu’une fois mise au pouvoir par le peuple, une personne peut faire tout ce qu’elle veut ou doit-elle se soucier de la volonté populaire ? Il arrive que des personnes soient élues et adoptent des pratiques autoritaires qui restreignent les droits des gens. Vladimir Poutine est un exemple. Dans ces cas, peut-on toujours parler de démocratie ?

Parfois, on a l’impression que certaines personnes élues ont un tel égo qu’elles n’écoutent plus personne, se croient tout permis et prennent des décisions davantage motivées par leur propre image/leurs propres intérêts que par l’intérêt général. Il arrive que des citoyen·nes expriment leur désaccord en proclamant « Not in my name » (« Pas en mon nom »). Pensez-vous qu’on puisse se désolidariser des déclarations faites et actes posés par nos autorités démocratiquement élues en notre nom collectif ? Comment ?

Droit des femmes

Le régime taliban est généralement perçu comme le plus extrême. Les autorités saoudiennes et iraniennes restreignent aussi les droits et libertés individuelles des femmes. Le fait de les pointer du doigt nous exonère-t-il de regarder la façon dont nos sociétés traitent les femmes ? Oui, leur sort est plus enviable que celui des femmes afghanes, iraniennes et saoudiennes, mais est-ce pour autant qu’il ne reste plus rien à faire ici ? Pensez-vous que le fait que les femmes et les hommes aient les mêmes droits dans la loi soit suffisant pour que dans les faits/dans la réalité quotidienne ce soit aussi le cas ? Que pourrait-on/devrait-on encore faire, chez nous, pour améliorer les droits des femmes ?

Le président Trump a, dans sa vie, multiplié les comportements, attitudes et paroles sexistes. Il a pris des dispositions pour freiner les revendications des femmes qui réclament l’égalité et les recherches scientifiques qui étudient cette question. Un·e président·e élu·e ne doit-il ou elle pas défendre l’ensemble de sa population ?

Realpolitik - la réaction des pays européens

Après l’attaque, les représentant·es des pays européens, à l’exception de l’Espagne, ont fait des déclarations en demi-teinte, appelant à la désescalade, au respect du droit international. Comment peut s’expliquer cette retenue ?

La realpolitik désigne une approche des relations internationales fondée avant tout sur les intérêts stratégiques des États, la sécurité, les alliances militaires ou les équilibres de puissance. À l’inverse, la moralpolitik désigne une approche fondée sur des valeurs et sur les droits humains. Ces deux approches sont-elles compatibles ? Les pays qui privilégient la moralpolitik sont-ils encore écoutés ? Quelles priorités attendez-vous de vos autorités ? La défense des principes du droit international, la protection des intérêts économiques, sécuritaires ? Une savante combinaison des deux ?

Rôle des réseaux sociaux

Depuis le début des affrontements, des milliers de vidéos et photos circulent en masse sur les réseaux sociaux, souvent produites par des témoins directs ou des observateur·rices anonymes. Néanmoins, ces images ne sont pas toujours fiables. Elles peuvent être plus anciennes, sorties de leur contexte, générées par une IA… Que penser de ces images partagées avec très peu de contextualisation ? Comment les exploiter ? Quel crédit leur accorder ? Ce phénomène de diffusion et de partage des réseaux sociaux en fait-il une source d’information fiable ? Comment vérifier l’origine et la véracité d’une image ou d’une vidéo avant de la considérer comme une information « crédible » ?

La diffusion et le partage de ces images sur les réseaux sociaux illustre, à nouveau, l’omniprésence des conflits dans notre quotidien. Via quels médias/profils/personnes avez-vous eu accès à ces images ? Quel(s) effet(s) ont-elles sur vous ?

Réactions médiatiques

Comme dans d’autres conflits récents, nous avons pu suivre ce conflit en direct sur les sites d’information. Dans ce contexte, les médias se retrouvent tiraillés entre le fait de transmettre l’information le plus vite possible (en partageant surtout des contenus diffusés sur les réseaux sociaux) et d’attendre des confirmations pour garantir la fiabilité des faits. Quels réflexes doivent avoir les médias pour transmettre une information rapide sans renoncer à la vérification ? Le rôle des médias est-il de nous présenter les faits ou de nous dire ce qu’il faut penser de ces faits ?

En réaction à la mort du Guide Suprême Ali Khamenei, nous avons eu accès à plus d’images d’une foule qui pleure son dirigeant qu’à celles de gens heureux et soulagés de la mort d’un chef autoritaire. Comment cela s’explique-t-il selon vous ? Les images que nous voyons influencent-elles ce que nous pensons du conflit ? Pourquoi certaines images circulent-elles plus que d’autres ?

Et après ?

Après ces attaques, le monde a les yeux tournés vers l’Iran et se demande ce qu’il va se passer dans les jours, les semaines, les mois et les années à venir. Va-t-il y avoir un changement de régime, le retour du Shah, un remplacement du Guide suprême par un autre plus autoritaire ou par quelqu’un qui engagera des réformes ? Personne ne peut le prédire.

Quelles qualités sont-elles selon vous, les plus importantes pour un·e chef·fe d’État ? Quels avantages et inconvénients voyez-vous aux régimes présidentiels, aux régimes monarchiques et aux régimes autoritaires ? Avez-vous d’autres exemples de modèles pour s’organiser en société ?

En quoi le fait d’ignorer de quoi demain sera fait est-il un problème pour les citoyen·nes iranien·nes ? En quoi le doute pose-t-il problème ?

Impact sur les émotions

Ce conflit n’est pas seulement un événement géopolitique. C’est aussi un événement émotionnel mondial, vécu à distance mais en temps réel, via les médias et les réseaux sociaux. Les vies humaines détruites, les menaces de riposte, l’évocation d’un risque nucléaire, l’élargissement du conflit, l’impact sur le prix de l’énergie : tout cela agit sur nos émotions : la peur de la violence, la colère, la lassitude face à ces guerres à répétitions, une saturation de l’information à ce sujet, l’inquiétude, l’incompréhension, l’indifférence… Quelles émotions ces informations et ces images génèrent-elles ? En comprenez-vous les raisons ? Pensez-vous que les émotions aident à comprendre le conflit ou qu’elles nous empêchent de réfléchir ?

Pour aller plus loin :

Sources :


Intervention des États-Unis au Venezuela

8 januari 2026

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock

Les faits

Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé la capture du président du Venezuela, Nicolás Maduro, et de son épouse, Cilia Flores, après une offensive militaire à Caracas. Transféré·es à New York, tous deux ont comparu le 5 janvier devant la justice américaine, où il et elle sont notamment poursuivi·es pour trafic de drogue. Le couple a plaidé non coupable.

Les réserves de pétrole en ligne de mire

Donald Trump a justifié l’opération américaine par la lutte antidrogue. Mais il n’a pas caché son second objectif : l’exploitation des réserves pétrolières. Le Venezuela dispose des plus vastes réserves d’or noir au monde. Une richesse dont les États-Unis s’estiment lésés depuis que le pays a commencé à nationaliser son industrie à partir des années 1970. Cette politique s’est intensifiée sous Hugo Chávez dans les années 2000, poussant plusieurs entreprises américaines à se retirer. Aujourd’hui, l’industrie est en lambeaux. Miné par la corruption et frappé par des sanctions américaines imposées en réponse aux atteintes démocratiques du régime, le Venezuela ne produit plus qu’1 % de l’offre mondiale de pétrole.

Un régime autoritaire et répressif

Reconduit en 2024 au terme d’élections critiquées, Nicolás Maduro régnait d’une main de fer sur le Venezuela depuis 2013. Réduction des libertés politiques, répression de l’opposition, arrestations arbitraires, violations des droits humains… Il a poussé environ un quart de la population à l’exil.

Dans le pays, sa destitution a suscité des réactions contrastées : espoir de justice pour les un·es, protestations contre une violation de la souveraineté nationale pour les autres.

La légalité de l’opération en question

L’intervention américaine soulève d’importantes questions juridiques. Aux États-Unis, le Congrès – censé autoriser tout conflit à l’étranger – n’a pas été consulté. L’administration Trump soutient que l’opération visait à arrêter un « trafiquant de drogue », et non à déclencher un conflit.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est aussi penché sur la question. La Russie et la Chine ont accusé les États-Unis de violer le droit international, tandis que les alliés de Washington sont restés plus discrets. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a averti que l’opération créait « un dangereux précédent ».

Alors que Donald Trump menace également Cuba et la Colombie, l’Union européenne s’inquiète quant à elle des revendications américaines sur le Groenland. Ce territoire danois, riche en minerais, occupe une position stratégique pour les États‑Unis. Une annexion américaine risquerait de déstabiliser l’OTAN et de bouleverser l’ordre mondial.

Florence Marot

Penser les faits

De l’importance du droit international

« L’intervention étasunienne au Venezuela était peut-être souhaitable, entend-on, mais elle était illégale. »

De manière générale, le droit dit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, il fixe des règles pour que la force, la peur ou l’injustice ne décident pas à la place des personnes ce qu’elles font de leur existence. Ce faisant, il élargit la liberté des gens.

Comment imagineriez-vous un monde sans règles ? Comment y vivrions-nous ? Par quoi pourrait-on remplacer le droit ? Pourrait-on s’en passer ?

Le droit national permet le vivre ensemble des individus d’un même pays, le droit international, lui, fixe les règles du vivre ensemble des États.

Que pensez-vous des différentes affirmations ci-dessous, justifiant de l’existence du droit international ? D’accord ? Pas d’accord ? Entre les deux ?

  • Le droit international fixe les règles de vie commune des États sur Terre.
  • Le droit international favorise la paix en définissant les moyens de régler des conflits.
  • Le droit international favorise les échanges culturels et commerciaux.
  • Le droit international favorise la protection des personnes et de l’environnement, au moyen de traités internationaux protégeant le climat et l’environnement, luttant contre le terrorisme, régulant les migrations, etc.
  • Le droit international favorise les relations quotidiennes en fixant des normes techniques (par exemple : les règles de l’aviation aérienne, des standards pour les communications téléphoniques) qui s’appliquent partout.

Une faiblesse du droit international est qu’il n’existe pas — comme pour le droit national — une instance supranationale — une sorte de super-police mondiale — respectée par tous les États qui impose le respect de la loi et sanctionne les violations de celle-ci. Seriez-vous favorables à l’instauration d’une telle institution ? Qui la contrôlerait ?

Les gouvernements européens aiment rappeler l’importance du droit international. Pourquoi se taisent-ils ou réagissent-ils faiblement lorsque Donald Trump l’enfreint ? Martin Luther King a dit « En fin de compte, nous nous souviendrons non pas des paroles de nos ennemis, mais du silence de nos amis. » Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ? Pensez-vous que cette citation puisse s’appliquer dans ce cas-ci ?

Procès équitable

Nicolás Maduro et son épouse seront jugé·es aux États-Unis. Pour qu’un procès soit équitable, il doit respecter un certain nombre de règles/conditions internationalement reconnues.

Il faut :

  • que le tribunal soit indépendant et impartial ;
  • que l’audience soit publique (pour garantir la transparence de la justice) ;
  • que le procès se déroule dans un délai raisonnable ;
  • que toutes les parties au procès aient la possibilité de présenter leurs arguments et leurs preuves ;
  • que toute personne accusée soit présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie ;
  • que l’accusé·e dispose du temps et des facilités nécessaires pour préparer sa défense, y compris l’accès à la totalité du dossier et à un·e avocat·e dès le premier interrogatoire de police.

Pensez-vous que, dans ce cas-ci, les conditions seront rencontrées ? Sur quoi basez-vous cette conviction personnelle ?

Systèmes de domination et loi du plus fort

La loi du plus fort est un concept selon lequel, dans le cadre d’une confrontation entre des individus ou des peuples, c’est celui qui a le plus de force qui domine, qui impose sa volonté aux plus faibles.

Il existe différentes façons d’imposer ses intérêts par la force. On peut envoyer des personnes sur une terre étrangère pour y exploiter ce qui nous y intéresse mais aussi ceux qui y vivent : c’est la colonisation. On peut aussi ne pas déplacer ses nationaux, mais utiliser le chantage, la corruption ou la contrainte économique pour obtenir des avantages exagérés, démesurés : c’est l’impérialisme. On peut aussi profiter de la faiblesse d’un interlocuteur étranger pour exiger de lui des concessions excessives : c’est l’exploitation. Différents pays dans le Monde, tels les États-Unis, la Chine, la Russie, mais aussi les pays européens ont utilisé par le passé et, pour certains, continuent d’utiliser ces systèmes de domination.

Que pensez-vous de ces systèmes de domination ? Certains sont-ils plus acceptables que d’autres ? Ils ont quasi-toujours été accompagnées d’oppressions, de violences considérables à l’encontre des personnes dominées. Pensez-vous que ce soit inéluctable ? Pensez-vous que l’intervention des États-Unis au Venezuela représente l’un de ces systèmes de domination ?

Peut-on imposer nos désirs par la force ? Cela est-il moral ? Est-il justifié dans certains cas de se servir de la force ? Si oui, dans quels cas, d’après vous ? Si pas, pourquoi ? Sur quelle base décide-t-on ce qui est juste ou pas ? De ce qui est bon et de ce qui est mauvais ?

« Nous avons besoin du pétrole vénézuélien pour la sécurité nationale des États-Unis » dit Donald Trump. La fin (atteindre un but, assouvir un désir) justifie-t-elle les moyens ? Peut-on utiliser tous les moyens possibles pour atteindre des objectifs personnels ou collectifs ?

Propriété des ressources naturelles

Les États-Unis affirment : « les ressources pétrolières du Venezuela nous appartiennent car les autorités de ce pays les ont vendues à ces compagnies pétrolières américaines ». Le Venezuela, lui, dit : « ce qui se trouve sur notre territoire est à nous, cette vente ne vaut pas car on nous a forcé la main ». D’autres pensent que les ressources naturelles appartiennent à la nature et sont dès lors des biens communs. C’est de la responsabilité de tous·tes de les préserver.

À qui appartiennent les ressources naturelles présentes dans un pays ? Un pays peut-il s’emparer des ressources naturelles d’un autre ? Comment faire pour gérer les ressources naturelles dans un intérêt collectif, le nôtre, celui des autres et celui de la préservation de la Planète (pour les générations futures) ? Comment se positionner lorsque la ressource naturelle en question (ici le pétrole) détruit le bien commun ?

Mise en scène d’un récit médiatique

Différentes photos/vidéos nous sont parvenues au fur et à mesure de l’opération lancée par les États-Unis réelles (Nicolás Maduro les yeux bandés), détournées de leur contexte initial (images datant de 2024 montrant la destruction d’affiches de Nicolás Maduro) ou générées par l’IA (Nicolás Maduro entre deux militaires américains).

Par qui nous sont transmises ces images ? Pourquoi nous parviennent-elles ? Avec quelle intention ? Que racontent-elles ? Quelles émotions suscitent-elles ? Leur diffusion est-elle nécessaire ? Avec le développement des IA, vérifies-tu les images qui te sont transmises ? De quelle manière ? Quels critères te guident pour évaluer la fiabilité de ces images ?

Confronter ses idées sur les réseaux sociaux : le campisme

Sur les réseaux sociaux, deux récits se sont très rapidement opposés : d’une part, les partisans de l’intervention, saluant la chute d’un dictateur et la libération du peuple vénézuélien et, d’autre part, la dénonciation de l’impérialisme des États-Unis et du non-respect du droit international. Dans ce contexte, critiquer l’opération militaire étasunienne est perçu comme un soutien apporté à Nicolás Maduro, responsable de nombreuses violations des droits humains. Rappeler les crimes de celui-ci revient à l’inverse à soutenir l’opération de Donald Trump.

Que pensez-vous du rôle des réseaux sociaux dans de telles situations ? Les réseaux sociaux contiennent-ils encore des opinions nuancées ? Permettent-ils encore le développement de pensées complexes ? Est-on obligé de choisir un camp ? Ne peut-on pas, à la fois, critiquer Nicolás Maduro ET l’opération de Donald Trump ?

Des raisons d’espérer ?

Le droit international est aujourd’hui sévèrement attaqué. Dans quelle mesure êtes-vous personnellement d’accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?

  • Les attaques portées contre le droit international et les institutions qui le portent prouvent justement la valeur et la pertinence de ces institutions.
  • L’histoire regorge de nombre de citoyens et citoyennes qui se sont battu·es pour des acquis sociaux et empêcher un retour en arrière sur certains droits fondamentaux (sexisme, racisme, homophobie, esclavage, peine de mort, torture…) et qui ont obtenu gain de cause.
  • La mobilisation citoyenne est un pouvoir plus important que jamais ; il faut continuer à s’indigner et s’emparer de nos moyens de contestation.
  • L’espoir, ce n’est pas l’idée que ça ira mieux, mais l’idée que l’on peut agir.
  • Le droit international traverse une crise grave. Il y aura des reculs, des injustices, des impunités, mais abandonner le droit, c’est laisser le champ libre à la violence pure.

Pour aller plus loin :

Sources :


Reparlons climat !

25 november 2025

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock

Les faits

La 30ᵉ conférence des Nations unies sur le climat (COP30), qui a rassemblé plus de 190 Etats au Brésil, s’est conclue sur un accord peu ambitieux, qui n’appelle pas explicitement à la sortie des énergies fossiles.

Seule véritable avancée : le triplement d’ici 2035 des fonds pour l’adaptation des pays du Sud globalt, les plus touchés par les impacts climatiques tout en étant historiquement les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Parmi les enjeux majeurs de cette COP, la présidence brésilienne n’a pas réussi à établir une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles, largement responsables du réchauffement. Si l’Union européenne en faisait une priorité, la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite s’y sont opposées, entraînant le report des discussions dans un processus parallèle su base volontaire.

De plus, peu de progrès ont été engrangés sur le renforcement des ambitions climatiques ett l’accord reste faible sur la lutte contre la déforestation. Seul un fonds destiné à la protection des forêts tropicales a été lancé.

Une planète à +2,8°C

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), avec les engagements actuels, le monde se dirige vers un réchauffement d’environ +2,8°C d’ici la fin du siècle.

Alors que le seuil de +1,5°C établi par l’Accord de Paris – et franchi pour la première fois en 2024 – menace déjà de nombreux écosystèmes comme les océans et les forêts tropicales, cette COP a été marquée par une présence record des peuples autochtones, venus protester contre les menaces qui pèsent sur leurs lieux de vie.

Lutter contre la désinformation

À l’ouverture du sommet, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a déclaré vouloir « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes ». A l’heure où Donald Trump – climatosceptique avéré – a désengagé les États-Unis de l’Accord de Paris, la désinformation sur le climat gagne du terrain malgré les connaissances scientifiques actuelles.

Dans ce contexte, plusieurs pays, dont la Belgique, ont signé à la COP la première « Déclaration sur l’intégrité de l’information sur les changements climatiques », s’engageant non seulement à combattre les intox, mais aussi à garantir des fonds pour la recherche à ce sujet.

Recul des ambitions en Europe

En Europe, les politiques climatiques ont également glissé au second plan. Le « Pacte vert » de la Commission européenne a progressivement été dilué par les partis de droite et d’extrême droite au Parlement européen.

La Belgique n’échappe pas non plus aux critiques : elle perd deux places dans le Climate Change Performance Index 2026 et se classe 37e sur 63. Ses performances sont jugées non alignées avec l’Accord de Paris et sa stratégie climatique à long terme est qualifiée de « peu ambitieuse ».

Florence Marot

Penser les faits

COP et gouvernance

La COP est une réunion de très nombreux États qui doivent se mettre tous d’accord. Pensez-vous que ce système soit le plus efficace pour relever les défis auxquels toute l’humanité est confrontée ? Pensez-vous qu’abandonner une organisation du monde avec des États différents au profit d’un seul État mondial serait une solution ? Pourquoi ? La protection de certains éléments naturels bénéfiques à tou·tes, comme la forêt amazonienne doit-il peser sur la responsabilité des états où il se trouve ou est-ce l’affaire de tous les autres pays également ?

Selon la coalition Kick The Big Polluters Out 1600 lobbyistes du pétrole et du gaz étaient présent·es à la COP30 pour peser sur les négociations. Certain·es s’en offusquent estimant que cela revient à « inviter des marchands d’armes à la négociation d’un accord de paix ». Ces lobbyistes estiment pour leur part qu’ils et elles sont les mieux placé·es pour contribuer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Qu’en pensez-vous ?

Le climat dans les médias

En 2019, des manifestations d’ampleur auxquelles participaient les jeunes – organisées par eux·elles-mêmes dans certains cas – ont mis à l’agenda médiatique (et politique) les questions environnementales. Six ans après, la question climatique est beaucoup moins traitée. Elle a laissé la place, notamment, aux questions de pouvoir d’achat et de défense.

Pourquoi l’environnement est-il aujourd’hui un enjeu peu/moins visible dans l’espace médiatique ? Qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous encore le discours écologiste audible dans les médias ? Pourquoi ? Selon vous, les médias traditionnels développent-ils suffisamment les questions climatiques ? Avez-vous le sentiment que ces médias s’emparent de sujets qui sont au centre de vos préoccupations ?

Toujours plus ?

Autrefois, on vivait différemment (vêtements plus solides, moins de vacances à l’étranger, etc.). Il en résultait beaucoup moins d’émission de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, ne pas posséder un téléphone est inimaginable. Pourtant, cela a un impact sur l’environnement. Ainsi, le numérique devrait être responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde en 2025, dépassant ainsi les émissions automobiles. On le voit : ce qui était exceptionnel (ou superflu) devient normal et ce qui était normal devient une sorte de minimum vital, au sens propre d’un minimum en dessous duquel il n’est pas imaginable de descendre de crainte de risquer sa vie.

Avez-vous conscience que vos comportements, vos usages ont un impact plus global sur l’environnement ? Cette conscience vous guide-t-elle au quotidien ? Pourriez-vous vivre d’une façon plus frugale ? Serait-ce difficile ? Vraiment impossible ? Ou seulement pénible ? Quelle différence faites-vous entre un besoin et un désir ? Dans quelle mesure peut-on parler d’addiction à la consommation ? Posséder plus (que les autres) rend-il plus heureux ?

Responsabilité

La responsabilité est une obligation faite à une personne de répondre de ses actes et d’en supporter toutes les conséquences. En droit, on distingue la responsabilité civile (la personne responsable doit dédommager les victimes pour les dommages causés) et la responsabilité pénale (la personne qui a enfreint la loi doit être punie).

Les générations qui précèdent (du moins les plus anciennes) ignoraient ou n’ont pas cru que leur mode de vie avait un effet destructeur sur la planète. Peut-on parler de faute et de responsabilité quand ce n’était pas volontaire ?

Et vous, personnellement, Comment considérez-vous votre responsabilité ? Que pensez-vous de l’affirmation suivante : « Nous ne sommes pas responsables de cette situation, mais nous le devenons si, la connaissant, nous ne faisons rien pour la corriger » ?

Le 19/11/2025 s’est ouvert le procès entre Hugues Falys et TotalEnergies. Un agriculteur attaque le géant du pétrole afin de dénoncer sa responsabilité dans le dérèglement climatique. Il estime que l’activité de la multinationale est ainsi responsable de la diminution de ses rendements agricoles et qu’il doit, en conséquence, recevoir un dédommagement. Que pensez-vous de cette initiative ?

Qui est le plus responsable entre les entreprises qui polluent, les consommateur·rices qui les font vivre et les autorités qui laissent faire ? Cette apparente dilution des responsabilités n’a-t-elle pas pour effet de soulager notre conscience et de ne rien faire ?

Gouvernement et état de droit

Plusieurs ministres fédéraux ont suggéré qu’on devrait marquer une pause dans les décisions visant à limiter le dérèglement climatique afin de se concentrer sur notre situation économique et les économies budgétaires. Des experts répondent que le climat, lui, n’attendra pas pour se dérégler et que les mesures à prendre seront d’autant plus coûteuses qu’on attend longtemps avant de les prendre. D’autres ajoutent que lutte contre le dérèglement climatique et prospérité économique ne sont pas forcément incompatibles.

Préférez-vous qu’on agisse maintenant de façon déterminée ou laisser aux générations suivantes le soin de régler un problème qui aura considérablement gagné en ampleur ?

Des États ont été condamnés en justice parce qu’ils ne prenaient pas suffisamment de mesures contre le dérèglement climatique. La Cour internationale de Justice s’est aussi prononcée en ce sens. Que pensez-vous d’un gouvernement qui ne respecte pas la loi et les décisions de justice ?

Climatoscepticisme

La communauté scientifique mondiale indépendante est unanime pour établir un lien direct entre l’activité humaine et le dérèglement climatique. Des personnalités politiques le minimisent ou le nient. Les réseaux sociaux donnent la parole à de très nombreuses personnes qui formulent des commentaires climatosceptiques, voire complotistes.

Vous êtes-vous déjà retrouvé·es face à des contenus relayant des opinions climatosceptiques ? Que pensez-vous de cette posture/attitude ? Selon vous, la parole de quelqu’un qui relaie son avis sur les réseaux sociaux a-t-elle autant de poids que celle d’un·e scientifique ? Quelle différence fait-on entre une opinion et un fait ? Que penser d’une opinion qui nie l’existence d’un fait ? Comment se protéger contre les sources d’information falsifiées ? Vérifiez-vous les informations que vous relayez sur les réseaux ? Si oui, selon quels critères ?

Conception de la nature

La liste de ressources naturelles dont nous avons besoin est longue – eau, bois, pierre, sable, pétrole, métaux, etc. -, mais ces ressources ne sont pas inépuisables. Que ferons-nous lorsqu’elles viendront à manquer ? Tou·tes les habitant·es de la planète seront-ils et elles affecté·es de manière identique par ces pénuries ?

Certain·es – pour des raisons tantôt culturelles, tantôt scientifiques – considèrent que la nature est un être vivant en soi dont l’être humain n’est qu’un élément parmi d’autres. L’Équateur et la Bolivie ont inscrit dans leurs constitutions respectives que la nature a des droits inaliénables. En Espagne, une loi de 2022 accorde la personnalité juridique à la Mar Menor. Pensez-vous que les animaux, les arbres, les rivières, les océans et/ou la nature dans son ensemble devraient avoir des droits ? Comment organiser la défense de ces droits en justice ? Qui serait légitime pour représenter la nature ?

La Cour pénale internationale a pour vocation de juger les personnes qui ont commis les crimes les plus abjects. Aujourd’hui, elle est compétente pour juger les crimes commis envers les personnes (génocide, guerre, etc.). Estimez-vous que l’écocide, la destruction irrémédiable d’un écosystème par des causes humaines, devrait être intégrée au Statut de Rome ou les crimes contre les humains restent-ils plus graves que ceux dont la nature est victime ?

Action

En Belgique, les grandes manifestations pour le climat ont mobilisé 30 000 personnes le 05 octobre 2025, alors qu’elles mobilisaient 100 000 personnes en 2019. Comment peut-on expliquer cette évolution ? Avez-vous déjà participé à des manifestations ? Pourquoi (pas) ? Pensez-vous que cela est utile et puisse influencer nos dirigeant·es ? Quelles pourraient-être les différentes raisons qui font que des personnes manifestent ? 

Voir que des sujets importants sont peu pris en compte et que les décisions ne suivent pas peut susciter différentes réactions : fatalisme, découragement, anxiété, désintérêt, surinformation, passage à l’action… Vous reconnaissez-vous dans une de ces attitudes ? Comment vous situez-vous par rapport aux dérèglements climatiques ? Quand vous vote(re)z, prêt(er)ez-vous attention au programme des partis en matière d’environnement ? Pensez-vous que tous les partis doivent s’emparer de cette question ? 

Jusqu’où pourriez-vous aller pour défendre le bien commun ? Pourriez-vous envisager de faire des actions de désobéissance civile (comme bloquer l’accès à une industrie polluante, éteindre des enseignes publicitaires lumineuse, …) pour défendre la nature ? 

Pour aller plus loin :

Sources :


Questions Vives

Un réarmement, mais à quel prix ?

12 maart 2025

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock

Les faits

Début mars, la Commission européenne a présenté un plan historique pour renforcer la défense du continent. En toile de fond : le changement de ton des Etats-Unis en matière de défense et leur rapprochement avec la Russie.

Ce plan, baptisé « Rearm Europe », prévoit de mobiliser 800 milliards d’euros pour muscler l’arsenal militaire européen. L’annonce est intervenue quelques heures après que les États-Unis ont suspendu leur aide militaire à l’Ukraine, trois ans après l’invasion de son territoire par la Russie.

Aussi soudain que bref (l’aide américaine a repris depuis lors), le revirement des Etats-Unis a fait suite à un violent échange, au cours duquel Donald Trump et son vice-Président JD Vance ont menacé le président ukrainien Volodymyr Zelensky de laisser tomber l’Ukraine. En jeu : l’exploitation de minerais ukrainiens et l’appui sécuritaire américain.

Depuis sa réélection à la Maison Blanche, Donald Trump s’est rapproché de son homologue russe Vladimir Poutine. Le président américain reproche également de longue date à l’Europe de ne pas dépenser suffisamment en matière de défense et de déléguer le coût de sa sécurité aux Etats-Unis dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Celui-ci garantit une assistance mutuelle en cas d’agression d’un de ses États membres.

Les Etats-Unis, champions des dépenses militaires
Avec des dépenses militaires proches de 970 milliards de dollars l’année dernière, les Etats-Unis sont le pays membre de l’OTAN qui dépense le plus en matière de défense, devant tous les États européens réunis.

Toutefois, lorsque l’on rapporte ces dépenses au Produit intérieur brut (PIB), la Pologne arrive en tête. Alors que Donald Trump demande aux Européens de porter leurs dépenses militaires à hauteur de 5% de leur PIB national, la Pologne (4,12%) et l’Estonie (3,43%) devançaient les Etats-Unis (3,38%) à cet égard en 2024.

L’OTAN requiert de ses Etats membres qu’ils consacrent au moins 2% de leur PIB aux dépenses militaires. Mais une poignée d’entre eux n’atteignent pas ce seuil. C’est notamment le cas de la Belgique (avec 1,3%).

Des milliards d’euros supplémentaires à trouver
Chez nous, l’augmentation des dépenses de défense exigera des adaptations budgétaires. Le gouvernement fédéral entend porter les investissements à 2% du PIB dès cet été, au lieu de 2029, comme initialement prévu. Cela représente 4 milliards d’euros supplémentaires à trouver cette année, et 17,2 milliards sur l’ensemble de la législature.

Les règles budgétaires européennes pourraient être assouplies pour permettre aux Etats membres de s’endetter mais cela n’empêcherait pas le déficit de l’Etat belge de se creuser, a prévenu le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem. A moins de prendre des mesures d’économies supplémentaires.

Penser les faits : quelques pistes

Sécurité, paix sociale et bien-être
Les États européens ont décidé d’investir massivement dans leur réarmement. Ces décisions budgétaires sont prises rapidement, notamment en Belgique. Mais où ira-t-on chercher cet argent ?

Faut-il augmenter les impôts ? Faut-il diminuer les autres dépenses publiques ? Quels principes généraux doivent guider cette décision ? À partir de quand peut-on estimer que le risque est suffisamment important pour puiser dans d’autres secteurs nécessaires pour les individu·es et la société ? N’y a-t-il pas là un risque pour le bien-être des populations et donc pour la stabilité à l’intérieur des pays ? Qu’entend-on par « bien-être » ? Quels effets ces décisions peuvent-elles avoir sur la paix sociale ?

Vu le peu d’opposition qu’on entend face à ces décisions, peut-on encore ne pas être d’accord ? Se réarmer est-il la chose la plus importante et la plus urgente à faire par une société confrontée à des défis tels que la pauvreté, le sentiment d’insécurité, le dérèglement climatique, la préservation de l’environnement, la montée du racisme, etc. ?

Temps de guerre et temps de paix
Lorsqu’une menace de guerre survient, le proverbe latin Si vis pacem para bellum (Si tu veux la paix, prépare la guerre) est souvent cité. N’est-ce pas paradoxal de s’armer pour avoir la paix ? Une fois armé·e, n’est-on pas tenté·e de se servir de son arsenal ?

Le fait d’être en guerre est rarement (à moins d’envahir un pays) un choix et le contexte peut très vite évoluer dans un sens comme dans l’autre. Dans cette optique, ne vaut-il pas la peine d’être préparé·e ? Se réarmer et apprendre à nous défendre pourrait-il nous apaiser ? Dans ce cas jusqu’où doit-on aller pour se préparer ?

Prendre les armes ?
Supprimé en février 1995, le service militaire était un moyen pour les jeunes hommes belges d’acquérir des compétences utiles en cas de conflit armé. On parle désormais de réinstaurer le service militaire sur une base volontaire en Belgique. Quelle idée vous en faites-vous ? Y êtes-vous favorable ?

Certaines personnes refusent de porter des armes afin d’être sûres de ne pas commettre des actes que leur morale réprouve. Par le passé en Belgique ou encore aujourd’hui dans le monde, des personnes choisissent d’effectuer un service civil (lorsque cela est possible dans leur pays en effectuant un travail d’utilité publique tel qu’une aide dans les hôpitaux, le travail avec des personnes âgées ou handicapées) ou encore acceptent d’être emprisonnées (lorsqu’il n’y a pas d’alternative au service militaire) plutôt que de servir dans l’armée. Que pensez-vous de ces postures ? Trouvez-vous ces comportements égoïstes ou trouvez-vous cela important de rester fidèle à ses valeurs ? Peut-on être soldat·e sans renoncer à son libre arbitre ? Être soldat·e et pacifiste est-il compatible ?

Actuellement, seuls les hommes sont, à l’exception de certains pays, appelés sous les drapeaux, même si des femmes peuvent embrasser une carrière militaire. Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce que cela dit des représentations que nous avons des hommes et des femmes ?

Pourquoi risquer sa vie ?
Certain·es prétendent que « la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ». Selon vous, en quoi la valeur d’une vie humaine est-elle si importante ?

Entrer dans une armée, c’est accepter le principe de perdre sa vie au profit de quelque chose. Qu’est-ce qui pourrait justifier un engagement – militaire ou autre – qui pourrait vous coûter la vie ? Se battre pour un idéal, pour une société plus juste, contre une dictature, un État envahisseur ? Sauver la vie d’un·e ou plusieurs membres de votre famille ou d’un·e ami·e ? Votre pays ? Vos biens ? Vos croyances/idées ? Imaginons que les autorités belges envoient des militaires belges se battre en Ukraine aux côtés des militaires ukrainien·nes. Quelles sont les justifications qui vous paraissent acceptables pour que des militaires risquent leur vie ? (i) Se battre en solidarité avec le peuple ukrainien qui en a besoin ? (ii) Se battre pour faire vaincre la démocratie contre une dictature ? (iii) Se battre pour la raison que si on arrête les Russes en Ukraine, on se protège contre le risque qu’elle nous envahisse ensuite ?

Quand nous sommes face à un conflit, une injustice, existe-t-il d’autres moyens de réagir ? Quels pourraient-ils être ?

Respecter les règles du droit international
Tous les pays du monde s’engagent à respecter les règles contenues dans la Charte des Nations unies. Le seul cas où on a le droit de faire la guerre, c’est pour se défendre de l’agression d’un autre État.

Un conflit armé n’est pas une zone ou une période de non-droit. Ce qu’on appelle le droit international humanitaire (ou droit de la guerre) définit les règles unanimement acceptées. Son principe le plus connu est que la guerre ne peut concerner que les personnes et équipements militaires. Les personnes civiles (et assimilées) et les bâtiments civils doivent être préservé·es. On constate actuellement que ce principe n’est pas toujours respecté. Le fait que votre adversaire ne respecte pas le droit de la guerre constitue-t-il à vos yeux une excuse pour ne pas le respecter ? Dans ce cas, où est la limite ?

Un autre principe du droit international humanitaire est le principe de proportionnalité. On ne peut pas utiliser des armes qui causent des dégâts excessifs par rapport à l’objectif. Interdit, par exemple, de bombarder et détruire tout un immeuble pour tuer seulement deux soldat·es adverses. Qu’en est-il de la bombe atomique qui peut effacer toute une ville de la carte et rendre le territoire inhabitable ? De nos jours, on annonce des armes actionnées par l’intelligence artificielle. Ce sera la machine qui évaluera si la cible est militaire ou non, qui décidera de tirer ou non. Qu’en pensez-vous ? Qui sera, alors, responsable en cas de problème ?

La question des émotions dans le climat actuel
Face à une menace de guerre et un climat anxiogène, il est normal de ressentir des émotions telles que la peur, la colère, la tristesse, l’injustice, etc. Les émotions peuvent susciter chez chacun·e des sentiments très contradictoires et très forts. Pour certain·es, la tristesse pétrifie et rend passif·ve, alors que la colère et la peur font réagir, et pour d’autres c’est la peur et la colère qui vont paralyser.

Les images de destruction qui nous parviennent des conflits armés sont effroyables. Elles peuvent susciter plusieurs sentiments. Quelle est, quand vous voyez ces images, la part de colère/tristesse/peur en vous ?

Ces émotions mènent parfois à des réactions instinctives, irréfléchies, irraisonnées, individuellement mais aussi collectivement. Comment gérer nos émotions pour ne pas être désespéré·e/tétanisé·e ? Peut-on dire que la guerre réveille en nous ce que l’éducation, la raison, s’efforcent ordinairement de maîtriser ?

Pourquoi, dans ces situations, le dialogue, la recherche raisonnée d’un consensus, sont-ils difficiles ? Existe-t-il d’autres moyens de réagir ?

Et les médias dans tout ça ?
C’est par les médias (presse papier, radio, télévision, etc.) et les réseaux sociaux que nous avons accès au contexte actuel, aux conflits, aux annonces des dirigeant·es, à l’analyse des discours de ces dernier·ères.

En général et, plus particulièrement dans le contexte actuel, faites-vous confiance aux informations véhiculées par les médias ? Et dans le travail des journalistes ? Constatez-vous une (des) différence(s) de traitement de l’information entre les médias d’une part et entre ces dernier·ères et les réseaux sociaux d’autre part ? Que doivent mettre en place les médias mais aussi les citoyen·nes pour être plus vigilant·es quant aux développements de fausses informations et du risque d’instrumentalisation et de manipulation des médias par les dirigeant·es politiques au service de leurs propres intérêts ?

Au-delà des informations diffusées, de nombreux médias se projettent dans des scénarios hypothétiques : Et si Vladimir Poutine envahit un pays européen ? Et si des chars sont envoyés dans les pays baltes ? Et si des soldat·es belges sont envoyé·es sur le territoire ukrainien ? Envisager ces scénarios est-il une bonne chose pour comprendre les enjeux et s’y préparer ou bien cela renforce-t-il le caractère anxiogène du climat actuel ?

La manière dont sont représentés dans les médias les dirigeant·es des USA ou de la Russie face aux européen·nes ne renforce-t-elle pas la polarisation entre l’Europe et les États-Unis et entre l’Europe et la Russie ?

En termes de représentation, on ne peut également que constater le faible nombre de personnalités féminines présentes dans les médias pour s’exprimer au sujet du réarmement de notre pays, des conflits armés actuels en Europe et dans le monde. Qu’en pensez-vous ? Trouvez-vous cela normal ?

Un autre monde est-il possible ?
Dans le contexte actuel sur lequel nous avons l’impression d’avoir que peu de prise, il peut être profitable de prendre de la distance en s’engageant et/ou en s’indignant.

Sommes-nous de simples spectateur·rices d’un monde violent ou bien pouvons-nous infléchir le cours des choses ? Quelle est la mesure du pouvoir que vous pensez avoir (nulle, minime, énorme) ?

Qu’est-ce qui vous indigne de manière générale et dans le contexte actuel ? Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous ? Passé l’étape de l’indignation, comment désirez-vous agir ? Pensez-vous que cela vaut le coup de s’engager ? Pourquoi ?

Bibliographie :

Pour aller plus loin :


Meta assouplit sa politique de modération : pour quelle liberté d’expression ?

Meta assouplit sa politique de modération : pour quelle liberté d’expression ?

14 januari 2025

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·e·s et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : iStock

Les faits

Début janvier, Mark Zuckerberg, le patron de Meta (maison-mère de Facebook, Messenger, Instagram et Whatsapp notamment) a annoncé vouloir renforcer la « liberté d’expression » sur ses plateformes, quitte à filtrer moins de contenus dangereux.

Parmi les évolutions à venir, le magnat de la tech renonce, aux États-Unis, au programme de vérification des faits (fact-checking) qui avait été créé pour lutter contre la désinformation. Instauré après la première élection de Donald Trump en 2016 (au cours de laquelle Facebook avait été vivement critiqué pour la diffusion incontrôlée de fake news susceptibles d’influencer le scrutin), ce partenariat habilitait des agences de presse et médias indépendants à épingler des contenus incorrects pour y ajouter du contexte. Désormais, Meta s’appuiera sur un système de « notes communautaires » rédigées par des internautes, jugés moins « partisans » par Zuckerberg.

Autres modifications : les restrictions sur certains thèmes comme l’immigration ou le genre seront levées et les contenus politiques seront davantage visibles dans les fils d’actualité. Pour opérer ces changements, les équipes en charge de la modération des contenus seront transférées de Californie (un État acquis aux démocrates) au Texas (plus conservateur).

Porte ouverte aux discours de haine
A l’aube du second mandat de Donald Trump, de nombreux observateur.ices ont vu dans cette annonce un gage offert au président élu, alors que ses soutiens se plaignent de longue date du programme de fact-checking, qu’ils comparent à de la « censure ».

D’autres craignent que ce revirement ouvre les vannes de la désinformation et des discours de haine, aggravant la radicalisation en ligne. Alors que les plateformes de Meta comptent des milliards d’utilisateur.ice.s dans le monde, les algorithmes sont conçus pour favoriser les publications qui génèrent le plus de réactions. En l’absence de garde-fous, les contenus extrêmes pourraient donc gagner en visibilité, au détriment de faits vérifiés.

La liberté d’expression régulée en Europe
Dans le sillage d’Elon Musk, patron de la plateforme X, Mark Zuckerberg s’en est également pris à l’Union européenne, qu’il accuse d’« institutionnaliser la censure » par des réglementations trop strictes. Ce que la Commission européenne a formellement réfuté.

En Europe, plusieurs textes législatifs régulent l’espace numérique et la liberté d’expression. Le Digital Service Act (DSA), par exemple, contraint les grandes plateformes comme Meta à respecter les lois qui interdisent les injures racistes ou sexistes, les incitations à la violence ou les contenus terroristes. Reste à voir si ces lois seront suffisantes pour résister à l’influence de la « big tech » américaine.

Penser les faits : quelques pistes

Au nom de la liberté d’expression…
Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

La liberté d’expression est un droit fondamental qui permet à toute personne de s’exprimer publiquement sur tout sujet. Ce droit n’est évidemment pas absolu puisqu’il est encadré par des lois.

Faut-il fixer des limites à la liberté d’expression ? Dans quel but fixerait-on des limites à la liberté d’expression ?

Quelles sont, parmi les limitations suivantes de la liberté d’expression, celles qui vous semblent légitimes ?

  • La diffusion d’informations inexactes, de fake news ?
  • Les propos insultants, injurieux, déshumanisants ?
  • La diffusion de messages qui ont ou pourraient avoir pour conséquence que des actes graves soient perpétrés (appels à la haine ou à la violence) ?
  • Les atteintes à la vie privée des gens (informations telles que son état de santé ou son orientation sexuelle, etc.) ?
  • La diffusion de messages « qui visent à la destruction des droits et libertés » (art. 30 de la Déclaration universelle des droits de l’homme). Faut-il tolérer les intolérants ?

Pour celles qui vous semblent légitimes, comment pourrait-on contrôler le respect de la règle et, si nécessaire, sanctionner les infractions ? Qui doit décider si la règle est enfreinte ou non ?

Liberté d’expression et inégalités ?
A la base, la promesse des réseaux sociaux était de donner une voix à tout le monde, de manière équitable. Or, les échanges, sur les réseaux sociaux (via notamment les commentaires laissés sur des publications) deviennent de plus en plus vifs. Ces échanges sont de nature à amplifier la polarisation (l’opposition) de points de vue de plus en plus radicaux.

Est-ce une bonne chose ? Quels risques cette évolution fait-elle peser sur notre société ? Quelle est la gravité de ces risques ?

Une chose est de pouvoir s’exprimer librement ; une autre est d’être entendu. Est-il normal que, dans une démocratie, la voix de certaines personnes soit davantage entendue que celle des autres ? Est-il normal que l’on entende, sur des questions de société, davantage que celle des autres, la voix des personnalités politiques / des représentants d’associations (syndicats, ONG, etc.) / des personnalités sportives / des stars et vedettes de la chanson ou du cinéma / des scientifiques / des riches ?

On constate également, sur les réseaux sociaux, que les femmes, les personnes immigrées ou issues de l’immigration, les LGBTQIA+… font l’objet de critiques acerbes, voire violentes. Cela mène parfois au (cyber)harcèlement. De nombreuses critiques ne portent pas sur ce que ces personnes expriment, mais sur leur identité.
Comment expliquez-vous cela ? Certaines d’entre elles, lasses ou parfois démolies, quittent ces réseaux sociaux, s’auto-censurent. Le comprenez-vous ? Qui peut et qui doit lutter contre ce phénomène ?

Et la vérité dans tout ça ?
Certain·e·s théoricien·ne·s estiment qu’avec le développement des réseaux sociaux et la création exponentielle de contenus, les faits objectifs ont désormais, dans des lieux de débat (réseaux sociaux, débats politiques) moins d’importance que les opinions développées par des personnes influentes.

Qu’est-ce qui définit ce qui est vrai ? Qui décide de ce qui est vrai ? Si une majorité pense quelque chose, cela en fait-il une vérité ?

Donner son opinion a-t-il la même valeur qu’exposer des faits ? Chacun peut-il croire ce qu’il veut sans que cela soit remis en doute, questionné ?

Est-il possible pour un individu de se forger une opinion quand l’information sur les faits n’est pas exacte ?

L’information, les médias et moi…
Une enquête récente sur les usages médiatiques des jeunes1 montre que les réseaux sociaux est l’une de leurs principales sources d’information. Pour beaucoup d’entre eux, les médias mainstream ne sont pas des sources d’information directe. Ils et elles consultent des articles de ces médias parce qu’ils leur sont recommandés sur les plateformes ou parce qu’ils et elles veulent approfondir une information lue sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce que l’information ? Que doit-on en attendre ? Avec quel média vous informez-vous ? Pourquoi ce média ? Lisez-vous du contenu produit par des journalistes ? Leur faites-vous confiance ? Pourquoi ?

Qu’est ce qui fait la qualité d’une information ? Comment est-il possible de vérifier une information ? Sommes-nous tous armé·es pour le faire ? A qui incombe le fait de vérifier une information ? Pourquoi ? Peut-il arriver que la vérification d’une information soit biaisée, partisane ? La vérification doit-elle se faire en interne ou via des instances externes et indépendantes, comme dans l’audiovisuel (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) ou encore dans le domaine journalistique (Conseil de Déontologie Journalistique) ?

Certains organes de presse sont détenus par des personnes privées – ayant des intérêts économiques et des opinions politiques personnelles. Ces personnes peuvent dès lors présenter l’actualité selon l’angle qui favorise leurs intérêts (politiques, économiques) et opinions. D’autres médias sont créés par les pouvoirs publics. Mais en Europe, les uns comme les autres sont tenus de respecter des lois, notamment en matière de pluralisme et de transparence.

Que vous semble-t-il préférable ? Quelles balises sont-elles nécessaires pour éviter la manipulation, voire la propagande ?

Des réseaux sociaux devenus incontrôlables ?
Les réseaux sociaux sont souvent perçus comme des lieux où tout doit aller vite. Les messages doivent être concis, simples et percutant. La réalité est pourtant souvent complexe, connaît des nuances, des exceptions, ne se laisse pas réduire à des slogans.

Percevez-vous les dispositifs mis en place par ces plateformes qui permettent de favoriser certaines informations/contenus (algorithmes, publicités personnalisées, recommandations, etc.) comme un danger ? Pour quelles raisons ?

Pensez-vous que les réseaux sociaux soient un atout ou un obstacle pour appréhender le monde réel ? Quels impacts pourraient-ils avoir sur nos démocraties ?

Les personnes qui détiennent ces réseaux sociaux sont-elles responsables des contenus qui y sont postés ? Les contenus publiés doivent-ils être régulés ? Par qui : les plateformes, les États, les utilisateur·rices eux-mêmes ? Qu’est-ce que cela augure pour le métier de journaliste ? Est-ce que rester sur un réseau social c’est cautionner ?

Comment faut-il sanctionner ceux qui ne respectent pas les règles ? Est-il normal que l’on ne puisse pas s’expliquer, se défendre quand un réseau social nous punit ?

Les réseaux sociaux sont des outils puissants par lesquels des puissances et personnes étrangères peuvent intervenir dans la vie démocratique d’autres pays. Est-ce un problème ? En quoi ?

En protestation avec les idées développées sur X, une vague de désinscriptions est prévue pour le jour de l’investiture du président Trump, le 20/01. Faut-il quitter des espaces dont on critique la gouvernance ou bien y rester pour être au courant de ce qui s’y dit ?

Bibliographie :

Pour aller plus loin :


black friday

Black Friday : à prendre ou à laisser ?

2 december 2024

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : Anna Stills (iStock)

Les faits

Encore inconnu en Europe il y a une quinzaine d’années, le Black Friday (ou « Vendredi noir ») est une opération commerciale importée des États-Unis. Pour l’occasion, les grandes enseignes et petits commerces cassent leurs prix, entre vraies bonnes affaires, fausses promos et hyperconsommation.

Chaque quatrième vendredi du mois de novembre, le Black Friday donne le coup d’envoi, outre-Atlantique, de la période des achats de Noël. De coutume depuis les années 60 environ, son origine est incertaine. Selon les différentes versions qui circulent, ce « Vendredi noir » pourrait faire référence à l’affluence sur les routes après la fête de Thanksgiving, célébrée la veille, aux magasins bondés ou au chiffre d’affaires des commerçant·es, dont les comptes passeraient du rouge (négatif) au noir (bénéfices) lors de cette journée de promotions.

Des milliards dépensés en ligne
Cette année, les Américain·es ont battu un nouveau record, avec 10,8 milliards de dollars dépensés en ligne, soit 10,2 % de plus que l’année dernière. En Belgique, où le phénomène est apparu il y a une dizaine d’années, 63 % des consommateur·rices (soit 11 % de plus que l’an dernier) prévoyaient de faire des achats lors du Black Friday pour un montant moyen de 329 euros (+6 euros), selon un sondage de Testachats.

Dans la pratique, les promos débordent cependant de plus en plus sur la semaine précédente, le week-end et le lundi suivant avec le Cyber Monday, autre journée de rabais visant à booster les ventes en ligne. Mais, parmi l’avalanche de réductions, toutes ne sont pas toujours bonnes à prendre. Certaines sont même trompeuses : depuis 2022, le SPF Économie a ainsi constaté 811 infractions en la matière.

De plus, l’opération ne profite bien souvent qu’aux multinationales et plateformes en ligne, les petits commerces n’ayant pas toujours la capacité de rivaliser avec les ristournes des grands groupes.

Actions de protestation
Autre écueil : le coût écologique. Hyperproduction, explosion des livraisons et des retours, montagne de déchets, etc. Le Black Friday a un impact environnemental désastreux, sans compter la pression mise sur les travailleur·ses.

Face à ce constat, des alternatives comme le Green ou le Blue Friday ont vu le jour. L’idée est d’encourager les consommateur·rices à réparer, opter pour la seconde main ou consommer local et responsable. En Belgique, certaines enseignes sont restées fermées le jour du Black Friday, tandis qu’en Allemagne et dans d’autres pays, des centaines d’employé·es d’Amazon ont protesté contre leurs conditions de travail.

Penser les faits : quelques pistes

Consommation
Le Black Friday propose d’acquérir des biens, pousse à la consommation.

Pourquoi répondons-nous à cette injonction ? Qu’est-ce qui, précisément, nous pousse à acheter ? Ce que nous achetons répond-il à un besoin ? Ou à une envie ? Quelle différence fait-on entre les deux ? Quelle différence entre acheter quelque chose dont nous avons besoin et avoir besoin d’acheter quelque chose ? Est-ce la chose dont nous avons besoin ou l’acte d’acheter ?

Le Black Friday augmente notre pouvoir d’achat, mais augmente-t-il ou restreint-il notre liberté ?

Le besoin d’acheter peut-être plus fort que la raison (c’est-à-dire on achète des choses pas parce qu’on en a vraiment besoin, mais parce qu’on a besoin d’acheter, quoi que ce soit). Quand acheter s’impose à nous comme une fin en soi, dans quelle mesure peut-on parler d’addiction ou de drogue comme c’est le cas, chez certaines personnes, pour le tabac, l’alcool et le jeu, par exemple ?

A-t-on toujours le choix de notre consommation ?
Certains ménages sont dans le besoin et à l’affût des promotions et des bons plans pour acheter des biens du quotidien parfois indispensables. D’autres personnes profitent du Black Friday pour acquérir des biens non-essentiels.

Que vous évoque la coexistence de différents objectifs de consommation, visibles au moment du Black Friday ? Pensez-vous que des ménages sont obligés d’attendre de telles promotions pour acheter ce dont ils ont besoin ? Une société plus égalitaire serait-elle souhaitable ? Comment la mettre en œuvre ?

Achat juste et juste prix
Le Black Friday provoque un pic de consommation.

Chaque article acheté a dû être produit et acheminé. Tout cela a un coût : grande utilisation de pages internet qui font tourner les serveurs et data centers à plein régime, emballages (plastique et carton), transports (notamment en avion). La semaine du Black Friday, c’est 94 % de CO2 émis en plus qu’une semaine normale. Les achats réalisés impulsivement lors du Black Friday génèrent aussi un grand nombre de retours à l’expéditeur. C’est le cas d’environ un quart des colis par les consommateur·rices de moins de 30 ans.

Certaines enseignes ne peuvent vendre des produits (comme des vêtements) à un prix si bas que parce qu’ils sont fabriqués dans des conditions de travail inhumaines.

Le Black Friday a aussi un impact sur les conditions de travail de personnes, ici en Europe, qui travaillent notamment dans la logistique et doivent prester de nombreuses heures supplémentaires pour envoyer, empaqueter et livrer les colis qui sont achetés en ligne.

Il a également un impact sur les petits commerces qui doivent s’aligner sur les promotions faites par les grandes enseignes.

Suis-je responsable de l’impact de mon achat sur :

  • l’environnement ?
  • les conditions de travail des personnes qui produisent là-bas ?
  • les conditions de travail des personnes qui travaillent ici ?
  • la viabilité économique des petits commerces ?

Quelle différence cela fait-il si moi, à mon niveau, j’achète ou je m’abstiens d’acheter quelque chose ? Suis-je attentif·ve à ce qu’un article que j’achète soit vendu à un prix juste ? Qu’est-ce que je mets derrière cette notion ?

On dit habituellement d’un prix qu’il est valable à la condition qu’acheteur·se et vendeur·se soient l’un·e et l’autre d’accord de procéder à la transaction. Qu’en pensez-vous ? La liberté d’acheter et celle de vendre sont-elles réelles ? Cette liberté doit-elle prévaloir sur le reste ? Quelle place l’éthique prend-elle dans vos choix de consommation ?

Black Friday, publicités et médias
Les publicités lors du Black Friday nous envahissent.

Sur quels supports avez-vous entendu parler du Black Friday ? Comment avez-vous réagi face à ces publicités ? Avez-vous acheté des produits suite à des publicités liées au Black Friday ?

Quels sont les types de messages, le vocabulaire, les couleurs et les illustrations utilisées ? Pourquoi, selon vous ? Cela vous a-t-il donné envie d’acheter ?

Quel impact a la publicité sur la consommation des gens ? Vous êtes-vous senti·e visé·e par la publicité que vous avez reçue ? Si oui, par quel procédé (vocabulaire, illustration) ?

Le Black Friday et l’info
Observez comment les médias d’information (presse papier, presse numérique, journal TV, radio, etc.) traitent le sujet du Black Friday et abordent cette abondance publicitaire.

Est-il pertinent que le journal télévisé ou radio s’ouvre sur un sujet lié au Black Friday ? N’est-il pas contradictoire qu’un article qui traite de la surconsommation liée au Black Friday se trouve sur la même page que des publicités liées à ce même Black Friday ? Trouvez-vous ce traitement objectif ? Quelles influences ce traitement médiatique a-t-il sur la consommation ?

Consommer autrement ?
Des personnes choisissent de prendre leur temps pour s’assurer qu’un achat est bien réfléchi, qu’il n’est pas seulement impulsif. Il en est aussi qui décident de ne pas acheter ou d’acheter moins. Qu’en pensez-vous ?

Que pensez-vous des initiatives alternatives au Black Friday ? Pensez-vous que vous pourriez modifier votre manière de consommer ? Comment vous y prendriez-vous ? Quelles pistes identifiez-vous ?

Bibliographie :

Pour aller plus loin :


Les élections du 9 juin : et après ?

13 juni 2024

Note
Ce document est rédigé à l’attention de tou·tes les enseignant·es et éducateur·rices de secondaire. Il propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Une fiche Questions Vives ne contient pas de position de nature politique et elle n’engage pas les partenaires à titre individuel.

Les faits

L’issue du triple scrutin du 9 juin est connue. Verdict ? Une nette tendance à droite, même si les résultats sont contrastés. L’abstention bat également un nouveau record : plus d’un million d’électeurs (12,5 %) ont boudé les bureaux de vote.

En Belgique francophone, le MR sort grand gagnant des urnes. Le parti libéral se hisse à la première place en Wallonie (29,6 % des voix) et à Bruxelles (21,5 %). Arrivé 2e, le PS perd quelques plumes, avec 23,2 % des voix au sud du pays et 18,3 % dans la capitale. De retour après cinq ans d’opposition, Les Engagés progressent partout : ils se classent 3e en Wallonie (20,7 %) et 4e à Bruxelles (8,9 %), derrière le PTB qui récolte 17,3 % des suffrages dans la capitale. Au sud du pays, il décroche la 4e place (12,1 %). Reste Ecolo, grand perdant des élections, qui recule partout, avec 7 % en Wallonie et 8,2 % à Bruxelles.

A la suite de ces résultats, le MR et Les Engagés ont décidé de s’allier à tous les niveaux de pouvoir. En Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles, on se dirige dès lors vers une coalition de centre-droite. Le PS, lui, a fait le choix de l’opposition.

Le Vlaams Belang, deuxième parti de Flandre
Alors que les sondages prédisaient une percée du Vlaams Belang, la N-VA reste maître du jeu (23,9 %) au parlement flamand.

En progression, le Vlaams Belang (22,7 %) représente la deuxième force politique de Flandre, devant les socialistes de Vooruit (13,8 %), les sociaux-démocrates du CD&V (13 %), les libéraux de l’Open Vld(8,3 %), ainsi que les partisans du PVda (8,3 %) et de Groen (7,3 %). Le parti libéral du Premier ministre sortant, Alexander De Croo, subit la plus lourde défaite.

N-VA et MR en pole position au fédéral
Avec des résultats similaires au niveau fédéral, la N-VA et le MR devraient jouer un rôle prépondérant dans la prochaine coalition. Qui seront leurs alliés ? La question n’est pas encore tranchée à ce jour. Mais une chose est sûre : la participation du Vlaams Belang reste actuellement exclue (malgré ses 20 sièges à la Chambre) en raison du cordon sanitaire.

Montée importante des extrêmes et déroute écologiste en Europe
En Europe, le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) se maintiennent, rendant possible la reconduction de la coalition sortante avec les libéraux de Renew, même affaiblis. Cependant, plusieurs formations d’extrême droite ont réalisé une percée notamment en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Autriche, provoquant au passage la dissolution de l’Assemblée nationale française. Les écologistes enregistrent un net recul.

Florence Marot

Penser les faits : quelques pistes

Faire son choix
Les électeurs et électrices ont fait leur choix. Si vous avez voté, par quels moyens/médias (parents, amis, journaux, TV, radio, réseaux sociaux) avez-vous recueilli l’information pour faire votre choix ? (Lecture de médias, visionnage d’émissions, discussion avec les parents et ami·es). Quels avantages et inconvénients avez-vous vus à ces moyens de vous informer ? Quels sont les moyens qui ont été déterminants ?

Vous êtes-vous basé·es sur des valeurs pour faire votre choix ? Si oui, laquelle ou lesquelles ? (Projet collectif, individuel, solidaire, inclusif, basé sur la prospérité, le mérite, etc.) Quels éléments (valeurs, contenu du programme, personnalité des candidat·es, etc.) avez-vous mobilisé pour faire votre choix ? Pourquoi ? Avez-vous trouvé dans les partis votre projet de société idéal ?

De la politique de diverstissement – Politainment
Durant la campagne électorale, de nombreuses émissions TV et contenus sur les plateformes des réseaux sociaux ont mis en scène des hommes et femmes politiques. Du simple débat dans un cube de verre devant le Parlement wallon, à l’interview d’un président de parti dans une montagne russe, en passant par la discussion avec des hommes et femmes politiques en pyjama, différents médias ont proposé des contenus divers et variés à la frontière de l’information et du divertissement (« infotainment » ou « politainment »).

Avez-vous regardé un ou plusieurs de ces programmes/contenus ? Vous ont-ils permis de mieux comprendre les enjeux de la politique ? En quoi cela vous a-t-il influencé ?
Pensez-vous que le fait de voir des personnalités politiques s’amuser et être des citoyen·nes comme tout le monde leur apporte un capital sympathie qui leur permet de gagner plus de voix des électeur·trices ?

Certains partis mettent dans leur liste des personnalités populaires. Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’il s’agit là d’une manière, pour les partis de faire des voix ? Vaut-il mieux que nos élu·es soient des « professionnel·les de la politique » ou des personnes sans expérience politique, mais plus représentatives de la diversité de la population ? Qu’est-ce qui a le plus d’importance dans votre choix : les valeurs générales défendues par un parti, son programme ou la personnalité de ses candidat·es ?

Agressivité
Certaines personnalités politiques se montrent très critiques à l’égard de leurs concurrent·es. Elles peuvent formuler des critiques très féroces à l’encontre des idées des autres et, parfois, faire preuve d’une certaine agressivité à l’égard des autres hommes et femmes politiques. On a vu des débats entre interlocuteur·trices qui ne cessaient de s’interrompre et de s’invectiver.

Pensez-vous que l’agressivité soit inhérente à ce type d’exercice ? Qu’elle y apporte un plus ? Ou un moins ? Pensez-vous qu’on peut «faire carrière» en politique si on veut s’accrocher à une posture respectueuse, pacifiée ? L’opposition de différentes idées doit-elle forcément passer par la violence ?

« Je m’en fous »
Si on ajoute à l’abstention les votes blancs et les votes en faveur du parti blanco, on atteint 18,6 % de personnes qui n’ont pas soutenu un parti ou un ou plusieurs candidat·es.

Que pensez-vous du fait que le vote soit obligatoire en Belgique ? Pourquoi dire qu’on se désintéresse de la vie politique attire-t-il habituellement des critiques/est mal vu par la collectivité ? Pourquoi n’aurait-on pas le droit de vivre sans se soucier de ces questions ? Pensez-vous qu’un·e ministre, par exemple, est plus légitime si une part importante de la population a pris part au vote ?

La majorité définit-elle ce qui est juste ?
Au cours des élections s’affrontent – au travers de partis – des conceptions différentes de ce qui est souhaitable, de ce qui est juste. Tel parti estime qu’il faut privilégier le bien-être de la population actuelle ; tel autre qu’il faut prioritairement veiller aux conditions de vie des générations futures. Tel parti estime qu’il n’est pas juste que les personnes inactives aient des conditions de vie proches de celles qui se fatiguent au travail ; tel autre qu’il faut se montrer solidaire avec les personnes qui rencontrent des difficultés dans la vie.

Qu’est-ce que la justice (au sens de ce qui est juste) ? Pourquoi ne sommes-nous pas forcément d’accord sur ce qui est juste ? Peut-on dire que ce qui est juste est ce que la majorité trouve juste ? Se trompe-t-on si on n’a pas la même représentation de ce qui est juste que la majorité de la population ?

Démocratie et État de droit
L’état de droit est un principe fondamental selon lequel toutes les institutions et individu·es, y compris le gouvernement, sont soumis aux lois établies et doivent les respecter. Personne n’est au-dessus de la loi et les décisions et actions des autorités doivent garantir la protection des droits fondamentaux des citoyen·nes.
La sagesse du peuple n’est pas toujours suffisante. Les élections démocratiques ne mettent pas une société à l’abri de décisions choquantes, inacceptables. L’exemple le plus habituel consiste à rappeler qu’Hitler est arrivé au pouvoir par la voie des urnes et que cela n’a pas empêché les pires exactions.

D’un côté, les élu·es disent : « Je suis élu·e, je représente le peuple et rien n’est plus important que la volonté du peuple. Donc je peux décider ce que je veux. » De l’autre côté on lui répond : « Non. Même le peuple ne peut pas enfreindre les droits fondamentaux des personnes qui s’imposent à tous les gouvernements. Vous pouvez gouverner, mais en respectant ce cadre. » Qu’en pensez-vous ?
« Le pouvoir politique a-t-il tous les droits ou doit-il se soumettre à certaines règles ? » « Que penser de gouvernements qui ne respecteraient ni la loi ni les décisions de justice qui les condamnent ? »

Normalisation de l’extrême droite
Il y a eu, dans l’Histoire, des périodes sombres au cours desquelles on associait aux gens (les femmes, les personnes racisées, les juifs, etc.) des caractéristiques prétendument liées aux catégories auxquelles ils et elles appartenaient. Cela a eu pour effet des discriminations dont certain·es étaient victimes (comme dans le cas de l’esclavage ou dans celui de la Shoah) et dont d’autres ont tiré profit.
La violence des exactions commises pendant la Seconde Guerre mondiale, quand des idées d’extrême droite ont été poussées à leur paroxysme, a eu pour effet un rejet massif de ces idées simplistes et dangereuses. Le cordon sanitaire est un exemple de cette réaction, du besoin de se protéger contre ces idées jugées toxiques en raison de la violence liée à leurs conséquences concrètes.

L’extrême droite se caractérise par (i) une conception profondément inégalitaire de la société qui accorde une importance majeure aux différences qu’ils voient entre les races, les ethnies, les sexes, les religions, les orientations sexuelles et identités de genre, etc. ; (ii) une vision nationaliste qui soit réclame l’indépendance, soit appelle à plus d’homogénéité sur le territoire ; et (iii) remet radicalement en cause des éléments fondamentaux de nos démocraties tels que l’état de droit, l’équilibre des pouvoirs, les droits des minorités, etc.). (1)

En étant reprises par certains partis « traditionnels », pensez-vous que les idées d’extrême droite ont percolé dans la société, et apparaissent aujourd’hui comme « normales », par exemple en matière de politique migratoire, en matière de justice, en matière sécuritaire, sur les questions identitaires et sur les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ ?
Comment expliquer que des idées qui étaient inacceptables hier semblent plus acceptables aujourd’hui ?
Pensez-vous que, au nom de la liberté d’expression, toutes les idées se valent et doivent pouvoir être exprimées librement, même celles qui sont basées sur des contre-vérités et/ou sèment la haine entre les personnes ?
Pensez-vous que les réseaux sociaux jouent un rôle dans la normalisation des idées extrêmes ? Sont-ils un lieu privilégié pour le développement de ce type d’idées ?

(1) Selon Benjamin Biard, du CRISP et professeur invité à l’UCL. https://www.centreavec.be/publication/ce-dont-lextreme-droite-est-le-nom/

En dehors des élections
En démocratie, le pouvoir des citoyen·nes ne s’arrête pas au seul moment des élections. Ils et elles conservent le droit de faire entendre leur voix, par exemple en s’adressant directement à leurs parlementaires pour leur faire connaître leur opinion (interpellations politiques), en soutenant des organisations dites « de la société civile » via du volontariat dans des associations, en signant des pétitions en participant à des manifestations ou à des actions de désobéissance civile, ou encore via des changements de comportements individuels, etc.

Que pensez-vous de ces modes d’action ? Dans quelle mesure est-ce important pour vous ou non de vous investir dans ce type de démarche ? Voyez-vous le fait d’aller voter comme un engagement citoyen ?

Pour en savoir plus :

Sources :

Crédit photo : RTBF


Conflit Israël - Territoires palestinies occupés

Conflit Israël - Territoires palestiniens occupés

3 november 2023

AVERTISSEMENT
Le sujet abordé est sensible et nécessite une grande prudence. Nous ne pouvons être tenus responsables des difficultés qui pourraient en résulter. Ces fiches sont un appui pédagogique destiné à développer la réflexion critique et autonome des élèves. Des références à des idées très différentes peuvent être communiquées afin de susciter cet esprit critique. Cette fiche n’est en aucun cas une prise de position dans le conflit de la part des organisations qui y ont travaillé et de ce qu’elles représentent. Elle vise à permettre un dialogue et réflexion critique à propos de concepts mobilisés dans cette actualité, et non à propos du conflit en lui-même. Le sujet est sensible et peut entraîner des réactions vives des élèves. Il importe, avant de commencer la discussion, de rappeler les règles d’un débat serein : demander la parole, ne pas parler trop longtemps, ne pas interrompre, ne pas insulter, etc. Si les conditions d’un débat serein ne sont plus respectées, y mettre un terme et, si possible, lancer un débat « méta » sur la question « pourquoiest-on emporté par ses émotions, au point qu’il n’est plus possible de discuter sereinement ?

Les faits

Plutôt que de relater des faits qui seront remplacés par de nouveaux développements le lendemain, et étant donné que les développements sont abondamment couverts par les médias, nous souhaitons référer aux sources médiatiques, comme par exemple :

https://www.rtbf.be/archive/guerre-au-proche-orient
https://www.lesoir.be/81616/sections/proche-et-moyen-orient
https://www.lalibre.be/dossier/international/moyen-orient/attaques-du-hamas-israel-palestine-en-guerre/

Penser les faits : quelques pistes

Le poids de mots
S’agit-il de crimes de guerre ? Si on estime qu’existe un conflit armé entre l’état d’Israël et le groupe terroriste Hamas, il s’agit en effet d’infractions graves – parmi les plus graves qui soient – au droit de la guerre. On peut dans ce cas parler de crimes de guerre. S’agit-il de terrorisme ? Il n’y a pas encore un consensus sur une définition dans le droit international, mais des définitions ont été proposées par les Nations Unies et l’Union européenne, comme par exemple : « des actes criminels, y compris contre des civils, commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures corporelles graves, ou la prise d’otages, dans le but de provoquer un état de terreur dans l’opinion publique en général ou dans un groupe de personnes ou de personnes particulières, d’intimider une population ou contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte. »[1], ou encore « Les actes de terrorisme ont pour but, par leur nature ou leur contexte, d’intimider gravement une population ou de contraindre indûment un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte ou à déstabiliser ou détruire gravement les structures politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales fondamentales de ce pays. Un pays ou une organisation internationale. » [2] Le Hamas, officiellement reconnu comme un groupe terroriste par l’Union européenne depuis 2001, a attaqué la population civile israélienne, tué des personnes, emporté des otages. Comment peut-on qualifier ces faits ? Pensez-vous qu’il existe des circonstances où le recours à des actes de violence est moralement acceptable ?

[1] Conseil de sécurité des Nations Unies, dans sa résolution 1566 d’octobre 2004
[2] Mai 2005, adoption de la Convention pour la prévention du terrorisme par le Conseil de l’Europe

Droit de riposter ?
La guerre met un État dans une situation particulièrement critique. Acculé par des circonstances défavorables, il pourrait être tenté, à un moment ou un autre, de perdre la raison et de commettre des actions meurtrières. C’est la raison pour laquelle existe le droit international humanitaire et le « droit de la guerre ». Il définit ce que les forces armées peuvent faire et ce qu’elles ne peuvent pas faire lors d’un conflit armé. Ces règles visent notamment à protéger les populations civiles dont on a toujours estimé qu’elles n’étaient pas concernées ou devaient ne pas l’être par les batailles entre militaires. Ces règles (ne pas maltraiter les prisonnier·es, ne pas attaquer les populations civiles, ne pas prendre d’otages, etc.) sont les mêmes pour les deux camps. Estimez-vous que ce soit une bonne chose ou que la partie armée agressée devrait pouvoir, elle, en tant que « victime » avoir recours à tous les moyens possibles pour se défendre, en ce compris attaquer les civil·es de la partie adverse ? Le fait qu’une partie d’un conflit ne respecte pas le droit international humanitaire ou le droit de la guerre n’autorise pas l’autre à l’enfreindre également. Estimez-vous que cela devrait être le cas ? Une règle ne devrait-elle être respectée que si tout le monde la respecte ? Doit-on observer un principe parce que tout le monde le respecte ou parce qu’on pense qu’il est juste ? Que faire quand un conflit dure depuis très longtemps ? Cette distinction entre agresseur et agressé tient-elle toujours ou les deux parties finissent-elles par être, selon des modalités différentes, à la fois agresseurs et agressés ?

Représailles
Les mesures de représailles sont des réponses à des actions passées, tandis que les mesures de défense sont des actions prises pour se protéger contre des menaces actuelles ou imminentes. Une même mesure peut être à la fois l’une et l’autre, quand les représailles ont une visée dissuasive. Par mesure de représailles contre les attaques terroristes dont il a été l’objet, Israël a imposé des sanctions contre les habitant·es de la bande de Gaza : plus d’approvisionnement ni en eau, ni en médicaments, ni en électricité, ni en nourriture. Cette sanction touche durement la population civile. Pensez-vous qu’il soit acceptable de punir toute une population pour toucher les auteurs d’actes terroristes, si abominables ces actes aient-ils été ? L’Histoire compte plusieurs épisodes pendant lesquels une armée a menacé d’exterminer une population si les coupables qui s’y cachaient ne se rendaient pas, à une moindre échelle, les profs qui, dans le passé, menaçaient toute une classe de punition collective si le coupable ne se désignait pas, usaient du même principe. Quel jugement moral portez-vous sur cette pratique ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Que penser, de l’autre côté, des auteur·es de ces actes terroristes qui se cachent au milieu de la population civile plutôt que de se dénoncer ? Pensez-vous qu’ils et elles manquent de courage et/ou d’honnêteté ? Que feriez-vous à leur place ? Et que penser des chef·fes qui donnent leurs ordres depuis des pays étrangers ?

Valeur d’une vie
La vie humaine a une valeur infinie pour les religions (et notamment dans les religions juive, musulmane et chrétienne représentées dans le conflit israélo-palestinien) et dans l’esprit de la plupart des personnes agnostiques ou athées. En dehors de quelques circonstances telles que les militaires pendant une guerre, tuer est un interdit universel. Pourtant, ici, le Hamas a massacré des Israélien·nes et les autorités israéliennes ont décidé de frappes dont elles savaient qu’elles tueraient des Palestinien·nes. Pensez-vous que la vie humaine doit être absolument (c’est-à-dire de façon absolue, sans exception) préservée ou pensez-vous qu’il existe des circonstances où tuer des gens est acceptable ? On parle beaucoup « des Israélien·nes » et « des Palestinien·nes » comme s’il s’agissait chaque fois d’un ensemble homogène. Comment éviter le piège de la généralisation ?

L’importance des images
Le droit de la guerre interdit de publier des photos de prisonnier·ères de guerre. Le Hamas a veillé à filmer ses opérations sanguinaires et à en diffuser les images. Pourquoi pensez-vous qu’il a adopté cette stratégie de communication ? Comment nous sentons-nous en voyant ces images ? Pourquoi les regardons-nous quand même si elles nous choquent ? Pareillement, nous sommes particulièrement scandalisé·es par les images d’enlèvement, avec violence, d’enfants, de jeunes femmes et de personnes très âgées. Les terroristes en sont conscient·es et en jouent pour intensifier leur provocation. Comment expliquez-vous cette sensibilité et cette insensibilité (celle des terroristes du Hamas) ?

Détenir la terre
Le conflit israélo-palestinien, c’est l’histoire de deux peuples qui revendiquent la propriété et le contrôle d’un même espace, d’une même terre. La terre est-elle un bien comme un autre ? Qu’est-ce que le fait d’être propriétaire d’un terrain a de plus que le fait d’être propriétaire d’une voiture ou d’une entreprise ? En quoi le fait d’avoir une terre à soi est-il important pour un peuple ?

Violence et souffrance
Un certain nombre de voix expriment que la violence des agressions du Hamas est certes démesurée et inacceptable, mais qu’elle doit être mise en rapport avec la violence de la façon dont sont traité·es les habitant·es de la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007. Peut-on comparer ces violences de natures différentes ? Qu’en est-il de la souffrance ? La violence est un acte externe, intentionnel et direct, tandis que la souffrance peut être causée par des événements externes (comme la violence), mais elle peut aussi être le résultat de facteurs internes ou de circonstances de la vie comme des conditions de vie pénibles. Certain·es pensent que ce n’est pas seulement la violence qu’il faut combattre, mais tout ce qui, d’origine humaine, crée de la souffrance. Qu’en pensez-vous ?

Neutralité
Les auteur·es de cette fiche ont veillé à ne pas poser une question centrale, aussi visible qu’un éléphant dans un couloir : à quel camp donner raison ? Plusieurs explications conjuguent leurs effets : la crainte de s’attirer les foudres – parfois extrêmement violents – des adeptes de tel ou tel camp ; la nécessité de respecter les règles relatives à la neutralité des espaces scolaires et la volonté d’offrir des espaces de réflexion sereins sur des éléments connexes à ce conflit. Quelle est l’importance de la neutralité ? Pensez-vous qu’il soit possible d’être neutre ? Comment peut-on ou de s’efforcer de l’être ? Pourquoi pensez-vous que ce sujet soit si sensible dans la société ? Pourquoi semble-t-il souvent difficile de l’évoquer dans une discussion modérée, sans que le moindre propos, qu’on pense nuancer, nous range dans un camp ou dans l’autre ?

Pour aller plus loin : sept raisons pour une nation de souhaiter disposer d’un territoire à soi

    1. Identité culturelle et historique – Le territoire peut être intrinsèquement lié à l’histoire et à la culture d’un peuple. Il peut contenir des sites sacrés, des lieux de mémoire, des traditions et des coutumes spécifiques qui sont essentiels pour l’identité ethnique.
    2. Sécurité et stabilité – La possession d’un territoire peut offrir une certaine sécurité physique et économique. Un territoire stable peut permettre aux communautés de planifier l’utilisation des ressources naturelles, de développer l’agriculture et des infrastructures.
    3. Autonomie politique – Posséder un territoire permet souvent à un groupe ethnique d’avoir son propre gouvernement, d’adopter ses propres lois et politiques, préservant ainsi son identité culturelle.
    4. Économie et ressources naturelles – Les ressources naturelles présentes sur un territoire (comme l’eau, les minéraux, les terres agricoles) peuvent être essentielles à la subsistance et au bien-être économique d’un groupe ethnique.
    5. Protection de la culture et de la langue – Un territoire peut offrir un environnement où la langue, la culture et les traditions d’un groupe ethnique peuvent être préservées et transmises aux générations futures sans l’influence externe excessive.
    6. Sens d’appartenance – Le territoire peut renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe. Il peut créer un lien physique entre les membres de la communauté, renforçant ainsi les relations sociales et le soutien mutuel.
    7. Résistance à l’assimilation – La possession d’un territoire peut aider à préserver une communauté ethnique en la protégeant contre l’assimilation culturelle et linguistique imposée par des groupes dominants.

Crédit photo : rrodrickbeiler (iStock)


ChatGPT : Pour le pire ou pour le meilleur ?

ChatGPT : Pour le pire ou pour le meilleur ?

29 maart 2023

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·tes les enseignant·es et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

ChatGPT (pour Generative Pretrained Transformer, soit Transformateur générique pré-entrainé) est une interface de conversation en ligne basée sur l’intelligence artificielle (IA). Depuis novembre 2022, ChatGPT est accessible gratuitement sur Internet. Son succès a été immédiat : 5 jours après son lancement, ChatGPT avait déjà été téléchargé 1 million de fois. En janvier 2023, le cap des 100 millions d’utilisateur·rices a été dépassé. Jamais une application – pas même Tik Tok ou Instagram – n’avait connu un démarrage aussi fulgurant.

Avant de nous plonger dans le fonctionnement et les usages de ChatGPT, rappelons d’abord ce qu’est l’intelligence artificielle (IA). C’est un ensemble de théories et de techniques mises en œuvre pour concevoir des machines capables de stimuler certains traits de l’intelligence humaine. ChatGPT est donc un système informatique, qui a été longuement entraîné, et qui calcule : il a appris à mettre les mots dans le bon ordre. Aujourd’hui, ChatGPT est capable de tenir des conversations sensées avec un utilisateur : c’est ce que l’on appelle un chatbot. Il peut aussi répondre à des questions ou écrire des textes sur un sujet donné. Il peut faire des suggestions ou créer du contenu. Il est aussi capable d’écrire des lignes de code pour une page web.

ChatGPT a été conçu par la société américaine OpenAI dont le but était, dès sa création en 2015, de « bâtir une intelligence artificielle équivalente à un être humain ». Cette société a d’ailleurs lancé, en juillet 2022, Dall.E, une IA capable de générer des images sur la base d’une description de l’utilisateur. Le fondateur et actuel président d’OpenAI est l’homme d’affaires Sam Altman qui, dans le passé, avait notamment poussé et développé des sociétés comme Airbnb, Twitch ou Dropbox. L’entrepreneur et milliardaire Elon Musk (directeur de la société astronautique SpaceX et de la société automobile Tesla) était un des cofondateurs de la société OpenAI, mais il l’a quittée depuis : il n’a donc pas assisté au développement et au lancement de ChatGPT.

Les utilisateur·rices de ChatGPT ont, d’une manière générale, été impressionné·es par la qualité de ses productions. D’où ces questions et ces craintes qui ont surgi, notamment dans le monde de l’enseignement. Comment distinguer une production d’un humain de celle d’une machine ? Cette dernière poussera-t-elle les élèves à la triche ou à la fainéantise ? Depuis janvier 2023, ChatGPT est d’ailleurs interdite dans les écoles de New-York : son accès est bloqué sur les ordinateurs des établissements scolaires.

Jusqu’où faut-il craindre l’utilisation de ChatGPT ? Pour répondre à cette question, il faut avoir à l’esprit que cette AI commet des erreurs, notamment parce que les données auxquelles elle a été soumise pour s’entraîner datent, au mieux, de 2021. Rappelons aussi que ChatGPT ne fait que traiter des informations et les calculer : il ne « comprend » donc pas les textes qui sont générés. Il n’est pas non plus capable de faire preuve d’imagination et de créativité, et ne peut pas résoudre un problème. ChatGPT n’est pas non plus, comme les êtres humains, doué d’un esprit critique pouvant poser un jugement sur la base de faits.

Anouck Thibaut

Penser les faits : quelques pistes

Nouveau rapport au savoir ?
Le progrès technique permet de disposer de plus en plus rapidement d’informations dans un certain nombre de domaines. ChatGPT illustre parfaitement ce gain de temps. Le Soir[1] a consacré un article à Sam Altman, patron d’Open AI, l’entreprise qui a lancé ChatGPT en 2012 : « Il y a certains avantages à être une machine. Nous, les humains, sommes limités par notre taux d’inputs et outputs. Nous n’apprenons que deux bits par seconde. Pour une machine, nous devons ressembler à des chants de baleine au ralenti. »

Est-il encore nécessaire d’étudier par cœur la liste des provinces belges et des capitales européennes alors que l’information est accessible en un clic ? Le fait que, depuis quelques années, le meilleur ordinateur batte le meilleur être humain au jeu d’échecs enlève-t-il quelque chose à l’intérêt de ce jeu ? Est-il nécessaire, pour être pleinement humain, de connaître des informations sans avoir à s’en remettre à la technologie ?

Selon vous, qu’est-ce qui fait la spécificité des êtres humains ? Faut-il préserver l’Humanité du risque d’une « prise de pouvoir » par cette intelligence artificielle plus performante ? Pour quelles raisons ?

[1] Philippe LALOUX, Sam Altman, le cerveau, tordu, de l’intelligence artificielle, Le Soir – Week-end des samedi 21 et dimanche 22 janvier 2023, pp 4 et 5.

Du gratuit qui rapporte
Si, dans un premier temps, les concepteurs de ChatGPT expliquaient vouloir « faire progresser l’intelligence numérique de la manière la plus susceptible de profiter à l’humanité dans son ensemble, sans être limité par la nécessité de générer un rendement financier ».[1] Quelques années plus tard, ce positionnement a changé : OpenAI est désormais une entreprise à but lucratif plafonné.[2] La « connaissance » est-elle une denrée monnayable ?

Pour répondre à une question, ChatGPT consulte tout le net. A priori, la variété de sources d’information est donc conséquente. Est-ce pour autant un gage de fiabilité ?

Ce libre arbitre était-il davantage garanti dans la vie quotidienne pré-ChatGPT ? Ne sommes-nous pas déjà influencé·es par les personnes que nous rencontrons, les informations qui nous entourent, les influenceur·ses sur les réseaux sociaux ?

[1] Hugo Jay, « Qui se cache derrière ChatGPT ? » Le Soir – GEEKO, 15 Janvier 2023 – URL : https://geeko.lesoir.be/2023/01/15/qui-se-cache-derriere-chatgpt/
[2] Idem

Responsabilité du ChatGPT
ChatGPT dit de lui-même : « Les modèles de traitement automatique du langage (…) peuvent faire des erreurs ou des imprécisions dans leurs réponses, il est important de définir les responsabilités en cas d’erreur pour minimiser les risques pour les utilisateurs ».

Quelle différence existe-t-il entre des affirmations positives (vérifiables telles que 2 + 2 = 4, Rome est la capitale de l’Italie) et des affirmations normatives (qui portent en elles des jugements de valeur implicites ou explicites, telles que « il faut abolir la peine de mort ») ? Peut-on pareillement confier à l’intelligence artificielle de répondre aux questions « positives » et aux questions « normatives » ?

Travail menacé
L’OCDE estime que l’intelligence artificielle en général (pas seulement ChatGPT) menacerait plus de 40 % des emplois avant 2040. Sam Altman, le fondateur de ChatGPT, rêve d’un monde où les êtres humains ne devraient plus travailler, des machines « intelligentes » s’en chargeant à leur place. Les êtres humains bénéficieraient d’un revenu de base universel et de tout le temps libre souhaité pour s’accomplir.

Cette vision présente le travail comme désagréable, à éviter. Qu’en pensez-vous ? Le travail ne peut-il pas contribuer à l’accomplissement personnel des gens ? Sous quelles conditions ? La machine n’impose-t-elle pas son rythme au travailleur ou à la travailleuse ? La machine amène-t-elle un réel confort de travail et de vie ?

Des gardes-fous… à quels prix ?
ChatGPT annonce que des garde-fous ont été mis en place pour éviter que les internautes soient exposé·es à des contenus à caractère sexiste, raciste, xénophobe etc.

Une enquête publiée en janvier 2023 par le Time[1] révèle que des travailleur·euses kenyan·es ont été engagé·es pour un salaire dérisoire à visionner des images violentes afin d’entraîner le logiciel à reconnaître les propos toxiques. D’après certains témoignages de travailleur·euses, assister au visionnage de ces images était un véritable supplice. Protéger les un·es, justifie-t-il que l’élaboration de ces garde-fous porte gravement atteinte à la santé mentale d’autres personnes ? Porter atteinte à l’intégrité mentale de quelques un·es pour le bien-être d’un grand nombre est-il acceptable ? N’existe-t-il pas là un parallèle avec ce qui se passe assez souvent dans le secteur de la production de smartphones et de vêtements, en lien avec la violation des droits des travailleur·euses ?

L’exclusion de contenus toxiques n’est-elle pas aussi une forme de censure qui pourrait s’appliquer à d’autres paramètres ou dans d’autres circonstances moins louables ? Quels types d’informations seront priorisés ? De qui émaneront-elles, qui va les sélectionner ? Risque-t-on de renforcer une pensée unique ? N’y-a-t-il pas là une possibilité de contrôle massif des masses ?

[1] ChatGPT : des travailleurs kényans payés 2 $ de l’heure pour rendre le robot plus sûr, selon une enquête du Time – rtbf.be

Impact écologique
Comme pour le streaming, l’usage de ChatGPT repose sur des quantités massives de calculs algorithmiques générant eux-mêmes des grandes quantités de dioxyde de carbone. Des étudiants danois ont créé un programme permettant de quantifier cet impact écologique : le programme « Carbontracker ».[1] D’après eux, « une seule session d’entraînement pour ce modèle génère l’équivalent d’une année de consommation énergétique de 126 foyers danois et émet la même quantité de CO2 qu’un trajet de 700 000 kilomètres effectué par un véhicule à essence. Dans quelques années, il y aura probablement plusieurs modèles qui seront beaucoup plus grands (…) ». Est-il souhaitable de laisser se développer la technologie sans régulation ? A-t-on une responsabilité de positionnement par rapport à nos descendant·es ?

[1] https://www.ladepeche.fr/2020/11/05/avez-vous-une-idee-de-lempreinte-carbone-qui-se-cache-derriere-un-algorithme-de-deep-learning-9184196.php

Mythe de Prométhée
Prométhée a volé le feu des dieux pour le donner aux humains, leur permettant ainsi de développer la civilisation, l’art, la science et la technologie. Ce faisant, il a défié les dieux et a été puni de manière sévère. Le mythe soulève donc des questions sur la place de l’homme dans l’ordre du cosmos, la nature de la connaissance ainsi que les conséquences de l’ambition et de la désobéissance à l’ordre naturel. Le développement de la technologie est-il une bonne chose ou l’humanité risque-t-elle de se « dénaturer ». Les nouvelles technologies, (l’intelligence artificielle, transhumanisme, etc.) présentent-elle le risque que les êtres humains « se prennent pour des dieux », s’émancipent des lois de la nature ? Et serait-ce une mauvaise chose ?

Pour en savoir plus :

Intelligence artificielle : discussion avec ChatGPT, le nouveau robot d’OpenAI, à découvrir sur le site de la RTBF :
https://www.rtbf.be/article/intelligence-artificielle-discussion-avec-chatgpt-le-nouveau-robot-d-openai-11117723

ChatGPT, une nouvelle révolution numérique, un podcast de l’émission Zoom Zoom Zen, à écouter ici :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-vendredi-03-fevrier-2023-7761098

Google et Microsoft menacés par le robot conversationnel ChatGPT ?
https://www.rtbf.be/article/google-et-microsoft-menaces-par-le-robot-conversationnel-chatgpt-ils-affirment-quils-seront-bientot-les-leaders-mondiaux-de-lintelligence-artificielle-11149357

ChatGPT : L’intelligence artificielle du futur? – Une vidéo d’RTBF Info :
https://www.youtube.com/watch?v=Oil23VSzz70

ChatGPT et enseignement : faut-il vraiment se sentir démunis, voire menacés par cette intelligence artificielle ?
https://www.rtbf.be/article/chatgpt-et-enseignement-faut-il-vraiment-se-sentir-demunis-voire-menaces-par-cette-intelligence-artificielle-11134463

Avec ChatGPT, est-il encore utile d’étudier et d’apprendre à rédiger ? Un podcast « Déclic-Tournant » à écouter ici :
https://www.rtbf.be/article/avec-chatgpt-est-il-encore-utile-detudier-et-dapprendre-a-rediger-11168149

Crédit photo : Dilok Klaisataporn sur iStock.


L'incarcération d'Olivier Vandecasteele

L'incarcération d'Olivier Vandecasteele

7 februari 2023

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet). Crédit photo : Amnesty International.

Les faits

Olivier Vandecasteele est un travailleur humanitaire belge. Le 24 février 2022, il a été arrêté à Téhéran, en Iran. Il a été condamné à 40 ans de prison et 74 coups de fouet après un simulacre de procès, sans accès à des avocat·es de son choix. On lui reproche, selon l’agence de presse iranienne Tasnim, l’espionnage, la coopération avec les USA contre l’Iran, la contrebande de devises et le blanchiment d’argent.

Isolement total et conditions de vie difficiles
Olivier Vandecasteele est actuellement incarcéré à la prison d’Evin, dans la capitale iranienne, dans des conditions de vie difficiles. Il subit en effet un isolement complet dans une cellule sans mobilier, sans lit, avec un éclairage allumé en continu et une alimentation basique. Les plats qui lui sont fournis passent par une fente située dans le bas de la porte du cachot, sans aucun contact humain.

En juillet 2022, près de six mois après son incarcération, ses proches n’étaient entré·es en contact avec lui qu’une seule fois. L’ambassadeur belge à Téhéran lui a, pour sa part, rendu sept visites depuis sa condamnation. Au cours de la dernière rencontre, Olivier Vandecasteele est apparu amaigri.

La Belgique se mobilise
Les proches d’Olivier Vandecasteele se sont mobilisé·es en parcourant la Belgique afin de récolter des signatures pour la pétition lancée par Amnesty International.

Le 12 janvier dernier, une bâche a été déployée sur le beffroi de Tournai, ville dont il est originaire. Plusieurs communes ont voté des motions de soutien.

La ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib a affirmé que pour la Belgique, Olivier Vandecasteele était innocent et qu’il devait être libéré. D’ici là, elle a demandé une amélioration de ses conditions de détention. Le ministre belge de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a quant à lui attesté que les autorités iraniennes n’avaient donné aucune raison juridiquement valable à son incarcération.

En attente d’une décision de la Cour constitutionnelle
L’Iran souhaite que la Belgique libère Assadollah Assadi, un Iranien condamné en Belgique à 20 ans de prison pour un projet d’attentat terroriste contre l’opposition iranienne. La Belgique a négocié avec l’Iran un traité de transfèrement qui permettrait à des prisonniers belges condamnés en Iran de purger leur peine en Belgique, et réciproquement. Le projet est d’utiliser ce moyen pour échanger Assadolah Assadi avec Olivier Vandecasteele.

L’opposition iranienne s’y est toutefois opposée en introduisant plusieurs recours en justice. La Cour constitutionnelle se prononcera définitivement, au plus tard le 5 mars, sur le caractère légal ou illégal de la loi validant le traité sur le transfert de détenu·es. La prochaine audience devant la Cour constitutionnelle est prévue le 15 février. La décision devrait tomber dans la foulée.

Rédigé à partir de la contribution de Virginie Stassen.

Penser les faits : quelques pistes

Le mauvais traitement
Olivier Vandecasteele est détenu dans des conditions épouvantables.

Comment peut-on expliquer de traiter de façon inhumaine un être humain ? Comment expliquer ce qu’on peut appeler une forme de cruauté gratuite ? Pensez-vous que vous pourriez, vous, traiter quelqu’un de cette façon ? L’expérience de Milgram montre que deux personnes sur trois peuvent, si elles sont mises dans les conditions adéquates, tuer de sang froid une personne qui ne leur a fait aucun mal. Sommes-nous si sûr·es d’être différent·es ?

Conditions de détention
La surpopulation des cellules et l’insalubrité des établissements pénitentiaires ont valu plusieurs condamnations à la Belgique. Comment explique-t-on que les Belges s’indignent des conditions de détention d’Olivier Vandecasteele, mais ne se soucient qu’assez peu de celles qui ont cours dans leurs propres prisons ?

Il n’avait qu’à pas…
Certain·es estiment qu’Olivier Vandecasteele a pris, en connaissance de cause, un risque inconsidéré en se rendant en Iran et qu’il « n’a que ce qu’il mérite ». La Belgique ne devrait pas, selon ce point de vue, dépenser de l’énergie pour obtenir sa libération. D’autres pensent au contraire qu’un pays doit toujours venir en aide à ses ressortissant·es, quoi qu’ils aient fait. Qu’en pensez-vous ?

Pour éclairer ce débat, on peut mentionner que quelqu’un qui prend sa voiture avec 4 grammes d’alcool dans le sang prend aussi un risque considérable avec sa vie (et celle d’autrui). Faut-il, s’il ou elle fait un accident, s’abstenir d’envoyer les secours ? Faut-il pareillement refuser de rembourser les frais médicaux des fumeurs et fumeuses atteint·es d’un cancer des poumons ?

Universalité des droits humains
Les autorités iraniennes ne respectent pas un certain nombre de droits fondamentaux. Peut-on dire que le fait que les autorités iraniennes ne respectent pas ces droits signifie qu’ils ne sont pas universels, inhérents à tout être humain ? Le fait que les iranien·nes manifestent dans les rues pour les obtenir signifie-t-il l’inverse ?

Si l’Iran veut décider qu’on peut incarcérer des gens qui n’ont rien fait, de quel droit pourrait-on l’en empêcher ? S’y opposer n’est-il pas une façon de se penser supérieur, de croire qu’on a le droit de lui faire la leçon alors que c’est un pays indépendant ?

L’Iran a pourtant signé un certain nombre de conventions internationales par lesquelles il s’engage à respecter les droits humains. Comment les autorités d’un pays peuvent-elles demander à ses habitant·es de respecter ses lois s’il ne respecte pas lui-même ses obligations internationales ? Pensez-vous que l’État doit montrer l’exemple ?

Que penser d’une personne qui ne respecte pas sa signature, son engagement, sa promesse ? Ce qui est vrai pour des personnes l’est-il pour un État comme l’Iran qui ne respecte pas les conventions qu’il a signées ?

Tout faire…
La famille d’Olivier Vandecasteele souhaite que tout soit entrepris pour libérer Olivier. On le comprend aisément si on se met une seconde à sa place.

Que signifie « tout » ? Imaginons que l’Iran demande une rançon, en argent. La Belgique devrait-elle payer, quel que soit le montant ? Que vaut une vie humaine ? « Tout entreprendre » pourrait-il signifier qu’il faut envoyer un commando sur place afin de le libérer ? Au point de risquer la vie des membres du commando ? Faut-il fixer des limites à ce que nous serions prêt·es à faire pour obtenir la libération d’Olivier Vandecasteele ? Si oui, où les situez-vous ?

Un tiens vaut-il mieux que deux tu l’auras (peut-être) ?
L’Iran semble avoir arrêté Olivier Vandecasteele pour contraindre les autorités belges à leur livrer, en échange, Assadolah Assadi (condamné à 20 ans de prison en Belgique pour avoir préparé un attentat terroriste de grande ampleur).

Ceci amène deux postures.

  1. Certain·es sont favorables à cet échange. Cela permettrait en effet de libérer un innocent. La condamnation d’un innocent est, selon ce point de vue, l’injustice suprême et une société doit tout – absolument tout – mettre en œuvre pour respecter ce principe absolu.
  2. D’autres sont défavorables à cet échange et avancent les arguments suivants.

Libérer un terroriste est dangereux. Ne pourrait-il pas recommencer et tuer d’autres personnes.

Libérer prématurément une personne pour d’autres raisons que sa bonne conduite et ses perspectives de réinsertion est inéquitable pour toutes les autres personnes incarcérées. Elle doit purger sa peine comme elle y a été condamnée.

La décision de libérer un détenu serait cette fois prise par le gouvernement et non par le pouvoir judiciaire. Ce serait contraire au principe de séparation des pouvoirs, contraire à l’État de droit.

Donner satisfaction à des preneur·ses d’otages encouragerait cette pratique. Cela mettrait potentiellement en danger toute la société, Belges qui risqueraient d’être « pris en otage » ou victimes d’attentats.

Dans un cas, on sauve sûrement une personne, réelle, concrète, avec un visage. Dans l’autre cas, on sauve – peut-être – de plus ou moins nombreuses personnes, sans qu’il soit possible de leur donner ni nom ni visage. Qu’en pensez-vous ?

Olivier Van Steirtegem, le porte-parole de la famille Vandecasteele a dit, à l’antenne de la RTBF : « Mieux vaut [avoir] cent terroristes en liberté qu’un innocent en prison ». Qu’en pensez-vous ?

Deux poids deux mesures
Le régime iranien détient aussi d’autres « otages » occidentaux en vue d’obtenir des concessions des pays dont ils et elles sont ressortissant·es et des centaines d’Iranien·nes sont incarcéré·es pour avoir exprimé pacifiquement leur opinion. Certain·es ont été condamné·es à mort et, parfois, exécuté·es.

Qui se préoccupe de Narges Mohammadi ou du docteur Djalali, par exemple ? Les autorités belges ont refusé d’octroyer un titre de séjour à deux Iraniens qui risquent l’arrestation et les mauvais traitements en cas de retour au pays. Y a-t-il des vies plus importantes que d’autres ? Sur quelle base mérite-t-on plus d’attention ? « Mérite-t-on » sa nationalité ou est-ce le hasard qui nous a fait naître ici plutôt que là ?

Par ailleurs, depuis plus de vingt ans les autorités étasuniennes incarcèrent des prisonniers, dans des conditions inhumaines et dégradantes, au sein du centre de détention de Guantanámo, parfois sans inculpation ni jugement. Sommes-nous davantage « choqué·es » et prêt·es à nous mobiliser quand ce sont les autorités iraniennes qui ne respectent pas les droits humains que quand ce sont les pays occidentaux ? Cela fait-il une différence à nos yeux ?

Olivier Vandecasteele est un travailleur humanitaire. Il a contribué à améliorer la vie de très nombreuses personnes dans le monde, notamment en Afghanistan et au Mali. Il a travaillé cinq ans en Iran. Arrêter arbitrairement, condamner à une lourde peine et incarcérer dans des conditions épouvantables une personne qui a fait du bien est-il encore plus grave que s’il s’était agi d’une personne « ordinaire » ?

Le fait qu’Olivier Vandecasteele ait consacré sa vie à secourir les autres doit-il avoir pour effet qu’il faut le soutenir davantage que si ce n’était pas le cas, voire si c’était une crapule ?

Relais médiatique
Les médias parlent beaucoup d’Olivier Vandecasteele. Le 20 janvier, ils lui ont tous consacré leur Une. Cette pratique, peu courante dans un contexte de concurrence éditoriale, permet de réfléchir au traitement médiatique d’un sujet de société. Quel est l’objectif des médias en agissant ainsi ? Quel impact ce genre d’initiative a-t-il sur l’opinion publique ?

Avant cette opération des médias francophones, comment cette information vous était-elle parvenue ? Via le traitement des médias d’information classiques (radio, presse écrite, presse quotidienne en ligne, presse audiovisuelle ) ou par un autre canal (bouche à oreille, pétition, réseaux sociaux, etc.) ?

Cette opération permet également d’entamer une réflexion plus globale sur la dimension sociale des médias.

Quel média est le plus efficace pour diffuser une telle information, visant à toucher l’opinion publique ? L’efficacité réside-t-elle dans la complémentarité ?
Est-ce suffisant pour mobiliser les différents acteur·rices de la société ? Faut-il d’autres actions ? Passer par d’autres médias ? Si oui, lesquels sont les plus efficaces pour mobiliser ? Agir ?
Des médias ont interrogé la mère d’Olivier Vandecasteele, jouant davantage la carte de l’émotion que de l’information. Quelle place l’émotion peut-elle avoir dans une émission d’information ?

Signer une pétition
Signer une pétition, c’est marquer son soutien à l’idée qu’elle véhicule. Les jeunes peuvent-ils et elles les signer ? Certain·es prétendent que l’adhésion d’un·e jeune à une idée n’est pas encore très solide parce qu’il ou elle n’est pas encore en capacité de se forger une opinion éclairée. La Convention internationale des droits de l’enfants précise (voyez les articles 12 et 13) que les mineur·es (moins de 18 ans) doivent pouvoir s’exprimer. Ce qui se passe dans le monde peut les intéresser et les concerne.

Pensez-vous que votre avis vaut moins que celui d’un·e adulte qui a davantage d’expérience ? Pensez-vous au contraire que votre avis vaut plus que celui d’un·e adulte qui, en moyenne, a moins d’années encore à vivre ? Pensez-vous que les avis des adultes et des mineur·es sont équivalents ?

Note pour l’enseignement fondamental

L’incarcération injuste d’Olivier Vandecasteele permet de développer différentes compétences disciplinaires del’éducation à la philosophie et à la citoyenneté telles que :

    • élaborer un questionnement philosophique (et plus particulièrement, formuler des questions à portée philosophique à partir de l’étonnement) ;
    • assurer la cohérence de sa pensée ;
    • prendre position de manière argumentée ;
    • s’ouvrir à la pluralité des cultures et des convictions ;
    • comprendre les principes de la démocratie (particulièrement distinguer les différents pouvoirs, leur champ d’application et leurs rôles respectifs) ;
    • se reconnaître, soi et tou·tes les autres, comme sujets de droits ;
    • contribuer à la vie sociale et politique (en particulier imaginer un société et/ou un monde meilleurs).

Selon les âges, les enseignant·es pourront :

    • expliquer (i) l’injuste condamnation d’un homme qui n’a rien fait et (ii) la pénibilité de ses conditions de détention ;
    • répondre aux questions de clarification ;
    • recueillir les émotions des enfants (comment voussentez-vous ? Pourquoi l’injustice nous met-elle dans des états pareils ?) ;
    • Tout en découvrant les articles 12 et 13 de la Convention internationale des droits de l’enfant, faire rédiger, individuellement et collectivement, une lettre aux autorités iraniennes pour demander la libération d’Olivier Vandecasteele puis se rendre à la boîte postale pour y glisser leur enveloppe (adressée à S.E. l’Ambassadeur de la République islamique d’Iran – Ambassade de la République islamique d’Iran – Avenue Franklin D. Roosevelt 15 – 1050 Bruxelles).

Convention internationale des droits de l'enfant (extraits)

Article 12 – 1. Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

Article 13 – L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant.


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