Augmentation du coût de l’énergie

Augmentation du coût de l’énergie

Augmentation du coût de l’énergie

Septembre 2022

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

Le prix de l’énergie dans l’Union européenne a atteint des niveaux records en 2022. Cette hausse a commencé en 2021 au lendemain de la pandémie de COVID-19. En effet, lors de la relance économique post-COVID-19, la demande en énergie a fortement augmenté. Les gens ont recommencé à se déplacer, travailler, voyager, consommer, sortir, etc. et tout cela a généré une demande énergétique accrue. Or, l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) n’a pas pour autant augmenté sa production de pétrole. Les prix ont alors connu une première envolée car l’offre était inférieure à la demande.

Guerre en Ukraine et sanction russe
Les prix ont connu une deuxième envolée suite au déclenchement de la guerre en Ukraine. La Russie a en effet pris la décision unilatérale de suspendre les livraisons de gaz à certains États membres de l’UE, qui soutenaient l’Ukraine. Ceci a eu pour conséquence de faire grimper le prix du gaz, et d’entraîner un nouveau record des prix de l’électricité dans l’UE. Il faut avoir que la Russie fournissait 30 % en moyenne du gaz à l’Europe (et 50 % à l’Allemagne, qui est le moteur de l’Europe). Il existe donc de forts liens d’interdépendance énergétique entre ces pays. Aujourd’hui, les membres de l’UE cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement, qui pourraient provenir des pays nordiques, et notamment de la Norvège1.

Concrètement, entre mai 2021 et mai 2022, le prix du gaz naturel a augmenté en moyenne de 98,42 % en Belgique. La facture de gaz moyenne annuelle des Belges est ainsi passée de 1215,28 € à 2411,36 €. Les États-Unis, quant à eux, ne sont pas inquiétés par cette hausse, car ils produisent eux-mêmes leur pétrole, et fractionnent désormais le gaz de schiste pour ne plus dépendre de la Russie.

Une inflation galopante
Une autre conséquence de l’augmentation du prix de l’énergie est l’inflation. En effet, presque la totalité de ce que nous consommons est produit à base de gaz ou de pétrole. Le coût de la production et du transport de ces produits a également augmenté, ce qui se répercute sur le prix de vente. Le taux d’inflation annuel devrait s’élever à 9,4 % en 2022, contre 2,44 % en 2021 et 0,74 % en 2020.

Or, lorsque l’inflation augmente, les taux d’intérêt grimpent aussi. En effet, lorsque l’inflation est élevée, les prêteurs savent que lorsqu’ils seront remboursés, l’argent qu’ils ont prêté aura perdu de la valeur. Ils exigent alors un taux d’intérêt plus élevé pour compenser cet écart.

Une impact direct sur les citoyen·nes
Cette augmentation des prix de l’énergie n’est pas sans conséquence sur les ménages, mais aussi les entreprises et les écoles. Nous devrons cet hiver réinventer notre façon de nous chauffer, que ce soit en diminuant le thermostat (saviez-vous qu’un degré un moins, c’était 5 % de moins sur la facture ?), en superposant les pulls ou en limitant la durée de nos douches chaudes. Peut-être l’occasion de réfléchir à notre consommation d’énergie ?

Virginie Stassen (09/06/2022)

Penser les faits : quelques pistes

 

Pas possible de vivre autrement ?

 

Avec l’augmentation du prix de l’énergie on voit comment nous sommes bousculé·es dans nos modes de vie. Si nous y sommes contraint·es par des dispositions légales nous pouvons nous adapter, mais ressentons très vite que la situation ne nous convient pas, aspirons de « revenir à la normale ». Cette « normale » semble incarner notre alpha et notre oméga. Souffrons-nous d’addiction à ce mode de vie « normal » ? Sommes-nous drogué·es à notre mode de vie au point que tout ce qui nous en écarte serait devenu insupportable ? Est-ce que le changement peut faire peur ? peut être encouragé ? Est-il « normal » d’avoir besoin d’autant d’énergie pour vivre ? Sommes-nous réellement libres ou conditionné·es à faire comme on a toujours fait / à être comme on a toujours été ?

 

Qu’est-ce qu’une mesure juste ?

 

Si l’État diminue les accises sur l’énergie, il paie lui-même x centimes par litre de carburant pour diminuer d’autant la facture du consommateur ou de la consommatrice. Cependant, serait-il juste, pour l’État :
– de diminuer le prix de l’énergie de la même façon pour la personne qui l’utilise pour chauffer sa piscine que pour celle qui ne l’utilise que pour chauffer son appartement ?
– d’octroyer une aide du même montant aux riches et aux pauvres ? de traiter de la même façon la personne qui a fait le choix de conduire un gros 4×4 qui consomme énormément, voire d’utiliser un jet privé, et celle qui s’est contentée d’une petite voiture ?
– d’octroyer une aide équivalente à la personne qui achète de l’essence pour conduire ses enfants à l’école éloignée, ou que son métier contraint à rouler beaucoup et à celle qui en profitera pour partir en vacances ? Y a-t-il des utilisations de l’énergie plus « nobles » ou plus « justifiables » que d’autres ?
Quelle différence fait-on entre égalité, équité et solidarité ?
Faut-il privilégier une mesure « juste » ou une mesure « simple » (à comprendre et à appliquer) ?

 

Milieu rural et milieu urbain

 

La Région bruxelloise est très richement pourvue en transports en commun financés par la collectivité. Ce n’est pas le cas dans les villages de régions plus rurales. De nombreux·ses habitant·es n’ont pas le choix et doivent utiliser un véhicule automobile pour se déplacer.
Est-il équitable que certain·es, pour la raison qu’ils et elles sont plus nombreux·ses, bénéficient d’une offre plus grande en modes de déplacement alternatifs ? Qu’en pensez-vous ?

 

Genre et coût de l’énergie

 

Les personnes qui éprouvent le plus de difficultés à faire face à l’augmentation du prix de l’énergie sont les familles les plus pauvres. Parmi elles, on retrouve notamment les familles monoparentales avec un grand nombre de femmes chef de ménage. Les femmes ont, en moyenne, plus la garde des enfants que les hommes. Elles ont aussi souvent moins de revenus.
Globalement, les femmes sont plus touchées que les hommes par ces hausses de prix. Trouvez-vous qu’elles devraient faire l’objet de davantage d’aide ?

 

Changement climatique et déconsommation

 

Cela fait quelques années que se sont intensifiées et qu’ont été médiatisées les manifestations pour le climat qui ont relevé notamment le problème des énergies. Or, il semble que ce n’est que maintenant, alors que le prix du carburant augmente, que l’on voit apparaître, de façon plus significative, des stratégies de réduction de sa consommation.

L’argent est-il un moteur plus puissant que la conscience pour opérer un changement de comportement ? Certain·es consommateur·rices affirment vouloir consommer « mieux » plutôt que « plus ». Selon vous, y a-t-il d’autres raisons qui peuvent motiver cette « déconsommation » ?

Certaines personnes choisissent de faire des économies d’énergie dans l’intérêt général (ex : diminuer le thermostat pour consommer moins d’énergie). D’autres préfèrent chauffer correctement la chambre d’un bébé par exemple. Comprenez-vous ce type de raisonnement ? Y a-t-il des bonnes et des mauvaises raisons ? Que penser du fait que certain·es font des efforts et d’autres pas, que celles et ceux qui n’en font pas profitent des efforts des autres ?

Les entreprises doivent-elles prendre leur part dans l’effort collectif ? Certaines mesures y sont prises pour faire des économies, mais cela leur permet surtout d’augmenter leurs profits ou d’atténuer leur pertes. Doivent-elles le faire aussi en perdant de l’argent (par exemple, un centre commercial devrait-il installer plus de bancs dans ses allées pour permettre à des personnes sans domicile fixe de s’y trouver au chaud cet hiver, au risque de perdre une part de sa clientèle ?) ?

D’autres pensent que c’est aux pouvoirs publics d’organiser une réponse collective organisée. Quelle place l’État occupe-t-il dans nos vies? Est-ce toujours à l’État de trouver des solutions à tous les problèmes ? Cela risque-t-il de déresponsabiliser les citoyen·nes ? Qu’en pensez-vous ? Comment définiriez-vous le type de solidarité entre individus qu’incarne l’État ?

 

Les surprofits sont-ils indécents ?

 

Si je produis un bien quelconque à 15 € l’unité, le commercialise à 20 € l’unité, je réalise une profit de 5 € par unité. Si, un mois plus tard, le prix de ce bien se trouve soudain augmenté et passe à 100 €, je ferai un bénéfice de 85 € par unité. Ainsi, les entreprises productrices d’énergie (d’électricité, par exemple) ont-elles augmenté considérablement leur profit. Elles réalisent des gains exceptionnels.

D’aucun·es jugent ces gains « indécents ». Qu’est-ce qui est, pour vous, « indécent » ? Considérez-vous que ces profits exceptionnels sont indécents ? Pourquoi ? Est-ce plus ou moins indécent que les profits gigantesques engrangés par certaines grosses entreprises ou multinationales ?

Ces profits ne sont pas perdus. Ils seront distribués à l’État sous forme de taxation, mais aussi (et surtout) aux actionnaires sous forme de dividendes et d’augmentation de la valeur de leurs actions. En quoi serait-ce problématique ou indécent que ces personnes recueillent le fruit de leur investissement ?

Sans procéder à des généralisations abusives, certaines entreprises « profitent » comme c’est le cas ici, de la hausse soudaine du prix du produit qu’elles commercialisent. D’autres entreprises réalisent des profits exceptionnels en exploitant leurs travailleurs (conditions de travail désastreuses pour des salaires de misère) et/ou en ne respectant pas les normes environnementales (des pétroliers qui vident leurs cales dans la mer pour éviter les frais de nettoyage de ces cales). Peut-on comparer ces façons de réaliser des profits ?

1. https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/21/guerre-en-ukraine-la-production-de-gaz-naturel-norvegien-au-maximum-de-sa-capacite_6118422_3210.html

 

Pour aller plus loin :

CAP Energies

 

 

Augmentation du coût de l’énergie

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Fusillade dans une école au Texas

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Le conflit russo-ukrainien

Le conflit russo-ukrainien

Le conflit russo-ukrainien Cette fiche est rédigée à l'attention des tou·te·s les enseignant·es et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes...

Fusillade dans une école au Texas

Fusillade dans une école au Texas

Mai 2022

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

 
Mardi 24 mai 2022, la petite ville d’Uvalde au Texas (États-Unis) a été le théâtre d’une fusillade qui a fait 21 victimes. Le tueur, Salvador Ramos, âgé de 18 ans, était en tenue paramilitaire et armé d’un fusil d’assaut et de munitions quand il est entré dans l’école primaire Robb. En moins d’une heure, il a tué 19 enfants d’à peine 10 ans ainsi que deux enseignantes, et blessé 17 autres personnes avant d’être abattu par une unité d’élite de la police aux frontières (Uvalde se situe à moins de 100 km du Mexique). Plus tôt dans la matinée, il avait également tiré sur sa grand-mère qui est toujours dans un état critique.
 
Juste avant de passer à l’acte, Salvador Ramos a annoncé sur Facebook dans une conversation privée son intention de “faire feu sur une école primaire”. Sur Instagram, il avait publié une photo de deux armes automatiques et sur TikTok, la description de son compte était les enfants sont effrayés dans la vraie vie”. Ses comptes ont depuis été désactivés.
 
Aux États-Unis, le port d’arme est d’abord réglementé au niveau fédéral, puis par chaque État. Le droit de posséder une arme est garanti par le deuxième amendement de la Constitution américaine. Chaque État a ses propres lois sur le port d’armes, et décide s’il est nécessaire ou non d’avoir un permis pour en porter et en utiliser une. Ramos a acheté ses armes quelques jours après son 18e anniversaire. 
 
Ces tueries relancent régulièrement le débat sur la détention d’armes aux États-Unis mais les institutions se heurtent à la puissance des lobbys et se sont toujours révélées incapables de voter une loi à l’échelle nationale. Tandis que certains, comme le très conservateur gouverneur du Texas, Greg Abbott, ou la NRA (National Rifle Association) principal lobby pro-armes du pays, soulignent l’instabilité mentale du tueur, d’autres comme le démocrate Beto O’Rourke ou le sénateur du Connecticut Chris Murphy, dénoncent la responsabilité d’un système facilitant l’accès aux armes. En 2020, plus de 4 000 enfants ont été tués par balle. Depuis le 1er janvier, plus de 200 fusillades – dont 27 dans des écoles – y ont déjà eu lieu. La fusillade d’Uvalde est l’un des pires massacres par arme à feu de ces dernières années aux États-Unis.
 
Malgré ce drame, la NRA a choisi de maintenir sa convention annuelle à Houston, qui a lieu à quelques heures seulement d’Uvalde et trois jours à peine après la fusillade. Le fabricant de l’arme achetée par Ramos a annoncé qu’il ne s’y rendrait pas. Donald Trump a confirmé sa participation. Abbott est quant à lui pointé du doigt pour son soutien marqué en faveur du second amendement. Le président Joe Biden a quant à lui fait part de sa volonté de “transformer la douleur en action”. À travers le pays, de nombreuses personnalités réclament une régularisation du port des armes. Le mouvement March for our Lives a appelé à un grand rassemblement le 11 juin prochain à Washington pour demander un durcissement de la réglementation sur les armes.
 
Marine Bardin
27 mai 2022
 

Penser les faits

 

LA SÉCURITÉ

En quoi le sentiment de sécurité est-il un élément fondamental de l’épanouissement et de l’accomplissement de chaque être humain ? Quel niveau de risque sommes-nous prêt·es à accepter ? Ce besoin de sécurité est-il absolu ? La sécurité est la justification donnée par les autorités pour permettre aux policiers de procéder à des écoutes téléphoniques, à lire nos mails. Où mettre l’équilibre entre sécurité et liberté individuelle ? Serions-nous prêt·es, pour des raisons de sécurité à transformer nos écoles en lieux retranchés, avec détecteurs à l’entrée, hauts murs d’enceinte, policiers en nombre, etc.  ? Pensez-vous que les écoles sont perçues – ou devraient l’être –  comme des endroits qui devraient être protégés de toutes les violences extérieures ? Pensez-vous que des conflits (à grande échelle entre pays ou à petite échelle entre familles ou quartiers) qui se passent en dehors de l’école s’introduisent au sein de l’école ou, au contraire, l’école est-elle hermétique à ces violences ? 
 

UNIVERSALITÉ

Beaucoup de personnes vivant en Belgique ne comprennent pas qu’un pays tel que les États-Unis d’Amérique, dont le mode de vie est grosso modo semblable au nôtre, soit à ce point attaché au droit de porter une arme… et en use. Nous avons grandi dans un environnement où ce n’était pas le cas et vivons sans ressentir le besoin de détenir des armes. C’est notre représentation d’une vie « normale ».
 
Aux États-Unis d’Amérique, le droit de détenir et porter une arme date de l’Indépendance. Il est basé sur l’idée, cruciale en ce temps-là, que la population doit avoir les moyens de se révolter contre l’État si celui-ci devait prendre des allures de dictature. Depuis lors, les américains ont vécu dans ce système. C’est leur représentation d’une vie « normale ».
 
Faut-il accepter que coexistent des systèmes différents dans les pays différents ou bien peut-on avancer qu’existe un système meilleur et universel pour tout le monde ? Dans un même ordre d’idées, faut-il accepter qu’existent en Arabie saoudite, Iran et Afghanistan (notamment) des règles qui interdisent aux femmes de nombreux actes et comportements autorisés aux hommes ? Ne peut-on pas dire que c’est leur représentation d’une vie « normale » ?  
 

LA VALEUR D’UNE VIE HUMAINE

Tuer un être humain, c’est le priver de sa vie. C’est irréparable. Tuer est considéré depuis toujours comme un crime extrêmement grave. Un homme qui tue dix-neuf enfants et deux enseignantes ne respecte pas une loi fondamentale et attire tous les reproches du monde entier.
 
Êtes-vous d’accord que rien ne surpasse la valeur d’une vie humaine ? Cette idée que rien ne surpasse la valeur d’une vie humaine, est-elle le fruit d’un ressenti ou la conséquence d’un raisonnement ? Comment feriez-vous pour l’expliquer ou la faire comprendre à une personne qui ne la partagerait pas ? Comment la valeur d’une vie est-elle déterminée ? Si c’est le cas, comment expliquez-vous qu’on autorise encore la vente de cigarettes qui tuent un très grand nombre de personnes chaque année ou qu’on laisse des millions de personnes mourir de la faim ou des conséquences de conflits oubliés ? 
 

LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE

Salvador Ramos, l’auteur de la fusillade, souffrait apparemment d’un trouble de la parole — un bégaiement et un zézaiement — depuis son jeune âge. Il aurait par ailleurs été victime de harcèlement scolaire, notamment à cause de ses tenues vestimentaires et de ses problèmes financiers. Comment expliquez-vous ce phénomène de harcèlement scolaire ? Pourquoi rejeter les personnes qui ne nous ressemblent pas ? Le harcèlement se fait souvent en groupe. Imiter les autres, se conformer aux règles d’un groupe n’est-il pas un signe d’aliénation ?
 
On ne peut pas, à ce stade-ci, lier clairement le harcèlement dont Salvador Ramos a été victime et l’acte qu’il a commis. De façon plus générale, les personnes harcelées peuvent développer des symptômes de dépression pouvant amener jusqu’au suicide, ou une haine féroce qui peut se muer en violence et devenir une plaie pour la société. 
 
Imaginez que vous découvriez que votre frère ou votre sœur, ou votre meilleur·e ami·e harcèle des personnes de sa classe. Interviendrez-vous pour lui demander d’arrêter ? Pourquoi ? Si oui, comment vous y prendriez-vous ? Quel type de message conviendrait-il ? Faut-il essayer de raisonner la personne ? Mobiliser ses sentiments ? Pourquoi ?
 

QUELLE RESPONSABILITÉ ?

Qui est responsable de la mort de ces enfants ?
Il y a Salvador Ramos, d’abord, bien sûr. C’est lui qui est venu et qui a tiré. Est-il seul responsable ? Existe-t-il des circonstances particulières dans lesquelles la responsabilité est, au moins, partagée ? Quelle différence existe-t-il entre être l’auteur·e d’un acte et en être responsable, voire coupable ? Qu’en est-il de la responsabilité de la société qui met en place un système dans lequel certain·es se trouvent en grande difficulté ?
 
Qui est (co-)responsable ? Seulement Salvador Ramos ? La NRA ( National Rifle Association, le plus puissant lobby pro-armes aux USA) qui s’oppose à toute mesure visant à limiter le commerce des armes, ce qui a pour conséquence que les armes pullulent ? Les jeunes qui ont harcelé Salvador Ramos et l’ont rempli de haine ? Ses enseignant·es et parents qui n’ont rien vu venir ? Les personnes qui ont lu ses avertissements sur les réseaux sociaux, mais n’ont pas prévenu la police ?
 
L’ancien président Trump a traité Salvador Ramos de monstre. Il a insisté sur le fait que la meilleure manière d’empêcher les méchants de faire du mal est d’armer les bons.Pensez-vous que ce soit aussi simple : qu’il y a des gens qui sont bons, d’un côté et des gens qui sont mauvais, de l’autre ? Quelle place les circonstances jouent-elles dans nos choix ? Traiter quelqu’un de monstre n’est-il pas une façon d’oublier la commune humanité qui nous lie avec Salvador Ramos ? Cela ne nous exonère-t-il pas d’une réflexion intime sur la façon dont nous gérons le risque de devenir comme elles et eux dans des situations extrêmes ?

 

Sources et liens utiles

• https://www.rtbf.be/article/etats-unis-apres-la-tuerie-a-uvalde-la-colere-et-les-questions-sur-le-role-de-la-police-11000612
• https://www.franceinter.fr/monde/tuerie-d-uvalde-huit-chiffres-sur-les-morts-par-arme-a-feu-aux-etats-unis
• https://www.liberation.fr/international/amerique/avant-la-tuerie-duvalde-les-armes-a-feu-etaient-deja-la-premiere-cause-de-mort
• alite-pour-les-enfants-americains-20220525_ANXRSMM24NAOJJDQ4XEG2AI4O4/
• https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20220525-%C3%A9tats-unis-apr%C3%A8s-la-fusillade-au-texas-la-positiond%
C3%A9licate-du-gouverneur-greg-abbott
• Lien entre campagnes électorales et financement des armes : https://www.rtbf.be/article/le-lobby-des-armes-gouverne-t-il-les-etatsunis-
11000096
• https://www.lesoir.be/444866/article/2022-05-27/etats-unis-meeting-annuel-du-lobby-pro-armes-quelques-jours-apres-la-fusillade
Voir aussi les sources du GRIP, le Groupe de Recherche et d’information sur la Paix et la Sécurité :
• https://grip.org/les-armes-proliferent-toujours-aux-etats-unis-les-fusillades-sen-trouvent-facilitees-rtbf-be/
• https://grip.org/category/publication/livre/

 

 

Augmentation du coût de l’énergie

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Fusillade dans une école au Texas

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Le conflit russo-ukrainien

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Le conflit russo-ukrainien Cette fiche est rédigée à l'attention des tou·te·s les enseignant·es et éducateur·rices de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes...

Le conflit russo-ukrainien

Le conflit russo-ukrainien

Le conflit russo-ukrainien

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LES FAITS

Dans une déclaration surprise à la télévision russe jeudi 24 février, le président Vladimir Poutine a annoncé le lancement d’une « opération militaire spéciale » en Ukraine pour, selon lui, défendre les séparatistes de l’est du pays. Les forces armées russes sont entrées en Ukraine et ont bombardé plusieurs villes – notamment Kiev et Kharkiv – faisant plusieurs centaines de blessé·es civil·es et militaires. La Biélorussie, pays voisin allié de Moscou, a également envahi l’Ukraine par le nord et continue de renforcer sa présence militaire. Dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 mars, des troupes aéroportées russes ont débarqué à Kharkiv. Les combats s’intensifient sur l’ensemble du territoire ukrainien. 
 
Une semaine après le début des hostilités, l’Ukraine résiste toujours à l’assaut des forces russes et biélorusses sur son territoire. Une partie de la population a pris les armes, répondant à l’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky de défendre le pays ; une autre partie s’est réfugiée dans les couloirs du métro pour éviter les bombardements mais la situation reste extrêmement dangereuse, précaire et instable. Plus de 800.000 ukrainien·nes ont trouvé refuge dans les pays frontaliers. Plusieurs cas de racisme auraient été observés aux frontières, à l’égard de personnes de couleur : malgré les réfutations des autorités polonaises et ukrainiennes, de nombreux témoignages dénoncent une « hiérarchisation » des réfugié·es visant à prioriser les ukrainiens blancs. 

Sur la scène internationale

L’entrée en guerre de la Russie est survenue après plusieurs jours de tension à la suite de la reconnaissance par Vladimir Poutine de l’indépendance de deux territoires séparatistes prorusses – Donetsk et Louhansk – dans la région du Donbass à l’est de l’Ukraine. Dans la foulée, Poutine a signé des accords d’entraide avec ces territoires. Selon le porte-parole du Kremlin, ces accords justifient l’intervention des forces armées russes. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky revendique la souveraineté de son pays et appelle la communauté internationale à soutenir l’Ukraine. Une série de sanctions économiques et financières ont été annoncées par les pays occidentaux, ainsi que l’exclusion de la Russie de divers événements culturels et sportifs. Pour la première fois de son histoire, l’UE a décidé de soutenir un pays tiers, l’Ukraine, en débloquant 450 millions d’euros pour l’envoi d’une assistance militaire à Kiev. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a accusé Poutine de ruiner la paix en Europe, contrairement à ce que souhaite le peuple russe. Lors d’une visioconférence au Parlement Européen, Zelensky a réclamé l’intégration « sans délai » de son pays à l’Union Européenne.
 
L’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord : une alliance politico-militaire qui promet la protection mutuelle de ses états-membres en cas d’attaque) mais la Pologne, état voisin de l’Ukraine, a invoqué l’article 4 du traité de l’Alliance et la menace planant sur sa propre sécurité pour mobiliser les trente pays membres. Une réunion extraordinaire doit avoir lieu vendredi à Bruxelles.
La Banque mondiale prépare une aide de 3 milliards de dollars pour l’Ukraine. Dimanche 28 février, une première phase de négociation a eu lieu en Biélorussie sans que l’intensité des combats ne diminue sur le sol ukrainien. L’Ukraine résiste et refuse toute capitulation. La Russie réclame la démilitarisation totale de l’Ukraine, considérée comme une menace en tant qu’alliée des Occidentaux.

Une guerre de (dés)information

En marge des combats sur le terrain, une véritable guerre de l’information fait rage, notamment sur les réseaux sociaux. Manipulation et décontextualisation des images et vidéos, fausses déclarations… Les fake news pullulent des deux côtés et sont largement relayées sous le coup de l’émotion ou pour pallier le manque d’informations. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est également la cible de rumeurs visant à le décrédibiliser ou à influencer le conflit. En Russie, les manifestations contre la guerre ont été interdites et des centaines de personnes exprimant leur désaccord avec Moscou ont été arrêtées. Plusieurs médias indépendants russes sont également impactés : d’après The Kyiv Independent, la Russie a interdit les principaux médias d’opposition TV Rain et Echo of Moscou. Au sein de l’UE, les médias d’Etat russes RT et Sputnik accusés de colporter des « mensonges pour justifier la guerre de Poutine » ont été interdits.
Au moment de l’écriture de cette fiche, la situation continue à se détériorer et l’incertitude demeure quant à l’évolution de ce conflit armé aux portes de l’Europe.
 
Marine Bardin
Mercredi 2 mars 2022
 

PENSER LES FAITS

Autodétermination

Les régions de Donetsk et de Lougansk, dans le Donbass, sont habitées par des Ukrainien·ne·s dont la majorité parle la langue russe et est favorable à l’idée de vivre selon les règles de la société russe. Il semble que ces habitant·e·s, pour la plupart, souhaitent l’indépendance de leur région, créer un nouvel État ou rejoindre la Russie.
Une partie d’un pays peut-elle revendiquer son indépendance ? Cela a été massivement le cas dans les années ‘60 avec les mouvements indépendantistes qui ont secoué les colonies européennes. On estime aujourd’hui que ces déclarations d’indépendance étaient légitimes en raison de la domination dont ces pays souffraient dans le régime colonial. Est-ce le cas ici ? Les Catalan·es, les Breton·nes, les Corses, les Écossais·es, les Flamand·es, les Néo-Calédonien·nes ou les Lombard·es peuvent-ils et elles réclamer de faire sécession du pays auquel ils et elles appartiennent aujourd’hui ? Pour quelle(s) raison(s) serait-ce légitime ? Pour des raisons culturelles, économiques ou autres ?
 

La guerre des mots et des images

Vladimir Poutine utilise des mots excessivement connotés en parlant par exemple de « dénazification » de l’Ukraine. En Occident, les termes pour désigner le président Poutine sont également souvent assez forts (dictateur, tyran, fou). Les communiqués publiés par les deux parties ne disent pas la même chose et les photos partagées ne racontent pas la même histoire.
Ces récits visent à s’attirer l’adhésion de son opinion publique et ses émotions1. Dès lors, comment savoir ce qu’il se passe réellement sur place ? Devant cette difficulté, trouvez-vous important de s’informer ?
La difficulté de comprendre une réalité complexe vous décourage-t-elle ? Vous encourage-t-elle ? Comment vous informez-vous ?
Qu’est-ce qui distingue l’information de la propagande ? Les médias doivent-ils rester le plus neutres possible ou peuvent-il , soutenir ou faire de la propagande pour une partie ou une autre ? S’ils peuvent présenter une finromation orientée, quel critère vous semble-t-il acceptable pour définir cette orientation ? L’avis personnel des journalistes ? Celui du ou de la propriétaire du journal ? Celui de l’opinion publique (sa clientèle) ?
 

Loi du plus fort et loi du plus riche

La Russie considère que sa sécurité est menacée si l’Ukraine adhère à l’OTAN, son « ennemi » historique. Elle aimerait, aussi, s’assurer le contrôle des richesses d’une partie de l’Ukraine. L’Ukraine, pour sa part, souhaite vivre en paix et décider elle-même de ses propres affaires, adhérer librement à l’OTAN pour sa sécurité.
Est-il acceptable de vouloir imposer sa volonté à quelqu’un d’autre ? N’est-il pas normal, naturel, légitime, que chacun·e poursuive ses propres intérêts ? Faut-il freiner ses propres aspirations pour ne pas nuire à quelqu’un d’autre ? Ne peut-on pas renoncer à son intérêt afin de respecter celui d’un autre ?
Se pose ensuite la question des moyens dont on use pour atteindre ses objectifs. On peut y renoncer pour respecter l’autre, on peut négocier. L’invasion de la Russie en Ukraine illustre une situation de conflit inégal. L’armée russe est, sur le papier, considérablement plus puissante que celle de son voisin ukrainien. Pourtant, depuis notre plus tendre enfance, on nous apprend qu’existe un devoir moral s’imposant aux plus grands de protéger les plus petits, aux plus forts de prendre soin des plus faibles. La Russie, pour des raisons qu’elle estime légitimes, ne respecte pas ce principe. Pourquoi, au fond, les plus forts devraient-ils se préoccuper des plus faibles ?
L’Europe intervient indirectement dans le conflit en soutenant l’Ukraine. Trouvez-vous cette intervention légitime ? Peut-on intervenir dans le conflit qui oppose deux autres États ? Certains disent même que c’est un devoir, le devoir d’ingérence. Qu’en pensez-vous ?
L’Europe est aussi plus riche que la Russie (dont le PIB est inférieur à celui du seul Bénélux). En prenant des mesures de rétorsion sur le plan économique, elle fait jouer la loi du plus riche. Qu’est-ce qui est le plus juste : la loi du plus fort ou celle du plus riche ? Qu’est-ce qui définit qu’une loi est juste ? En quoi est-il important, ou non, de mobiliser le critère de la justice dans le choix de ses décisions ? Dans ce monde interconnecté où tout est interdépendant, une même règle peut-elle être applicable dans tous les cas ?

Mobilisation générale, vraiment générale ?

Les autorités ukrainiennes ont annoncé la mobilisation militaire générale pour contrer l’invasion russe du pays. La mesure concernera ceux soumis « à la conscription militaire et les réservistes ». En outre, plus aucun homme âgé de 18 à 60 ans ne peut plus quitter le territoire national afin de s’assurer de leur disponibilité en cas de besoin.
Certaines femmes rejoignent les forces armées. Elles le font cependant sur une base volontaire. Pensez-vous qu’il soit normal de traiter différemment les hommes et les femmes ? Ceci ne participe-t-il pas à perpétuer une image simpliste et stéréotypée selon laquelle « les femmes sont destinées à donner la vie ; les hommes à la retirer » ou encore « les hommes doivent protéger les femmes et les enfants » (les femmes et les enfants d’abord) ? Que décideriez-vous à cet égard si vous étiez le ou la président·e du pays ?
 

Objection de conscience

La conscience de certaines personnes ne leur permet pas de tuer un autre être humain. Elles refusent donc obstinément de porter une arme, cet outil dont la destination est précisément de donner la mort. Du temps où le service militaire était obligatoire en Belgique (il le reste dans de très nombreux pays), plusieurs solutions leur étaient proposées (selon l’évolution de la loi) : (i) le service non armé dans les cuisines et les infirmeries, par exemple (mais beaucoup refusaient car ils considéraient qu’ils participaient quand même, indirectement, à tuer des gens) ; (ii) le service civil à la société et (iii) la prison.
Comprenez-vous les objecteurs de conscience ? Considérez-vous au contraire qu’il s’agit de lâches et/ou d’égoïstes qui profitent de la sécurité de leur pays sans participer à sa défense ? Quel serait votre choix si vous y étiez confronté·e ? Certain·e·s soulignent que si tout le monde faisait pareil, le système ne tiendrait pas. Peut-on faire le parallèle avec la vaccination contre la covid (au sens où des personnes qui choisissent de ne pas se faire vacciner profitent de la diminution de la présence du virus consécutive à la vaccination des autres) ?
En Érythrée, le service militaire est à durée indéterminée. Certain·es (il est aussi obligatoire pour les femmes) y ont passé plus de 10 ou 15 ans. Comprenez-vous que des Érythréen·nes décident de fuir le pays et de chercher refuge sous des cieux plus cléments ?

Qui Vladimir Poutine engage-t-il ?

D’un point de vue légal, quand Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, prend une décision, il engage la nation russe. Peut-on pour autant dire qu’il engage chaque citoyen·ne de son État ? Tout le monde, en Russie, n’est pas d’accord avec l’invasion de l’Ukraine. Comment vivriez-vous une situation où les personnes qui vous représentent prennent des décisions qui vont à l’encontre de ce que vous pensez ?
Dans un État démocratique, on peut manifester son désaccord. Ainsi des milliers de personnes ont récemment manifesté, en Belgique, leur désaccord avec les décisions prises par le gouvernement belge en matière de gestion de la pandémie de covid, en matière de respect des droits des migrant·e·s ou en matière de lutte contre le changement climatique. En Russie, les personnes qui ont manifesté pacifiquement leur opposition aux opérations militaires en Ukraine ont été arrêtées. Pensez-vous que l’idée selon laquelle une nation en guerre doit paraître unie derrière son·sa chef·fe justifie qu’on empêche les gens d’exprimer leur désaccord ?
« Not in my name » est un mouvement qui est né aux États-Unis d’Amérique pour protester contre la politique belliciste des autorités américaines après les attentats du 11 septembre 2001. Le slogan fut repris, notamment en Europe pour s’opposer à la participation des forces armées européennes à la guerre du Golfe en 2003. Il est régulièrement repris par des manifestant·es qui veulent exprimer qu’ils et elles se désolidarisent des décisions prises par leurs autorités publiques. Que pensez-vous de ce type d’expression ? Que pensez-vous de la répression de ce type de manifestation par les autorités russes ?
 
 
1. Du type « c’est l’autre qui a commencé » etc. À ce sujet, (re)voir les 10 principes élémentaires de propagande de guerre repris par A. Morelli: https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_%C3%A9l%C3%A9mentaires_de_propagande_de_guerre 

Pour aller plus loin :

 

 

 

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Squid Game : ceci n’est pas un jeu

Squid Game : ceci n’est pas un jeu

Squid Game : ceci n’est pas un jeu

 

Octobre 2021

 

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

La série Squid Game, du réalisateur sud-coréen Hwang Dong-hyuk, est diffusée sur la plateforme américaine de streaming Netflix depuis le 17 septembre 2021. Tout comme la trilogie Hunger Games (sortie au cinéma en 2012) ou Battle Royale (2000), Squid Game est un « survival » ou « jeu de survie » : les concurrent·e·s s’y affrontent jusqu’à la mort. Dans Squid Game, 456 joueur·euse·s endetté·e·s espèrent gagner 45,6 milliards de won – la monnaie coréenne, soit 33 millions d’euros – en participant à des jeux d’enfants (1 2 3 Soleil, tirs à la corde, jeux de billes, etc.) où les perdant·e·s sont, au fur et à mesure, exécuté·e·s.

Netflix – qui compte désormais plus de 200 000 millions d’abonné·e·s dans le monde – est peu transparent sur les chiffres de diffusion de ses programmes. Néanmoins, la plateforme a annoncé le 13 octobre, via un tweet, que 111 millions d’abonné·e·s avaient visionné Squid Game depuis sa mise en ligne, sans pour autant préciser si ces dernier·ère·s l’avaient regardée dans sa totalité ou seulement quelques minutes. Squid Game est donc la série qui connaît le plus impressionnant démarrage de l’histoire de Netflix. En raison des chiffres d’audience, Netflix a en quelque sorte une influence sur l’agenda médiatique et culturel : même si on n’a pas regardé la série, elle s’invite dans les conversations avec les amis, la famille etc.

Parce qu’elle est ultra-violente, Squid Game est interdite au moins de 16 ans, ce qui n’empêche pas certain·e·s de la regarder, avec ou sans leurs parents. De nombreux extraits et photos de Squid Game sont visibles sur YouTube ou circulent sur les réseaux sociaux. Au-delà des jeux d’enfants qui y sont présents, la série coréenne attire le regard des plus jeunes avec son univers composé de couleurs acidulées, ses jouets (dont une terrifiante poupée géante) et ses références aux jeux vidéo. Début octobre, les directions de plusieurs écoles primaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont fait savoir que des enfants s’en inspiraient dans leurs jeux, dans les cours de récréation.

Comme le rappelle Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, sur le site rtbf.be, la violence dans cet espace clos qu’est la cour de récréation existe depuis longtemps : « La cour de récréation est un espace qui génère naturellement de l’agressivité, on le sait depuis des années, donc il faut pouvoir le contrôler et mettre en place des mécanismes qui vont éviter qu’un enfant puisse imaginer qu’il n’y a pas de loi dans l’école. » Notamment pour canaliser cette violence, certaines écoles primaires et secondaires régulent la cour de récréation en divisant cet espace en plusieurs zones (espace calme ; espace de jeu libre : espace pour les jeux de ballon) mais aussi en favorisant le dialogue pour désamorcer et résoudre les conflits qui y naissent.

Le phénomène Squid Game fait beaucoup de bruit et interpelle… Au-delà de la violence et d’une certaine forme de perversité, il aborde des thématiques universelles que sont la vie et la mort mais aussi la pauvreté et les inégalités sociales. Il porte aussi ce message et cette question sur notre société : jusqu’où des personnes désespérées sont-elles prêtes à aller ?

Anouck Thibaut

Penser les faits : quelques pistes

Valeur d’une vie humaine

Squid Game, ce sont 456 personnes endettées, rassemblées sur une île, en milieu clos, pour participer à un « jeu » et tenter de rapporter une somme colossale, à condition d’être la seule personne survivante. Si vous pouviez décider du personnage gagnant ou des quelques personnages survivants qui se partageraient le magot, qui désigneriez-vous ? Pourquoi ? On peut distinguer quatre catégories de critères. (i) Ce que le personnage fera avec l’argent gagné. On peut ainsi préférer une personne considérée comme criminelle mais qui offrira son argent aux pauvres à une autre personne perçue comme étant une « sainte » mais qui le gardera pour soi. (ii) Les caractéristiques physiques du personnage. On peut préférer une personne avenante et sexy à une personne vilaine. (iii) Le caractère du personnage. On peut préférer une personne qui fait attention aux autres à une personne égoïste. (iv) Le passé du personnage. On peut préférer la personne qui n’a jamais fait de mal à celle qui en a déjà fait beaucoup. Faire émerger ces critères, les mettre en balance dans les réponses des élèves. Qu’est-ce qui détermine la « qualité » d’une personne ? À qui revient le mérite de la « qualité » d’une personne ? À celle-ci ? À ses parents ? À la chance ? Si Edmond n’a jamais volé, est-ce parce qu’il est foncièrement honnête ou parce qu’il a toujours vécu confortablement et n’a jamais éprouvé la nécessité de voler ? Si Suzanne est forte en math, est-ce par son propre mérite ou bien parce que ses parents les lui ont expliquées, lui ont offert des cours particuliers ? Si on classait les gens par ordre de « qualité » ou par ordre de « mérite », obtiendrait-on le même classement ? Lequel faudrait-il utiliser pour décider d’éliminer des gens ? Pensez-vous que vous pourriez prendre cette décision ?

Jouer avec la vie d’autrui est-il acceptable ? Le jeu, la mort des autres peuvent-ils être un spectacle ? Dans quel(s) cas seriez-vous prêts à fermer les yeux sur une situation qui vous semble moralement douteuse mais financièrement intéressante ? D’après vous, la fin justifie-t-elle les moyens ? Et si la victoire s’accompagne de sacrifices, est-ce vraiment une victoire ? Y a-t-il un seuil à ne pas dépasser – et si oui, sur quoi repose-t-il ?

Les protagonistes s’inscrivent à ce jeu pour gagner de l’argent avec lequel ils et elles pourront faire quelque chose d’important à leur yeux (soigner sa mère, par exemple). Ces personnes ne le savent pas au moment où elles s’inscrivent, mais au final, ces personnes risquent leur vie pour cet objectif. Qu’est-ce qui mérite qu’on risque, voire qu’on donne sa vie ? Des gens ont donné leur vie pour leur patrie et/ou pour lutter contre le régime nazi. D’autres ont donné la leur pour sauver des gens. D’autres dans des attentats terroristes. Pourquoi seriez-vous prêts à donner votre vie ?

À la fin de la série, la personne qui remporte l’argent se retrouve seule, isolée et traumatisée par les différentes étapes du jeu. Cette personne choisit de continuer à vivre la même vie qu’avant, malgré l’énorme somme d’argent remportée. D’après-vous, pourquoi refuse-t-elle de vivre différemment ? Qu’est-ce que cette personne a gagné en gagnant le jeu ? Qu’est-ce qu’elle a perdu ? Quelle est la valeur véritable de sa victoire ?

Phénomène de groupe

Au fil des épisodes de la série, des dissensions apparaissent au sein du groupe, creusant un véritable fossé entre les protagonistes ; chaque camp se polarise et la situation dégénère. Au contact des autres, notre comportement est modifié : on peut parfois avoir plus de mal à s’affirmer, à montrer son désaccord, à accepter de se démarquer en adoptant un comportement singulier et ce, même quand nous ne sommes pas en accord avec une décision ou quelque chose qui serait attendu de nous. Pourquoi ? Les relations entre les personnes au sein d’un groupe sont-elles toujours régies par une logique de domination et /ou de soumission ? Peut-on se distinguer au sein d’un groupe sans en être exclu·e ?

Une partie de notre identité est façonnée par notre appartenance à divers groupes : un segment de la société (ex : élèves), un lieu (Bruxelles, la Wallonie, la Belgique, etc.) une classe, un hobby, un cercle d’ami·e·s, etc. Le fait d’appartenir à un groupe nous rassure ; mais jusqu’où sommes-nous prêt·e·s à aller pour faire partie d’un groupe ? L’individu peut-il parfois « disparaître » dans le groupe par conformisme social ? Peut-on continuer à être soi-même au sein d’un groupe ou est-on forcé·e – ou inexorablement voué·e·s – à devenir comme les autres membres du groupe ? Quelle est l’importance de votre sens critique au sein d’un groupe (un groupe d’ami·e·s ou le groupe société civile) ? À quel moment devient-on un « mouton » ? À votre avis, sommes-nous réellement libres quand nous faisons partie d’un groupe ? Et si oui, jusqu’à quel point ? Où commence et où s’arrête notre liberté ? Le groupe est-il plus fort que l’individu ? Plus juste ? Qu’est-ce qui fait la force d’un groupe : son homogénéité ou les différences qui coexistent en son sein ?

La représentation de la violence – le mirage de la fiction

Dans les films, les séries, les clips ou sur les réseaux sociaux, la violence est présente. Elle peut être physique (coups, blessures, etc.), verbale (insultes, etc.) ou morale (harcèlement, etc.). Selon vous, existe-t-il une sorte de mode de la violence actuellement ? La violence mise en scène dans les films, les clips, les livres est-elle un exutoire à la violence de la société ? Peut-être sommes-nous toutes et tous intrinsèquement violent·e·s mais nous avons appris à vivre ensemble en observant un code de conduite, un contrat social qui fait que nous nous respectons les un·e·s les autres ? Qu’en pensez-vous ? Dans quelle situation la violence peut-elle se justifier ? La violence est-elle toujours grave ?

Dans certains établissements scolaires, des enfants ont reproduit le jeu 1,2, 3… soleil qui apparaît dans le premier épisode de la série : les perdant·e·s ont été battu·e·s ou fouetté·e·s avec des cordons. Cette violence a été directement dénoncée par les enseignant·e·s. Que feriez-vous si vous étiez témoin d’une scène similaire ?

Comment expliquer le succès de la série auprès des jeunes ? D’après vous, vaut-il mieux interdire aux enfants de regarder Squid Game ou au contraire, les laisser regarder la série en compagnie d’un·e adulte et avoir une discussion permettant l’analyse par la suite ? La signalétique visant à protéger la jeunesse de scènes inappropriées (-16 ans, -18 ans) est-elle pertinente à l’heure du numérique ou la facilité d’accès aux écrans rend-elle cela dérisoire ?

La série diffusée sur Netflix est interdite aux moins de 16 ans, mais de nombreux extraits sont disponibles sur TikTok, Twitch ou YouTube. Téléphones, tablettes, ordinateurs, TV, etc.  Aujourd’hui, les écrans sont omniprésents. Les images que nous regardons au quotidien proviennent de faits réels, de fictions ou de scénarios reprenant tous les codes de la réalité, et alimentant ainsi un certain trouble entre un récit inventé de toutes pièces et notre propre vie. Laisse-t-on parfois l’irréel influencer le réel ? Dans quelle mesure acceptons-nous de nous laisser influencer par quelque chose de fictionnel ? La fiction est-elle parfois préférable à la réalité ?

L’atmosphère sonore et visuelle de la série est très travaillée : des couleurs pastel, des musiques douces comme des comptines, un imaginaire emprunté à l’enfance et aux thèmes qui y sont liés (innocence, douceur, protection). Cette esthétique met en exergue le danger constant qui plane dans le centre, la tension et l’angoisse omniprésentes. Sublimer la violence nous permet-il de mieux l’accepter ? Peut-on être dupé par le « beau » ? Quelque chose de foncièrement mauvais – un geste, une attitude, une parole, un système, une personne – est-il plus acceptable quand il est esthétiquement beau ?

Le jeu et les codes du jeu

Dans Squid Game, le jeu dégénère très rapidement. À quel moment un jeu cesse-t-il d’en être un ? Est-ce encore un jeu si il y a une conséquence dans la vie réelle ? D’après l’historien Johan Huizinga, certaines conditions sont à respecter pour qu’un jeu soit reconnu – et reconnaissable – comme tel : les participant·e·s doivent être volontaires, ils et elles ont librement et délibérément fait le choix d’y participer. Le jeu s’organise en marge de la vie réelle, dans un contexte fictif, durant un temps imparti et dans un espace défini (ex: une marelle, un terrain de football, etc.) qui permet aux participant·e·s d’en sortir à tout moment.

Un jeu peut-il prendre le dessus sur la réalité ? Selon vous, est-ce que d’autres principes (éthiques, moraux, etc.) doivent s’appliquer à un jeu ? À quel moment considère-t-on qu’un jeu va trop loin ? Est-ce encore un jeu si le bien-être (physique ou mental) d’autrui est impacté ? Où se situe la frontière entre le fait de sortir de sa zone de confort et véritablement dépasser les limites ? Cette frontière est-elle définie par les règles du jeu ou par le libre arbitre de chacun·e ? Sous prétexte qu’il s’agit d’un jeu, peut-on faire faire n’importe quoi à autrui ?

L’attrait des séries

Le format de type « série » n’est pas nouveau. Néanmoins, on constate ces dernières années une recrudescence du nombre de séries produites et visionnées. Alors qu’auparavant, elles étaient diffusées à la télévision, à une heure précise (de manière linéaire), elles sont à présent disponibles à la demande (de manière délinéarisée).
Les séries contiennent plusieurs épisodes, permettent de suivre l’évolution des personnages, d’entrer en profondeur dans une histoire, de s’attarder sur certains détails d’une intrigue, d’aborder différents points de vue. Elles sont conçues pour être captivantes. La fin d’un épisode est en général construite pour donner envie de voir l’épisode suivant (cliffhanger). Et vous, quels types de contenus (films, séries, vidéos…) consommez-vous ? Quel genre de séries ? Comment sélectionnez-vous ce que vous regardez ? Selon quels critères ? Comment expliquer cet attrait pour les séries ? Que manque-t-il à la « vraie » vie pour être aussi passionnante que les séries ? Qu’offre la « vraie » vie que les séries n’offrent pas ? Quel point ? Où commence et où s’arrête notre liberté ? Le groupe est-il plus fort que l’individu ? Plus juste ? Qu’est-ce qui fait la force d’un groupe : son homogénéité ou les différences qui coexistent en son sein ?

Marine Bardin

Pour aller plus loin :

Bertrand Henne :  Squid Game, le massacre démocratique (rtbf.be)
RTBF : Des comportements violents inspirés de Squid Game observés dans nos écoles: “Pour avoir le dialogue, il faut avoir regardé” (rtbf.be)
RTBF : Squid Game : la signalétique jeunesse est-elle hors-jeu face à l’artillerie acidulée de Netflix ? “Le contrôle parental est indispensable” (rtbf.be)
CSEM : Disrupting series – Détournements de genre dans les séries
CSEM : Des pistes pédagogiques pour aborder l’éducation au cinéma et à l’image
Média Animation : Éducation aux médias & jeux vidéo : des ressorts ludiques à l’approche critique

Photos : crédits Netflix / AFP

 

 

 
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Parlons climat

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Octobre 2021

 

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

Les faits

Dimanche 10 octobre 2021, une marche pour le climat est organisée par les organisations Youth for Climate et la Coalition Climat. L’objectif : rappeler l’urgence de la situation climatique aux autorités dirigeantes et réclamer des mesures ambitieuses pour lutter contre le changement climatique.

Cette marche intitulée Back To The Climate aura lieu à la veille d’un sommet européen et de la COP 26 des Nations unies. Elle s’organise après la publication, le 9 août 2021, du premier volet – particulièrement précis et alarmant – du rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ce rapport annonce un réchauffement planétaire accéléré et établit plusieurs constats scientifiques.

  • L’activité humaine a un impact considérable sur l’environnement : elle provoque un changement climatique rapide et à grande échelle dont certaines conséquences sont irréversibles.
  • Le monde entier subit déjà les effets du changement climatique; en attestent les catastrophes naturelles qui ont marqué l’été 2021 (pluies diluviennes, inondations, ouragans, incendies, glissements de terrain, etc..).
  • Pour limiter le réchauffement climatique, il faut réduire rapidement et drastiquement les émissions de CO2 à l’échelle mondiale.

La marche du 10 octobre s’inscrit dans les conclusions de ce rapport et dans un mouvement international de protestation de la jeunesse : Fridays for Future. Initié en août 2018 par Greta Thunberg et relayé à travers le monde sous divers noms (Youth for Climate, Youth Strike for Climate, etc.) le mouvement mobilise les jeunes au moyen de marches lors desquelles ils et elles dénoncent le manque d’initiative des autorités pour protéger la planète

L’engagement des jeunes

  • 10 janvier 2019 : première grève scolaire pour le climat en Belgique – 3000 jeunes se rassemblent
  • 24 janvier : 35000 jeunes défilent à Bruxelles
  • 31 janvier : le reste de la Belgique se mobilise – plus de 30000 personnes au total
  • 14 février : les écoles rappellent les élèves à l’ordre dans un souci de continuité de l’apprentissage.
  • 15 mars 2019 : le mouvement se coordonne à l’échelle mondiale. En Belgique, 50000 personnes manifestent.

Par la régularité et l’ampleur de leur mobilisation, les jeunes ont mis les enjeux climatiques au cœur du débat politique. Aujourd’hui, face à cette crise planétaire, ils et elles demandent une réponse internationale, solidaire et rapide, comme l’a été la mobilisation mondiale face à la pandémie de Covid 19.

Marine Bardin

Penser les faits : quelques pistes

Nature et climat

Quelle conception de la nature avons-nous ? Ou quelle conception voulons-nous avoir ? Au 21e siècle, la nature peut-elle être autre chose qu’un réservoir dans lequel les quelques 7,8 milliards d’habitant·e·s puisent quotidiennement ? La liste de ressources naturelles dont nous avons besoin est longue – eau, bois, pierre, sable, pétrole métaux, etc. -, mais ces ressources ne sont pas inépuisables. Que ferons-nous lorsqu’elles viendront à manquer ? Tou·te·s les habitant·e·s de la planète seront-ils et elles impacté·e·s de manière identique par ces manquements ?

Une autre conception considère que la nature a une existence propre. La nature fait alors partie intégrante de chaque individu et chaque individu fait partie de la nature. En ce sens, le concept de « nature sauvage », donc aussi de réserve naturelle où la nature est protégée des activités humaines, est un non-sens. Comment expliquez-vous que, dans certaines cultures, ce lien particulier avec la nature a été conservé ? Quels sont les événements qui ont pu mettre ce lien à mal dans le passé et aujourd’hui ?

Pensez-vous que ces conceptions différentes de la nature peuvent cohabiter sur la planète ? Une de ces deux conceptions prendra-t-elle, un jour, le pas sur l’autre ?

Sensibilisation

Que faites-vous au quotidien pour préserver la planète ? Quelles personnes ou quels événements vous ont incité·e·s à prendre des habitudes favorables à la protection de l’environnement ? Ou, au contraire, quelles sont les raisons qui vous découragent d’agir dans ce sens ?

Autour de vous, les différentes générations (frères et sœurs, parents, grands-parents, etc.) ont-elles les mêmes comportements et les mêmes idées que vous dans ce domaine ? Comment analysez-vous ces différences ou ces points communs ?

La faim dans le monde. L’accès à l’école pour tous les enfants. L’égalité entre les hommes et les femmes. La lutte contre le racisme. Les droits des personnes LGBTQI+. La protection de l’environnement, etc. Choisissez, dans cette liste, trois causes pour lesquelles vous seriez prêt·e à vous mobiliser. En voyez-vous d’autres importantes pour vous ? Seriez-vous prêt·e à agir de manière isolée pour ces trois combats ? Ou baisseriez-vous les bras car, seul·e, on ne peut rien ?

Vivre sans polluer

Depuis les années 1950, l’évolution du nombre de passager·e·s utilisant l’avion est exponentielle : entre 1970 et 2017, on est passé de 0,5 milliard de passager·e·s transporté·e·s en un an à 4,5 milliards (source : Organisation de l’aviation civile internationale).

Que pensez-vous de cette évolution ? Combien de fois avez-vous déjà pris l’avion depuis votre naissance ? Et vos parents et grands-parents : combien de fois ont-ils pris l’avion avant leurs 18 ans ? Que constatez-vous ? Quels facteurs expliquent cette évolution exponentielle ? Quels sont les avantages et les inconvénients de pouvoir prendre davantage l’avion que par le passé ? Est-ce que tou·te·s les habitant·e·s de la planète profitent de la même manière de cette évolution ? Avez-vous déjà (vous ou vos parents, pour vous) compensé votre empreinte carbone lorsque vous avez pris l’avion ? Que pensez-vous du fait que, à cause de la pandémie liée à la Covid 19, les transports aériens ont été, durant plusieurs mois, quasi à l’arrêt ?

L’avion n’est qu’un exemple parmi d’autres de la mondialisation où les échanges de personnes, de biens et de services s’accélèrent toujours plus à l’échelle de la planète. Manger des fruits exotiques toute l’année et se procurer le GSM dernier cri produit en Asie sont d’autres exemples. En voyez-vous d’autres ? Cette évolution peut-elle être considérée comme un progrès de notre civilisation ? Ce que l’on considère à une époque comme un progrès peut-il devenir une régression ? À partir de quand est-il souhaitable de faire machine arrière ?Pensez-vous avoir un rôle significatif à jouer ?

Solidarité

En juillet 2021, la Belgique a été touchée par d’importantes inondations : plus de 40 personnes sont mortes et des centaines d’autres se sont retrouvées sans abri. Rapidement, la solidarité entre les habitant·e·s du pays s’est mise en place. De très nombreuses personnes, dont des jeunes, se sont retroussées les manches, notamment pour aider à nettoyer les maisons inondées. D’autres personnes ont participé à des récoltes de matériel, de vêtements ou d’argent. Avez-vous été touché·e par ces inondations ? Avez-vous, d’une manière ou d’une autre, participé à cet élan de solidarité et de générosité ? Qu’est-ce qui vous a poussé à agir ainsi ? Pensez-vous que c’est aux citoyen.ne.s d’agir individuellement en cas de catastrophe ou que cette aide est uniquement de la responsabilité des pouvoirs publics ?

Le 24 août 2021, une étude internationale est publiée et affirme que le « réchauffement climatique augmente la probabilité et l’intensité de ce genre de précipitations extrêmes ». Cette étude vient corroborer le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), également paru en 2021.

À la suite des inondations et après ce constat, modifierez-vous vos habitudes afin de limiter les conséquences du réchauffement climatique ? Pensez-vous que les inondations du mois de juillet en Belgique conscientiseront davantage les Belges à la question climatique ? Les changements doivent-ils venir de chacun·e d’entre nous, sur une base volontaire ? Ou doivent-ils être impulsés par des décisions politiques (en matière de transport, d’urbanisme, d’utilisation des sols, etc.).

Manifestation

En 2019, des millions de jeunes ont, un peu partout dans le monde, fait la grève pour le climat : ils séchaient les cours pour descendre dans la rue afin de sensibiliser leurs ainé·e·s et le monde politique à la cause climatique. Ce mouvement est né, en 2018, sous l’impulsion de la suédoise Greta Thunberg. À l’époque, avez-vous participé à ces manifestations ? Si elles reprenaient aujourd’hui y participeriez-vous ? Souhaiteriez-vous que la direction de votre école vous soutienne dans ce combat, notamment en vous autorisant à sécher les cours pour manifester ? Pensez-vous que les jeunes ont un rôle tout particulier à jouer dans le domaine de l’environnement ? Auriez-vous peur d’être manipulé·e en participant à un tel mouvement ou pensez-vous pouvoir garder votre liberté de penser ?

Lorsqu’il s’agit de se mobiliser pour l’une ou l’autre cause, quel est, selon vous, l’impact des images véhiculées par les médias ? En ce qui concerne la protection de l’environnement, les images des koalas, pris au piège par les incendies de forêt en 2020 en Australie, ont ému les habitant·e·s aux quatre coins de la planète. Une mobilisation massive peut-elle être possible sans image ?

Anticipation

Mars 2036, en Belgique. Une dictatrice prend le pouvoir par la force. Face à la montée des eaux au Nord du pays et à l’augmentation exponentielle d’une maladie incurable liée à la pollution, elle prend, sans passer par le Parlement des décisions drastiques pour lutter contre le dérèglement climatique : interdiction de la possession d’une voiture (même électrique), interdiction des vols d’avion vers et depuis notre territoire, interdiction de dépasser la température de 18 degré dans son habitation, fermeture des magasins vendant des marchandises produites hors du pays, etc. Dans un récit d’anticipation, quelles autres mesures pourraient prendre cette dictatrice imaginaire ? Comment réagiriez-vous si une telle personne prenait réellement le pouvoir par la force ? Une personne peut-elle vous priver d’une partie de vos libertés pour une cause qu’elle estime juste à ses yeux ? Qu’est-ce qu’une cause juste ?

Revenons à la réalité. Quand vous pourrez voter – à moins que ce ne soit déjà le cas – prêterez-vous attention au programme des différents partis en matière d’environnement ? Pensez-vous que tous les partis doivent avoir une position et émettre des propositions concrètes à propos de cette question ?

Pour aller plus loin :

https://fridaysforfuture.org

https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/SR15_Summary_Volume_french.pdf

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-climat-c-est-le-plus-gros-probleme-de-l-histoire-de-l-humanite-explique-francois-massonet-climatologue-a-l-uclouvain?id=10832638

 

 

Augmentation du coût de l’énergie

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Le conflit russo-ukrainien

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C’est la rentrée !

C’est la rentrée !

C’est la rentrée !

Août 2021

Cette fiche est rédigée à l’attention des tou·te·s les enseignant·e·s et éducateur·rice·s de secondaire. Elle propose différentes pistes de réflexion parmi lesquelles choisir afin de mener une discussion de 15 minutes (ou plus si le contexte le permet).

 

Les faits

La rentrée scolaire 2021 est une rentrée particulière pour les élèves du secondaire de la Fédération Wallonie- Bruxelles. Après 14 mois de perturbations des cours liées à la pandémie de la COVID-19 – depuis le 17 mars 2020, les cours alternent entre présentiel et distanciel –, l’enseignement va reprendre en « code vert ». Tous·tes les élèves auront, jusqu’à la fin septembre au moins et avant une nouvelle évaluation, cours en présentiel. En ce qui concerne le port du masque en classe : alors qu’en Wallonie, les élèves et les enseignant·e·s pourront ôter leur masque dès qu’ils et elles sont assis·e·s à leur place, ce ne sera pas le cas à Bruxelles où le masque reste obligatoire durant les cours.

L’enseignement secondaire est fréquenté par 359 510 élèves (chiffres issus des Indicateurs de l’enseignement 2020), répartis dans 506 écoles en Wallonie et à Bruxelles. L’enseignement fondamental est, lui, fréquenté par 503 973 enfants (325 197, en primaire et 178 774, en maternelle). Soit, au total, 863 481 élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles, encadré·e·s par près de 100 000 enseignant·e·s. Au moment de reprendre le chemin de l’école, rappelons l’importance de l’enseignement mais aussi de décrocher un diplôme. En Bruxelles, 25,6 % des chômeur·se·s sont « faiblement qualifié·e·s », c’est-à-dire qu’ils ou elles n’ont pas décroché leur diplôme du secondaire. Ce chiffre est de 16,4 % en Wallonie. Tandis que, toujours pour Bruxelles, 6,9 % des chômeur·se·s sont « hautement qualifié·e·s », c’est-à-dire qu’ils ou elles ont un diplôme de l’enseignement supérieur (universitaire ou non). Ce chiffre est de 3,7 % en Wallonie. (Sources : Banque nationale de Belgique). Autre photographie chiffrée de notre pays, qui a également des conséquences sur l’éducation et l’enseignement : alors qu’en Wallonie, 16,2 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté – soit dans une famille avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national –, ce chiffre monte à 23,3 % à Bruxelles. (Chiffres : UNICEF Belgique). Or, il est encore plus difficile de réussir sa scolarité, lorsqu’on grandit dans une famille où manger à sa faim, se soigner correctement ou avoir son propre espace et son propre matériel informatique pour étudier n’est pas possible.

Terminons par un dernier chiffre : dans le monde, 16 % des jeunes en âge d’entrer à l’école secondaire ne sont pas scolarisé·e·s. (Chiffre : UNESCO). L’Afghanistan se trouve parmi les pays où le taux de scolarisation est le plus faible de la planète. Le retour des Talibans au pouvoir, le 15 août dernier, risque fort d’encore aggraver la situation dans ce pays, notamment en ce qui concerne la scolarisation des filles.

Anouck Thibaut

Sur le site de l’UNESCO (l’agence de l’ONU consacrée à l’éducation), un dossier sur l’impact de la COVID-19 dans les écoles, à travers le monde : https://fr.unesco.org/covid19

Sur le site de la RTBF, les dernières informations concernant la situation en Afghanistan : https://www.rtbf.be/info/monde/moyen-orient 

 

Penser les faits : quelques pistes

 

Trois grands objectifs

Les enseignements fondamental et secondaire doivent :

– contribuer à l’émancipation, à l’épanouissement, au développement de chaque élève. C’est, ici, l’élève qui se trouve au centre. Il ou elle doit être accompagné·e dans le développement du maximum de son potentiel, à tous niveaux (artistique, intellectuel, social, technique, physique, etc.) ;

– former les travailleur·se·s de demain, participer à la prospérité économique, sociale et culturelle du pays ;

– favoriser le vivre-ensemble par le développement de valeurs communes (démocratie, droits humains, solidarité, diversité, environnement, etc.).

Ces trois objectifs se recoupent parfois, mais pas toujours. Au(x)-quel(s) accordez-vous le plus d’importance ? Pourquoi ? Dans quelle mesure estimez-vous que l’école participe effectivement à ces trois objectifs ?

 

Émancipation

L’un des objectifs de l’enseignement est l’émancipation sociale. L’émancipation consiste à (se) libérer, à (s’)affranchir d’un état de dépendance. Il peut s’agir d’une dépendance juridique (l’enfant par rapport à son ou sa tuteur·rice, l’esclave par rapport à son maître) ou morale (une personne par rapport aux préjugés et pratiques de son époque). L’émancipation est souvent vue comme la libération de chaînes physiques ou cognitives qui empêchent d’agir et/ou de penser plus large.

Certain·e·s soulignent le rôle émancipateur de l’école. Par exemple, apprendre à lire, c’est avoir accès, via leurs écrits, à la pensée de millions de personnes et, ainsi, découvrir des idées auxquelles on n’aurait pas pensé. D’autres estiment que l’école contraint les élèves à penser comme la majorité, les formatent comme la société souhaite qu’ils et elles deviennent. Qu’en pensez-vous ?

 

D’autres adultes

L’école est aussi l’occasion, pour les jeunes, de rencontrer d’autres adultes que leurs parents. Ce sont les membres de l’équipe éducative (enseignant·e·s, éducateur·rice·s, directeur·rice·s, etc.), mais aussi le personnel d’entretien, celui qui prépare les repas, etc.

L’influence d’un·e enseignant·e sur les élèves ne s’arrête pas à la transmission d’un savoir. Comment définiriez-vous cette relation entre l’enseignant·e et l’élève, d’une part dans la réalité que vous en connaissez et d’autre part dans l’idéal ?

 

Un groupe non choisi

L’école présente une particularité qu’on trouve peu ailleurs : on ne choisit pas les autres élèves de la classe. Rien à voir avec une bande d’ami·e·s, par exemple. Comparons la bande d’amie·s et la classe. Ce sont deux groupes dans lesquels on apprend de nombreuses choses, d’ordres différents. En quoi le fait de fréquenter des personnes avec lesquelles on a développé une complicité est-il important ? En quoi, aussi, est-il important de fréquenter des personnes que l’on n’a pas choisies ? Comment définiriez-vous le lien qui vous unit aux élèves de la classe qui ne sont pas vos ami·e·s ? Seriez-vous solidaires s’il leur arrivait une tuile ? Pourquoi ? Vous sentez-vous une proximité, quelque chose de commun avec les autres élèves de Belgique, d’Europe, du monde ? Si oui, quoi ? Pourquoi ?

Avant 1982, la grande majorité des écoles étaient non mixtes : les garçons et les filles étaient scolarisé·e·s dans des établissements séparés. Il y avait souvent une école pour filles et une autre pour garçons. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas (sauf pour les cours d’éducation physique). Qu’en pensez-vous ? Qu’apporte la mixité à l’enfance, à l’adolescence ? Y a-t-il des activités que vous préférez faire seulement avec des filles ou des garçons ? Et en tant qu’adulte, estimez-vous souhaitable que certaines activités soient « réservées » à des personnes du même genre ?

 

Participation 

Les élèves fréquentant un établissement scolaire sont soumis à un certain nombre de règles : le règlement de l’école définit les comportements et attitudes autorisés et ceux qui sont interdits ; les référentiels et programmes de cours définissent le contenu des cours.

Les jeunes ont le droit de donner leur avis sur les questions qui les concernent. Est-ce vraiment le cas au sein de l’école ? Qu’en pensez-vous ? Au printemps dernier, des élèves se sont par exemple opposé·e·s à l’interdiction de porter certains vêtements. Certain·e·s estiment que les élèves devraient être davantage entendu·e·s ; d’autres pensent que leur expérience de la vie ne leur permet pas encore de juger ces questions avec discernement et maturité. Ils et elles n’auraient pas conscience de tous les enjeux des problèmes posés. Qu’en pensez-vous ?

Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

Article 12, alinéa 1 de la Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989

 

Égalité des chances et efficacité

Quand l’enseignement n’était fréquenté que sur une base volontaire, seules les familles riches pouvaient se l’offrir. D’une part en raison de son coût et d’autre part parce que le salaire des enfants était nécessaire pour faire face aux dépenses de base de la famille. Quand l’État a généralisé l’enseignement obligatoire pour tou·te·s en rendant l’instruction obligatoire en 1914, certain·e·s y ont vu un pas en avant pour l’égalité entre les personnes. Chacun·e aurait désormais les mêmes chances d’accéder aux emplois les plus valorisés, les mieux payés. Dans les faits, pourtant, on continuait de voir que les médecins restaient issu·e·s de familles aisées, très peu nombreuses étaient les personnes d’origine modeste qui obtenaient un diplôme.

Aujourd’hui, il existe toujours des facteurs qui ont pour conséquence que les enfants issus de milieux aisés réussissent mieux leurs études que les autres. Un de ces éléments, parmi d’autres, est qu’ils peuvent, eux, se payer des cours particuliers. Faut-il, pour des raisons d’égalité, interdire les cours particuliers qui ne sont accessibles qu’à certains enfants ou faut-il au contraire se réjouir, pour celles et ceux qui y ont accès, qu’ils et elles auront plus de chances de réussir ?

D’après l’UNICEF, un quart des enfants (de moins de 18 ans) est, à Bruxelles, issu d’une famille pauvre. Faire des devoirs et travaux, étudier ses cours, faire des recherches sur internet est beaucoup plus compliqué quand on n’a pas de chambre à soi pour se concentrer, quand ses parents ne peuvent pas aider, quand on n’a pas mangé à sa faim, quand on doit consacrer du temps à gagner son argent de poche, etc. Pensez-vous que ces élèves ont « plus de mérite » que celles et ceux qui sont issu·e·s de familles aisées ? Pensez-vous que l’école devrait tenir compte de la situation personnelle de l’élève, tenir compte de ce « mérite » ? Deux élèves qui ont les mêmes points doivent-ils et elles traîté·e·s de la même façon ou peut-on, par exemple, faire réussir l’un·e et non l’autre sur la base des efforts consentis, de son « mérite » ?

 

Accès à l’éducation

La rémunération des enseignant·e·s, l’entretien des bâtiments, le coût des fournitures scolaires, etc. tout cela coûte très cher. Dans notre pays, la majeure partie de ce coût est supporté par les pouvoirs publics, c’est-à-dire, en fin de compte, par les contribuables. Trouvez-vous normal qu’un·e contribuable qui n’a pas d’enfant participe au financement de l’enseignement ? Si la majeure partie du coût de l’enseignement est à la charge de la collectivité, les parents supportent une charge financière importante. Trouvez-vous cela normal ? Est-il normal que certain·e·s élèves, parce que leurs parents sont plus riches, se retrouvent avec des fournitures plus abondantes, de meilleure qualité ou plus agréables ? L’égalité entre les enfants ne devraitelle pas imposer le même matériel pour tou·te·s ? Que penseriez-vous de l’imposition d’un uniforme en classe ?

Dans d’autres pays – et on pense ici en particulier aux pays du Sud – les pouvoirs publics ne peuvent financer les mêmes équipements et le même personnel qu’en Europe. Certains parents n’ont pas les moyens de financer les études de leurs enfants. Les envoyer à l’école leur coûte alors que le salaire des enfants est souvent nécessaire pour faire vivre la famille ! Est-il juste que l’endroit où l’on naît détermine ses chances d’accéder à l’école ? Seriez-vous favorables à la mise en commun des ressources de tous les pays et à leur redistribution pour un accès égal de tou·te·s à un enseignement de même qualité partout dans le monde ?

Dans certains pays (comme on craint que ce soit le cas prochainement en Afghanistan), l’accès à l’éducation est interdit aux filles. Quelles sont les conséquences pour ces sociétés ? Pensez-vous que cela nous regarde ? Devrions-nous le dénoncer ? Pourquoi ? Comment ?

Au bout du compte…

On dit souvent que l’enseignement vise à éduquer des jeunes pour qu’ils deviennent de « bons » adultes.

  1. C’est quoi, pour vous, un « bon » adulte ? Quelles sont ses qualités les plus importantes ?
  2. En présentant les choses ainsi, en parlant d’investissement pour l’avenir, on semble s’intéresser à l’avenir bien plus qu’au présent. Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que nous passons notre vie à attendre un avenir meilleur ?
  3. Et, du coup, dans l’immédiat, c’est quoi votre projet, votre envie pour cette année scolaire ?

 

 

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